ARCHÉOLOGUE
Quatremère de Quincy naquit à Paris le 21 octobre 1755.
Elève du collège Louis-le-Grandet destiné au barreau, il sentitde bonne heure un goût très vif pour l’étude des œuvres de l’architecture, de la sculpture, de la peinture et surtout de Part antique.
Ses parents, qui ne songeaient guère à faire de lui un artiste, le dirigèrent vers le barreau ; mais il ne fit que de médiocres progrès dans l’étude du droit. Tout son temps se passait en méditations sur l’architecture et la sculpture. Il en tira des théories savantes dans lesquelles se manifestèrent, de la manière la plus évidente, la sûreté de son goût et la sincérité de son enthousiasme pour les chefs-d’œuvre de Part antique qu’il résolut de contempler sur les lieux mêmes.
En 1776, Quatremère de Quincy se rendit en Italie où il découvrit les véritables proportions de l’architecture dorique ; il y recueillit des matériaux considérables déposés en substance dans son Dictio7inaire d’architecture.
De retour à Paris en 1785, il alla, en 1788, étudier les monuments de l’Angleterre.
La Révolution le surprit au milieu de ses travaux ; il en adopta les idées libérales. Nommé, en 1791, député de Paris à l’Assemblée nationale, il y combattit énergiquemœnt en faveur des principes constitutionnels.
Quatremère de Quincy subit un emprisonnement de treize mois et fut élargi après la mort de Robespierre.
Elu président de la section de la Fontaine-de-Grenelle en fructidor an III, il se montra un des principaux instigateurs de l’insurrection du 13 vendémiaire an IV et fut condamné à mort par contumace.
Le gouvernement fit bientôt cesser toutes poursuites, et Quatremère fut acquitté par un jury qui déclara quü ny avait pas eu de rébeltioîi en vendémiaire.
Membre du conseil des Cinq-Cents en 1797, il figura sur la liste des déportés du 18 fructidor, reparut sous le Consulat et devint membre du conseil municipal de Paris.
Intendant des Arts et des Monuments en 1815, professeur d’archéologie à la Bibliothèque royale en 1818, il fut encore membre des Académies des Inscriptions et des Beaux-Arts.
médaillon de M. b. Rougelet Cour du sud. — Façade ouest (B*' étage).
On a de lui de nombreux ouvrages, parmi lesquels on doit citer ses Considérations sur Vart du dessin en France, ses Essais sur la nature, le but et les inoyens de limitation dans les beaux-arts, son Dictionnaire d^ architecture, etc.
H a publié, en outre, dans le Journal des sava?its et dans les recueils de l’Institut, de nombreuses dissertations.
En 1839, il se démit de ses fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts.
Quatremère de Quincy mourut dix ans après, le 28 décembre iSU9, dans sa quatre-vingt-quinzième année.
BERTON (Henri Montan, dii)
COMPOSITEUR DE MUSIQUE
Berton est né à Paris le 17 septembre 1766. Fils d’un compositeur distingué, il apprit, selon l’expression d’un de ses biographes, « la musique en même temps que la parole ».
A la mort de son père, il fut admis en qualité de surnuméraire au nombre des violons de l’orchestre de l’Opéra et, un an après, comme titulaire. Il avait alors quinze ans.
Berton avait déjà donné quelques oratorios appréciés, lorsqu’il débuta à la Comédie italienne avec un opéra, les Promesses du Mariage, qui fut suivi de plusieurs autres dont les plus connus sont les Rigueurs du Cloître et Ponce de Léon,
En 1799, l’Opéra-Comique représenta et Stéphanie, drame
lyrique en trois actes, considéré comme le chef-d’œuvre de Berton et qui plaça ce compositeur parmi les premiers musiciens français.
