MATHÉMATICIEN
Louis Poinsot naquit à Paris le 3 janvier 1777.
Après avoir fait de brillantes études préparatoires, il fit partie de la première promotion de l’Ecole polytechnique qu’il quitta avec le titre d’ingénieur des ponts et chaussées à l’âge de dix-neuf ans.
Nommé bientôt professeur au lycée Bonaparte, et successivement professeur, examinateur de sortie e membre du conseil de perfectionnement de l’École polytechnique, il justifia son rapide avancement par la publication de ses Eléments de statique (1803).
Cet ouvrage, qui traite des parties les plus élémentaires de la mécanique, « présente, dit un savant contemporain, cela de remarquable qu’il renferme des principes nouveaux dans des matières le plus anciennement connues, inventées par Archimède et perfectionnées par Galilée ».
Toutefois, le mode d’enseignement de cette section de la mécanique, préconisé par Poinsot, a été abandonné dans ces derniers temps.
La statique est la partie de la mécanique qui traite de l’équilibre des systèmes de forces.
Elle se décomposait autrefois en deux divisions distinctes : Vhydrostatique, qui avait pour objet l’équilibre des fluides dont les molécules tendent à se séparer l’une de l’autre, et la statique proprement dite, qui avait trait aux corps solides ou aux systèmes de corps solides.
La théorie de l’équilibre des solides naturels, c’est-à-dire flexibles, compressibles et extensibles, est venue depuis se placer entre les deux. Malheureusement, cette théorie toute moderne, dont l’intérêt pratique est immense, n’a encore pu faire que bien peu de progrès.
Quoi qu’il en soit, la Statique de Poinsot restera, sous une infinité de rapports, un modèle précieux, presque inimitable, que les savants aimeront toujours à revoir.
Poinsot, inspecteur général en 1813, fut, la même année, nommé membre de l’Académie des sciences dans la section de géométrie, en remplacement du célèbre mathématicien Lagrange.
Esprit philosophique original, ce savant remarquable a introduit dans la science, des méthodes plus simples d’investigation.
Il était depuis longtemps membre du Conseil de l’instruction publique lorsqu’il reçut, en l8/i6, la croix de la Légion d’honneur.
Il fut appelé en 1852 à faire partie du Sénat.
Parmi ses nombreux travaux, qui se distinguent par l’élégance et
médaillon de M. J.-P. Aube Cour du nord. — Façade ouest (pr étage).
la lucidité, il faut citer, en dehors des Eléments de sialique mentionnés plus haut : Théorie générale de Véquilibre el da mouvement des sy siennes; Application de V algèbre à la théorie des nom^bres; Mémoire sur les cônes circulaires roulants,
Poinsot mourut à Paris le 15 décembre 1859, à Page de quatrevingt-deux ans.
L’histoire de la mécanique inscrira son nom parmi ceux de ses fondateurs les plus distingués.
DUPERREY (Louis-Isidore)
NAVIGATEUR
Louis-Isidore Duperrey naquit à Paris le 21 octobre 1786.
A l’âge de seize ans, il entra dans la marine militaire, comme novice, à bord de la corvette le Vulcain, alors sur les côtes de Bretagne où elle escortait les convois.
Aspirant de première classe en 180A, enseigne de vaisseau en 1809, il fut chargé, le 8 mai de la même année, de faire la reconnaissance hydrographique de la Toscane.
11 réussit dans cette opération, malgré la croisière anglaise et l’hostilité des habitants, et reçut, en 181/i, le commandement delà goélette le Feu. A la paix, Duperrey s’adonna plus spécialement aux études qui devaient lui être si utiles dans ses voyages de découvertes.
De 1817 à 18'20, il accompagna Saulces de Freycinet, à bord delà corvette V Uranie, dans son voyage autour du monde, et il dressa à ses côtés un grand nombre de cartes marines. Ce voyage, précieux pour la science maritime, faillit avoir une issue fatale pour les deux savants navigateurs et leur équipage.
Le 12 février 1820, VUranie, dont la mission était terminée, cinglait vers la France, lorsqu’un coup de vent la poussa sur les îles Malouines, à l’extrémité méridionale de l’Amérique.
Freycinet les reconnut bien; mais les cartes qu’il avait entre les mains étaient tellement inexactes, qu’en cherchant la baie Française pour y relâcher, la corvette, en dépit des sondes et des vigies, toucha violemment, le 14, contre une roche sous-marine. Ce choc provoqua une voie d’eau si considérable dans le navire, qu’on dut chercher un endroit pour faire côte et sauver, du moins, avec l’équipage, les résultats scientifiques de l’expédition.
