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POÈTE TRAGIQUE

Népomucène Lemorcier naquit à Paris le 21 avril 1771.

Son père avait été successivement secrétaire du duc de Penthièvre, du comte de Toulouse et de M"'*" de Lamballe. Cette princesse fut la marraine de Népomucène Lemercier.

La violence d’une chute qu’il fit, dans son enfance, priva le futur poète de l’usage d’une partie de ses membres : il ne marcha plus qu’avec peine et ne put écrire que de la main gauche.

Népomucène Lemercier devait être, à la fois, un de nos auteurs les plus célèbres et un de nos meilleurs citoyens.

Né dans une famille privilégiée, il répudia tous les privilèges; dépouillé de ses avantages et de sa fortune par la Révolution, il en soutint, néanmoins, avec chaleur, tous les principes.

Sa vie fut toute littéraire et très laborieuse; dès l’âge de seize ans, il composa une tragédie, Mëlëagre, qui obtint un estimable succès.

Les nombreuses productions de cet écrivain se succédèrent rapidement, et l’on doit citer parmi les plus estimées : Agame?nno?i, son chef-d’œuvre, Ophis, le Lëvile d'Epliraïm, Frëdëgonde et Brunehaut, Richard //(, Pinto, la Journëe des diipeSj VAtlantiade et la Panhypocrisiade ; enfin tant d’autres tragédies et poèmes, des épîtres nombreuses, etc., œuvres toutes si opposées, qui attestent l’universalité de son talent.

Dans sa longue carrière, conteur, poète dramatique, poète héroïque, moraliste, critique, philosophe, Lemercier ne démentit jamais un instant son caractère; le succès ne l’éblouit point, les injustices ne l’abattirent pas.

Bonaparte rechercha Lemercier, et, quand une foule de complaisants de tous les rangs le comblaient de flatteries, le poète osa dire au premier Consul : « Vous vous amusez à refaire le lit des Bourbons; je vous le prédis, vous n’y coucherez pas dix ans. »

Depuis lors, Napoléon donna à Lemercier l’épithète de fanatique. Le poète lui répondit par le quatrain suivant :

Un despote persan appelait fanatique Un sage Athénien soumis au seul devoir :

— « Qui de nous l’est le plus? dit l’homme de l’Attique;

« J’aime la liberté, comme toi le pouvoir. »

Dès que l’Empire fut proclamé, Lemercier ne garda pas plus de

médaillon de M. b. Rougelet Cour du sud. — Façade ouest (1er étage).

mesure; H était chevalier de la l.égion d’honneur, il en renvo3^a le brevet eti’insigne, déclarant ne pouvoir se soumettre au nouveau serment exigé des membres de Tordre.

Napoléon se vengea du dédain de l’écrivain en faisant interdire plusieurs de ses ouvrages.

— Eh bien! monsieur Lemercier, lui dit-il, un jour, en le narguant, quand nous donnerez-vous une belle tragédie?

Lemercier regarda Tempereur fixement et lui dit ce mot qui, prononcé au commencement de 1812, a été relevé depuis comme une prophétie : « Bientôt, j’attends. »

Lemercier, qui occupera toujours un rang élevé dans la littérature du commencement du xix® siècle, fut le précurseur de l’École romantique contre laquelle on le vit, cependant, plus d’une fois, lutter dans TAcadémie française dont il était membre depuis 1810.

Parvenu à sa soixante-dixième année, il s’éteignit sans souffrance, le 6 juin 18/i0.

Deux heures avant sa mort, il composa son épitaphe, en ces termes simples et vrais :

Il fut homme de bien et cultiva les lettres.

QÜATREMÈRE de QUINCY (Antoine-Chrysostome)

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