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COMÉDIENNE

Anne-Françoise-IIippolyte Boutet, qui devait, sous le pseudonyme de Mars, se révéler une grande comédienne, naquit à Paris le 9 février 1779.

Fille d’un acteur et d’une actrice, elle parut, dès l’âge de treize ans, dans des rôles d’enfant, au théâtre Montansier auquel était attaché son médaillon de m. b. rougelet. père. Celui-ci, reconnaissant dans la Cour du sud. — Façade est. jcuiie fille un véritable instinct de la (1er étage). scène, la laissa jouer avec sa nature

sans chercher à la guider.

Plus d’une fois, lorsqu’elle lui avait demandé un conseil sur un rôle qu’elle savait, son père lui avait dit : « Tu sais ton rôle? — Oui.

— Eh bien! joue-le comme tu le sais. »

C’était lui apprendre à s’abandonner dans l’art à ses impressions personnelles, à son sentiment; Contât, la célèbre actrice du Théâtre-Français, lui en enseigna les délicatesses et les raffinements.

En 1795, Mars joua au théâtre Feydeau et fut comprise parmi les comédiennes de premier ordre qui reconstituèrent la Comédie française.

Sa physionomie à la fois gracieuse, mobile et piquante, son jeu naturel et fin, son organe enchanteur, prêtèrent un nouveau charme aux rôles des ingénues et des jeunes premières.

La perfection de son jeu la fit surnommer V Inimitable et le Diamant.

La retraite de M^^® Contât, en 1812, lui permit d’aborder l’emploi des grandes coquettes que, par un privilège assez rare, elle cumula avec les ingénuités.

Elle brillait également dans ces rôles si opposés et savait être l’attendrissante Betzy de la Jeunesse d'He?iri V ou la hautaine Célimène du Misanthrope.

Identifiée avec le génie de Molière et de Marivaux, son jeu était le commentaire le plus intelligent de leurs chefs-d’œuvre.

C’est cette flexibilité de talent qui lui valut des succès sans cesse renouvelés.

M^^® Mars joua jusqu’à un âge avancé, parcourant, avec une facilité sans égale, toute la gamme dramatique.

A soixante ans passés, dans le rôle d’Henriette des Femmes savantes ou même dans celui, plus jeune encore, de Suzanne du Mariage de Figaro, sa voix faisait illusion complète à l’oreille.

Sa science de la toilette, poussée au dernier point, lui donnait aussi le pouvoir de faire également illusion aux yeux.

En 1841, elle donnait, à soixante-deux ans, sa représentation d’adieu et jouait Célimène du Misanthrope et la marquise des Fausses confidences J, comme dans ses plus beaux jours.

Mars n’était pas seulement une grande comédienne, elle était aussi femme d’esprit, et l’on cite d’elle plus d’un trait charmant.

Éprise d’une admiration qu’elle ne cacha pas pour Napoléon, elle se vit, sous la Restauration, en butte à quelques cabales.

Un soir, on voulut la forcer à crier : « Vive le roi! » elle s’y refusa. Le public ayant insisté, la spirituelle artiste, à bout de patience, s’en tira de la façon suivante : « Vous me demandez, ditelle, de crier : « Vive le roi! » eh bien, c’est fait! »

Ayant appris, un jour, que les gardes du corps avaient résolu d’aller la siffler au théâtre, elle les souffleta de ces mots si ironiques : ({ Qu’est-ce qu’il peut y avoir de commun entre Mars et les gardes du corps ! »

M^^® Mars s’éteignit à l’âge de soixante-huit ans, le 20 mars 1847.

Charles DUFRESNY (S'^ de RIVIÈRE)

AUTEUR COMIQUE

Dufresny naquit à Paris en 165/i.

Petit-fils d’un valet de garde-robe de l.ouis XIII, il fut protégé par Louis XIV, auquel il plut par ses saillies et son humeur originale, et qui se l’attacha comme valet de chambre.

Ayant ensuite fait preuve d’une disposition naturelle pour l’art du dessin et spécialement pour la distribution des jardins, qu’il varia par l’introduction du genre anglais, il fut nommé contrôleur des jardins royaux et reçut le privilège d’une manufacture de glaces.

Mais entraîné par ses penchants dispendieux, Dufresny vendit à vil prix sa charge et son privilège, et se mit à travailler pour le théâtre.

Il paraît qu’il vendit à Regnard, son ami, la jolie comédie : Attendez -moi ?,ou^ l’orme, ou du moins le sujet de cette comédie; puis, lorsque Regnard fit représenter le Joueur, il se brouilla avec lui et l’accusa de lui en avoir voté l’idée, qu’il a d’ailleurs traitée assez médiocrement lui-même dans le Chevalier joueur.

Cette querelle inspira à un poète satirique l’épigramme suivante :

médaillon de M. b. Rougelet Cour du sud. — Façade ouest (ler étage).

Un jour. Regnard et de Rivière,

En cherchant un sujet que l’on n’eùt pas traité, Trouvèrent qu’un joueur ferait un caractère Qui plairait par sa nouveauté.

Regnard le lit en vers et de Hivière en prose :

Ainsi, pour dire en vrai la chose,

Chacun vola son compagnon.

Mais quiconque, aujourd’hui, voit l’un et l’autre ouvrage, Dit que Regnard a l’avantage D’avoir été le bon larron.

Dufresny a travaillé pour la Comédie italienne et le Théâtre- Français.

Parmi ses œuvres, on distingue V Esprit de contradiction, un acte en prose, et le Mariage fait et rompu, trois actes en vers, ses plus jolies comédies; puis la Réconciliation normande, cinq actes en vers; le Double veuvage, trois actes en prose.

Ces compositions sont faciles et agréables; le dialogue en est vif, spirituel et brillant; mais les plans sont peu réguliers, les dénouements trop brusques et les caractères souvent factices.

11 a laissé encore un roman de mœurs à la façon de Le Sage, les Amusements sérieux et comiques, dont le cadre et la philosophie

originale inspirèrent à Montesquieu ses Lettres 'persanes, enfin des nouvelles, des chansons, des poésies diverses, etc.

Ses prodigalités et ses habitudes de désordre le plongèrent bien souvent dans la gêne, malgré les faiblesses du roi à son égard.

Il avait d’ailleurs une singulière façon de solder ses dettes, quand il les payait. On raconte que, ne pouvant payer ses notes de blanchissage, il épousa sa blanchisseuse uniquement .pour se libérer envers elle.

En 1710, Dufresny,. toujours à court d’argent, obtint le privilège du journal le Mercure de France, et le rédigea pendant quelque temps d’une manière fort spirituelle; mais, fidèle à sa déplorable habitude, il le céda pour une modique pension, et mourut dans la misère le 6 octobre 172/1.

Népomugène LEMERCIEPt

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