Ce fut Duperrey, le second de V Uranie, qui, avec un canot, dirigea la corvette dans un endroit convenable où elle échoua.,
L’équipage revint en France avec son matériel scientifique sur une corvette achetée à cet effet. Il arriva au Havre le 13 novembre 1820, après une navigation de plus de trois ans, rapportant de nombreuses et précieuses collections de mammifères, d’oiseaux, de poissons, d’insectes et de plantes dont un grand nombre d’espèces étaient inconnues en Europe.
On sait que Freycinet, traduit devant un conseil de guerre pour le fait de la perdition de sa corvette, fut non seulement acquitté de la manière la plus honorable, mais encore élevé au grade de capitaine de vaisseau.
A son retour en France, Duperrey, dont Freycinet avait révélé
médaillon de M. J.-P. Aubé Cour du nord. — Façade ouest (pf étage).
les talents, fut nommé lieutenant de vaisseau, et appelé au commandement de la Coquille.
A bord de ce navire, il dirigea lui-même, de 1822 à 1835, sur les côtes de l’Amérique du Sud et dans l’Océanie, une exploration qui fut fertile en investigations de tout genre sur l’hydrographie, le magnétisme, la météorologie, les trois règnes de la nature et enfin la figure de la terre.
Duperrey revint en France le 2/i avril 1835, ayant parcouru près de vingt-cinq mille lieues marines, et cela sans avoir, grâce à son habileté, perdu un seul homme, sans un malade, sans une avarie.
Alors, dans la retraite, il s’occupa de publier la relation de ses voyages et les résultats de ses nombreux travaux. Ses cartes, ses observations astronomiques, ses recherches sur les courants marins et sur le magnétisme terrestre, lui valurent l’honneur d’être élu membre de l’Académie des sciences en 18â2.
Il mourut en 1865, à l’âge de soixante-dix-neuf ans.
PERCIER (Charles)
ARCHITECTE
Médaillon de M. J.-P. Aubé Cour du nord. — Façade ouest (lev étage).
Charles Percier naquit à Paris le 5 septembre 176Zi.
Il était fils d’un ancien militaire devenu un des concierges du Jardin des Tuileries; sa mère était couturière de la reine.
Très jeune, il entra dans l’atelier du peintre Lagrenée, puis devint élève de Peyre chez lequel il se lia avec Fontaine, qui devait aussi devenir un architecte célèbre, en collaborant avec lui à d’importants travaux.
Il passa ensuite dans l’atelier de l’architecte Gisors. Un projet de Jardin des Plantes lui valut en 1786 le grand prix de Rome; il partit pour l’Italie où il séjourna jusqu’en 1792.
De retour à Paris, il fut chargé, avec Gisors, de disposer, au palais des Tuileries, la salle des séances de la Convention où fut prononcée, le 20 janvier 1793, la sentence qui condamnait Louis XVI à mort.
Lorsqu’il s’agit de bâtir la salle du conseil des Cinq-Cents, Gisors et Lecomte, désignés pour élever cette construction, s’associèrent Percier et son camarade Fontaine, auxquels, seuls, les contemporains firent honneur de ces travaux.
Dès les premiers temps du Consulat, Bonaparte, sur la présentation de David, choisit Percier et Fontaine pour architectes de son château de la Malmaison. Cette circonstance fit connaître Percier du Premier Consul, et lui valut d’être nommé architecte du Louvre et des Tuileries. Il s’associa son camarade Fontaine, et tout fut dès lors commun entre eux. C’est ainsi qu’ils restaurèrent le Louvre et les Tuileries, les châteaux de Saint-Cloud, de Compiègne, de Versailles, de Fontainebleau, etc.
C’est à Fontaine et à Percier qu’on doit le percement de la rue de Rivoli et l’arc de triomphe du Carrousel.
Mais le plus vaste plan qui ait occupé l’imagination de ces artistes fut, sans doute, celui de cette résidence qu’on voulut élever d’abord à Lyon, dans le faubourg de Perrache, et dont on fixa ensuite la place sur les hauteurs de Chaillot.
Cette résidence gigantesque, semblable aux palais d’Orient qui sont des villes, devait embrasser dans son immense enceinte toute la plaine de Passy et le bois de Boulogne qui, étendu jusqu’aux rives de la Seine, en eût formé le grand parc.
