HOMME POLITIQUE. — PUBLICISTE
Godefroy Cavaignac naquit à Paris, le 29 mai 1800. 11 était fils du conventionnel Jean-Baptiste Cavaignac et frère du général qui fut chef du pouvoir exécutif en 1848.
Après avoir fait de brillantes études, Godefroy Cavaignac se fit recevoir avocat, mais il ne tarda pas à abandonner le barreau et s’essaya dans les lettres.
Vers 1831, il composa quelques opuscules presque entièrement oubliés aujourd’hui, tels qu’une Histoire du cardinal Dubois, une Tuerie de cosaques^ Scènes d’invasion, empreints déjà de l’énergie que devait bientôt révéler son caractère.
Né pour la lutte, Godefroy Cavaignac ne tarda pas à se jeter dans le journalisme politique. 11 fit, dans la presse, une guerre acharnée au gouvernement de la Restauration et fut un des chefs populaires qui préparèrent les événements de 1830.
Il défendit vaillamment, les armes à la main, la cause du peuple, pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet.
Démocrate convaincu, il attaqua, de sa plume ardente, le gouvernement de Juillet comme il avait combattu la Restauration.
Tous les journaux et tous les cercles républicains retentirent alors de son nom.
« Je le déclare, sans affectation comme sans feinte, de cœur et de conviction, je suis républicain, écrivait-il en 1831; mais il ne m’eût pas suffi, pour adopter mes opinions, que la République me parût être, en soi, le moins imparfait des gouvernements. J’ai tâché de me rendre compte des faits, et j’ai compris, non seulement qu’elle était possible, mais qu’elle était inévitable, mais que tout marchait là: les événements, les esprits, les choses. J’ai compris qu’il était impossible que le mouvement qui domine aujourd’hui le monde aboutît à autre chose qu’à la République. »
Il fut, à cette époque, l’un des fondateurs de \di Société des amis du peuple et de la Société des droits de l’homme»
Arrêté après les événements d’avril 1834, il fut incarcéré à Sainte-Pélagie. Il porta plusieurs fois la parole au nom de ses coaccusés devant la Chambre des pairs.
Cavaignac resta un an en prison; le 13 juillet 1835, il s’évada et se réfugia en Angleterre.
Revenu à Paris en 1841, il entra au journal la Réforme et recommença sa campagne politique.
Il mourut le 5 mai 1845, après une longue et douloureuse maladie. Son convoi fut comme une protestation; plus de six mille citoyens suivaient le cercueil : François Arago, Joly, Ledru-Rollin, Guinard, Louis Blanc et Drolling tenaient les cordons du poêle.
De nombreux discours furent prononcés au cimetière Montmartre où Louis Blanc, dans cette exclamation éloquente, peignit justement les regrets que sa mort avait fait naître :
« Voilà donc ce qui nous reste de luil Ainsi, ce grand et aimable esprit, ce cœur intrépide, cette imagination pleine d’éclairs, cet admirable assemblage de force et de grâce, d’énergie et de tendresse, de sensibilité féminine et de fierté virile, de raison et d’ardeur, cette nature d’homme d’Etat, de poète, de chevalier, tout cela, un peu de terre va le couvrir. »
Godefroy Cavaignac est resté dans la mémoire de tous comme le représentant le plus sincère et le plus dévoué de la démocratie de son époque.
Godefroy GAVAIGNAC