AUTEUR DRAMATIQUE. — CRÉATEUR DE L ’ O P É R A - C O M I Q U E
Charles-Simon Favart naquit à Paris le 13 novembre 1710. Il était fils d’un pâtissier en renom pour ses échaudés, chansonnier à ses heures. Après avoir fait ses études au lycée Louis-le-Grand, où il sentit s’éveiller en lui le goût de la poésie, Favart, ayant perdu son père, dut prendre la suite de son commerce. Néanmoins, il n’abandonna pas ses travaux littéraires et remporta un prix aux Jeux floraux. Lorsque sa mère eut été ruinée par la banqueroute de Law, Favart se mit à travailler résolument pour le théâtre. Son premier succès fut un opéra-comique, les Deux Jumelles, qu’il donna le 22 mars 173â.
On raconte que, le soir de la première représentation de cette pièce, Favart, en rentrant chez lui, pressé par une importante commande de pâtisserie, retira son habit et, revêtu de l’accoutrement obligé, se mit en devoir de préparer de la pâte. Tout à coup un équipage s’arrête à sa porte, un gros fermier général en descend et demande à voir l’auteur des Deux Jumelles dont l’audition l’a charmé. Favart, honteux d’être surpris en pâtissier, se fait passer pour un simple mitron, et dit au visiteur qu’il va chercher son patron. Alors, passant dans l’arrière-boutique, il retire tourte et tablier; puis, revêtu de son habit, il se présente au financier.
Celui-ci lui apprend alors qu’il n’est pas dupe de son innocente supercherie, car, à travers une porte vitrée, il a vu tout son manège. Il en rit d’ailleurs, avec Favart, dont il devint le protecteur et l’ami.
La réputation vint décidément à l’auteur avec la Chercheuse d'esprit, charmant opéra-comique qui inspira à Crébillon le quatrain suivant :
Il est un auteur en crédit Dont la muse a le don de plaire;
Il fit la Chercheuse (Vesprit Et n’en chercha point pour la faire.
Une jolie actrice, de Ronceray, qui jouait avec une grâce exquise le rôle principal dans cette pièce, se vit rechercher par l’auteur, qui Tépousa et devint directeur du théâtre de l’Opéra- Comique dont il avait assuré la vogue par ses charmants ouvrages.
Mais bientôt ce théâtre ayant été supprimé en 17Zi5, à la demande des Italiens jaloux de son succès, Favart se trouvait sans ressources, lorsque le maréchal Maurice de Saxe le chargea de diriger une troupe de comédiens dont il se faisait suivre à l’armée. Sa réussite fut complète, mais il ne put en jouir longtemps.
Sa femme, ayant refusé à Maurice de Saxe de souscrire à certaines exigences qui répugnaient à son honnêteté, fut obligée de s’enfuir dans un couvent, tandis que lui-même, pour se soustraire à la colère du maréchal, allait se réfugier chez le curé d’un village voisin de Strasbourg où, caché dans une cave, il peignit des éventails à la lueur d’une chandelle.
Rendus libres par la mort du maréchal de Saxe (1750), les deux époux se rejoignirent à Paris. Favart travailla alors, sans relâche, pour les Italiens et le Théâtre-Français. On a de lui plus de soixante pièces, remplies pour la plupart de gaieté et de délicatesse. Les plus connues en dehors de celles déjà citées sont : Annette et Lubin, Ninette à la cour, Bastien et Dastiemie, la Rosière de Salency.
Favart goûtait un honorable repos dans une petite maison retirée, lorsque la Révolution le ruina. Il mourut dans la gêne, le 12 mai 1792.
FAVART (Charles-Simon)
AUTEUR DRAMATIQUE. — CRÉATEUR DE l’ OPÉRA-COMIQUE