‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 118 sur 142 · STATUE DE M. L.-E. COUGNY · texte numérisé non relu

STATUE DE M. L.-E. COUGNY

COUR DU NORD

Façade est. — Premier étage.

Pierre CHARRON

MORALISTE

Pierre Charron naquit à Paris en 15Zil. Fils d’un libraire qui était père de vingt-cinq enfants, Charron suivit les cours de l’Université, fit son droit et fut reçu docteur à Bourges, où il exerça, non sans succès, la profession d’avocat pendant quelques années.

Il quitta, néanmoins, le barreau, étudia la théologie et entra dans les ordres, bien qu’il n’eût pas une vocation religieuse bien déterminée.

Son éloquence lui conquit rapidement une haute position dans le clergé, et la reine Marguerite, femme de Henri IV, le désigna bientôt pour son prédicateur.

Après avoir prêché à Paris, Charron fut attaché comme professeur de théologie à plusieurs diocèses du midi de la France.

Revenu à Paris en 1585, pour accomplir un vœu qu’il avait fait d’entrer dans un ordre religieux, il se vit refusé par les Chartreux et les Célestins, sous prétexte qu’il était trop âgé.

Sans doute, ceux-ci se défiaient-ils des doctrines du philosophe qui n’avait pas hésité à porter ce jugement sur les diverses religions : « Elles sont, quoi qu’on dise, tenues par maints et moyens humains, témoins la manière que les religions ont été reçues au monde et sont encore tous les jours par les particuliers : la nation, le pays, le lieu donnent la religion. L’on est de celle que le lieu auquel on est né et élevé, tient. Nous sommes juifs, mahométans, chrétiens, avant que nous sachions que nous sommes hommes. »

Après cet échec qui l’atteignit profondément, Pierre Charron retourna dans le Midi. C’est à cette époque qu’étant à Bordeaux, il se lia intimement avec Montaigne, dont il ne tarda pas à adopter les idées philosophiques qu’il développa dans ses écrits.

Son premier ouvrage, dans lequel perce déjà son scepticisme, non dans le fond, mais dans la méthode, parut en 159Zi sous ce titre : les Trois Vérités.

Dans ce livre, l’auteur insiste sur les preuves de la faiblesse et de l’incapacité humaines, et il propose, à celui qui veut devenir sage, de douter tant qu’il n’a pas reçu de lumières suffisantes.

En 1595, Pierre Charron fut envoyé à Paris comme député à rassemblée du clergé dont il devint le secrétaire.

En 1601, il publia un Traité de la sagesse, un des meilleurs livres de morale qui aient été écrits jusqu’à ce jour.

Les propositions hardies qu’il y développe empêchèrent longtemps l’impression de cet ouvrage qui provoqua de violentes attaques de la part des théologiens et qui fut mis à Vindeæ à Rome.

L’auteur y reprend les idées sceptiques de Montaigne.

« Charron, dit Sainte-Beuve, à bien des égards, n’a fait que donner une édition didactique des Essais de Montaigne, une table bien raisonnée des matières. »

Ce philosophe, qui, dans son Traité de la sagesse, avait écrit : « Quels secours apportera, au plus grand homme qui soit, toute la sagesse, s’il est frappé d’apoplexie », devait mourir foudroyé par cette maladie.

Comme il rentrait chez lui, le 16 novembre 1603, Pierre Charron s’affaissa dans la rue et fut relevé mort.

Pierre CHARRON

MORALISTE

C/UC/UW|£R^

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