FAÇADE EST
Cour du nord. — Premier étage (à droite).
En dehors des quatre statues que nous venons de décrire, figurent, dans la Cour du Nord, au milieu du cintre couronnant les fenêtres du premier étage des façades de TEst et de l’Ouest, dix médaillons dont il nous a semblé intéressant de donner, également, la reproduction avec la biographie des personnages dont ils fixent les traits.
Les deux médaillons, placés sur la façade Est, sont consacrés à A. Adam et à L. Cogniet.
Les huit autres, situés sur la façade Ouest, représentent Poinsot, Duperrey, Percier, Brongniart, Lasses, H. Labrouste, Thouin et Noël Coypel.
C’est dans cet ordre que nous les donnons ci-après.
ADAM (Adolphe-Charles)
COMPOSITEUR DE MUSIQUE
Adolphe Adam est né à Paris le 2Zi juillet 1803.
Il était fils du célèbre pianiste Louis Adam, professeur au Conservatoire, à qui l’on doit une excellente méthode de piano.
Adolphe Adam reçut, avec les leçons de son père, celles de Boïeldieu qui lui enseigna la composition.
Il vécut longtemps dans le dénûmédaillon de m. Mathieu-meusnier ment et l’obscurité, écrivit d’abord
Cour du nord. — Façade est dcs airs variés et des fantaisies pour (pr étage). le piano, sur des thèmes d’opéra ; puis
aborda le^théâtre par des airs de vaudeville, et obtint, dans ce genre, des succès de vogue et de popularité qui lui ouvrirent enfin, en 1829, les portes de l’Opéra-Comique.
Ses productions se multiplièrent alors avec rapidité, tant sur les scènes lyriques de Paris que sur les théâtres de Londres, de Berlin et de Saint-Pétersbourg.
Doué d’une merveilleuse fécondité, Adam composa un grand nombre de pièces charmantes, entre autres : le Postillon de Longjumeau (1836), le Fidèle berger (1837), le Brasseur de Preston (1838), le Roi d'Yvetot (18/i2), le Toréador Giralda (1850), etc.
Il écrivit, en outre, deux ballets, le Corsaire et Gisèle^ qui obtinrent un grand succès.
Mais son chef-d’œuvre est le Chalet, opéra-comique en un acte qui, représenté pour la première fois à l’Opéra-Comique le 25 septembre 183â, est toujours resté au répertoire de ce théâtre.
Le livret et la partition de ce gracieux ouvrage, dont la vogue fut universelle dès son apparition, furent cependant écrits « à la galopade ».
Voici dans quelles circonstances : Crosnier, alors directeur de rOpéra-Comique, désireux de confier un livret à Adam, demanda à Scribe un poème en un acte. Celui-ci s’engagea à le lui remettre au bout de huit jours; mais cinq jours s’étaient à peine écoulés que le Chalet était entre les mains du directeur.
Cependant Mélesville, qui avait écrit la pièce avec le fécond librettiste, s’opposa à ce qu’elle fût confiée à un compositeur dont le nom n’était pas encore fait.
Scribe, sur les instances de Crosnier, passa outre aux observations de son collaborateur et remit le manuscrit au jeune musicien, qui, à son tour, improvisa, en quelque sorte, sa partition.
En effet, Adam, qui avait demandé quinze jours pour l’écrire, donnait, dès le huitième jour, son dernier morceau au copiste.
Malgré la précipitation avec laquelle elle fut composée, la pièce
obtint un immense succès, et Mélesville dut se trouver heureux que Scribe se fût montré plus clairvoyant que lui à l’égard du jeune compositeur.
Ruiné par l’insuccès du Théâtre-Lyrique, qu’il avait fondé à Paris, et pour lequel il composa : Si fêtais roi, le Bijou perdu, la Poupée de Nuremberg, etc., dans ses dernières années il fit, avec talent, de la critique musicale au Constitutionnel et à l'Assemblée nationale.
Il était membre de l’Institut depuis et fut professeur au Conservatoire.
Il est mort le 3 mai 1856, à peine âgé de cinquante-trois ans.