Dans ce champ immense s’accumulaient des édifices de tout genre, archives de l’Etat, palais des Arts, palais de l’Université, des habitations pour les savants, les professeurs émérites et les hommes célèbres, etc. Et, par un mélange bizarre, à côté de ces
monuments héroïques s’élevaient des bâtiments d’une destination beaucoup plus humble, des dépôts de sel et de tabac, des hôpitaux et des abattoirs; de telle sorte que le Gros-Caillou et la plaine de Grenelle seraient devenus, si ce plan avait été exécuté, la ville nouvelle et le quartier des monuments.
Percier, nommé chevalier de la Légion d’honneur par Napoléon PL fut promu au grade d’officier de cet ordre sous la Restauration. 11 fut membre de l’Académie des beaux-arts.
En I8IZ1, Percier, dont la santé était déjà altérée par sa longue assiduité au travail, renonça à l’exercice de sa profession et mourut le 5 septembre 1838, à l’âge de soixante-quatorze ans.
Le caractère distinctif de son talent est une exquise justesse de goût, secondée par une très grande habileté dans le dessin. 11 excellait surtout dans la décoration. Ses préceptes et ses travaux ont ramené Tart dans la voie de l’architecture grecque et romaine.
BRONGNIARÏ (Alexandre -Théodore)
ARCHITECTE
Alexandre -Théodore Brongniart est né à Paris le 15 février 1739.
Destiné à la médecine, il s’occupa d’abord de sciences, mais il se tourna bientôt vers les beaux-arts et se livra tout entier à l’étude de l’architecture.
Brongniart commença à se faire connaître par la construction de plusieurs hôtels particuliers, tels que ceux de Monaco, d’Osmond, de Frascati, de Montesson, de Bouret, d’Anzely, etc., le dessin des grandes avenues qui mettent en communication l’Hôtel des Invalides et l’Ecole militaire, le couvent des capucins d’Antin, aujourd’hui lycée Condorcet, ainsi que divers bâtiments qui n’existent plus, notamment la salle du théâtre Louvois qui fut détruite en 1815.
C’est à lui, également, que l’on doit les plans du cimetière du Père-Lachaise.
Le parc de Maupertuis, qu’il dessina pour M. de Montesquieu, est une de ses plus belles œuvres.
Mais son œuvre capitale est le palais de la Bourse de Paris, dont la construction fut décidée par un décret impérial en date du 16 mars 1808, sur une partie des terrains occupés jusqu’en 1790 par le couvent des Filles de Saint-Thomas-d’Aquin. L’État céda l’emplacement et la ville de Paris lit les frais de la construction.
Isolé au milieu d’une grande et belle place, ce monument présente, à distance, des lignes qui ne manquent pas de majesté; mais on reproche, avec raison, à la colonnade extérieure, prodigieusement élevée, mais peu profonde, de n’offrir d’abri ni contre le soleil, ni contre la pluie.
Brongniart fut architecte du ministère des affaires étrangères, de l’Ecole militaire et de l’Hôtel des Invalides, où il avait son logement.
Le 10 décembre 1781, il avait été admis à l’Académie royale d’architecture.
H mourut le 16 juin 1813, avant l’achèvement de la Bourse, qui fut terminée par l’architecte Labarre.
Les travaux ne furent finis qu’en 1827, mais l’inauguration eut lieu dès le 3 novembre 1826.
« Le commerce parisien, dit malicieusement un contemporain, était pressé de jouir de ce monument qui, comme il convient à un sanctuaire dédié à Mercure, est bâti sur le modèle d’un temple païen. »
On peut dire que cet architecte de talent commença l’illustration de la famille Brongniart.
médaillon de m. J. -P. Aube.
Cour du nord. — Façade ouest (1®'' étage).
Son frère, Antoine-Louis Brongniart, fut un chimiste distingué, successivement professeur au Collège de pharmacie et au Muséum d’histoire naturelle.
Ses enfants furent également célèbres à divers titres.
Son fils, Alexandre Brongniart, minéralogiste remarquable, peut être regardé comme le fondateur de la méthode de géologie moderne.
Enfin sa fille, qui était d’une très grande beauté, a été immortalisée par le grand peintre Gérard, qui fit d’elle le plus beau portrait qu’il ait jamais peint, peut-être, dans ses tableaux les plus renommés.
LAS SUS (Jean-Baptiste -Antoine)