Sa facilité charmante a nui peut-être un peu à l’élévation et à la perfection de ses œuvres, qui se distinguent d'ailleurs par la grâce, l’élégance et l’esprit plutôt que par le caractère et l’énergie..
Léon COGNIET
médaillon de m. Mathieu-Meusnier Cour du nord. — Façade est (le"" étage).
Léon Cogniet est né à Paris le 29 août 179Û. Son père, qui était dessinateur pour papiers peints, lui donna les premières notions et, à dixhuit ans, le faisait entrer dans l’atelier de Pierre Guérin.
Ses progrès furent si rapides, qu’à vingt et un ans, en 1815, il obtint le second grand prix de Rome, et que, deux ans après, en 1817, il remporta le premier grand prix avec Hélène enlevée par ses frères Castor et Pollux, tableau qui exprimait déjà les idées d’affranchissement dont une partie de l’École française commençait alors à être travadlée.
Cogniet, à son retour de Rome, ne tarda pas à voir s’ouvrir pour lui cette belle carrière dans laquelle il débuta par le Marias sur les ruines de Carthage et qu’il couronna par le Tintoret peignaîit sa fille morte, composition d’un effet saisissant et qui restera son chefd’œuvre.
C’est alors qu’après avoir été nommé successivement chevalier, puis officier de la Légion d’honneur, il fut élu, en 18à9, membre de l’Académie des beaux-arts.
Mais aussi quelle suite de beaux ouvrages lui avait mérité cet honneur : le Massacre des Innocents, Saint Étienne portant des secours à une famille pauvre, le Départ de la Garde nationale en 179^, le beau plafond du Louvre {Bonaparte dirigeant les travaux des savants en Égypte), enfin les belles pages des Saisons, empreintes d’un sentiment exquis de poésie, qu’il exécuta dans la salle du Zodiaque, à l’Hôtel de Ville de Paris et qu’on ne connaîtra plus que par les planches de Willmann et d’Outhvvaite, qui ont été sauvées de l’incendie en 1871! Citons encore ses admirables portraits de Pierre Guérin, son maître, de de Grillon, de Noailles, de Galliera, etc.
« Un heureux accord des qualités les plus brillantes, dit M, Jules Thomas, donne à toutes les œuvres de ce maître un attrait surprenant qui les a rendues populaires. Sujets bien trouvés, compositions heureuses, dessin, couleur, sentiment, on ne sait qu’admirer le plus : de l’exécution savante, du goût parfait ou de l’expression. »
Son ardente passion pour la nature fit de lui une sorte de réformateur, de précurseur. Sa dernière toile, les Mages en vue de Betlilée?n, qu’il termina dans sa quatre-vingt-quatrième année, témoigne encore hautement de son amour pour la vérité.
Une grande partie de l’existence de Léon Cogniet fut consacrée à l’enseignement. Professeur de dessin au lycée Louis-le-Grand, il
entra plus tard au même titre à l’École polytechnique et devint enfin professeur à l’École des beaux-arts, où il forma de nombreux artistes de talent.
« Étudiez les maîtres, disait-il à ses élèves, n’en copiez aucun; ne vous inspirez que de la nature. »
Il s’appliquait ainsi à inculquer à ses disciples cet esprit d’indépendance artistique en même temps que cette honnêteté qui a été le fond de son caractère et l’honneur de sa vie.
Membre du Conseil supérieur, de l’École des beaux-arts lors de sa réorganisation en 1863, il donna sa démission, « laissant, dit-il, à qui a provoqué la destruction, V essai d’une réédification ».
« Sa distinction de cœur, son affabilité ne se sont jamais démenties, dit M. Bonnat qui fut son élève, et jusqu’au dernier moment il a conservé toute la grâce, tout le charme de son esprit. Sa mort a été la récompense de sa vie. »
Léon Cogniet s’est éteint doucement le 20 novembre 1880, entouré de la tendre affection des siens, de la respectueuse et profonde reconnaissance de ses élèves.
POINSOT (Louis)