Berton raconte lui-même de quelle manière originale il composa l’opéra qui devait immortaliser son nom :
« J’avais cinq rôles principaux à faire agir et parler. Je fis donc choix de six gros bouchons : à la gauche des spectateurs, le premier était Stéphanie, le deuxième Léonati, le troisième Salvaior, le quatrième Moîitœno, et le cinquième Alta?nont. Les petits bouchons placés derrière représentaient les officiers et les gens de leur suite. Cette statistique exacte du tableau que je désirais que la scène offrit, me fut d’un grand secours; car en faisant avancer ou reculer à mon gré l’un de ces personnages, lorsque l’un d’eux me paraissait avoir trop tardé à parler, je m’identifiais plus directement avec l’intérêt et le pathétique éminent de cette belle situation dramatique. »
Parmi les œuvres nombreuses que Berton donna encore au théâtre, il faut citer, outre celles mentionnées plus haut : Le Nouveau d'Assas^ Aline reine de Golconde, le Délire, Roger de Sicile, Françoise de Foix, Blanche de Provence ou la Cour des Fées, Corisandre, Virginie, etc.
On doit encore à Berton un grand nombre de romances, des oratorios, des cantates, etg.
Il a aussi laissé un important ouvrage théorique intitulé : Système général de V Harmonie , composé d’un arbre généalogique des accords, d’un traité d’harmonie basé sur cet arbre généalogique et d’un dictionnaire des accords.
La musique de Berton est chantante et facile, ses mélodies sont spirituelles, gracieuses, expressives; son instrumentation brillante et d’une rare clarté.
Berton fut, enfin, professeur d’harmonie et de composition au Conservatoire (1796), directeur de l’Opéra-Italien (1806), membre de 1 Institut et chevalier delà Légion d’honneur (1815).
En 1838, il était promu officier dans cet ordre.
Il mourut à Paris le 22 avril 18ZiA
LE BAS (Lodis-Hippolyte)
ARCHITECTE
Hippolyle Le Bas est né à Paris, le 31 mars 1782. II montra, de bonne heure, des dispositions toutes spéciales pour l’architecture qu’il étudia sous Vaudoyer, Percier et Fontaine, et remporta, à l’École des beaux-arts, le prix du départementet de nombreuses médailles.
Après une première excursion en Italie, il obtint le second grand prix en 1806.
Il serait probablement arrivé à remporter le premier prix, si la conscription ne l’avait arraché à ses études.
De 1806 à 1808, il parcourut de nouveau l’Italie comme guide du prince Murat.
De retour à Paris en 1810, il exposa un projet d'intérieur d'une salle ornée de peintures duw'^ siècle, servant de musée de sculpture.
Cette œuvre eut un succès retentissant qui commença la renommée du jeune architecte.
L’année suivante, il retourna une troisième fois en Italie, où il étudia les chefs-d’œuvre des maîtres anciens.
Peu après, il fut nommé inspecteur des travaux de la Bourse de Paris et du monument dit expiatoire de Louis XVI.
Il exposa enfin un projet de quatre grands cimetières, mis au concours par la ville de Paris, et le plan d’une fontaine monumentale qui devait s’élever place de la Bourse.
Le gouvernement, appréciant le talent de cet architecte, lui confia l’exécution de plusieurs travaux importants, notamment le monument de Malesherbes au Palais de Justice, et celui de Louis XVIII au Palais-Bourbon.
En 182/i, à la suite d’un concours très brillant, il fut chargé en même temps de la construction de la prison des jeunes détenus, rue de la Roquette, et de l’église JNotre-Dame de Lorette, son œuvre capitale.
Le Bas devint membre de l’Institut en 1825 et prit une part très importante aux grands travaux de l’État.
Nommé architecte des Travaux publics, il fut chargé de construire les salles des séances de l’Académie française et de l’Académie des Beaux-Arts, ainsi que la bibliothèque du palais de TInstitut, et
enfin de restaurer la salle des séances de l’Académie de médecine, rue des Saints-Pères.
Tl devint, en outre, membre du comité des bâtiments civils et professeur d’architecture à l’École des beaux-arts et fut promu en 18Z|7 officier de la Légion d’honneur.
C’est lui qui dessina et exécuta le monument funéraire d’Halévy au cimetière du Père-La-Ghaise.
Pendant une trentaine d’années, H. Lebas dirigea, chez lui, un atelier où s’est formé un grand nombre d’élèves. Ce savant architecte mourut à Paris, le 31 mars 1867, à l’âge de quatre vingtcinq ans, jouissant encore de toutes ses facultés.
GUÉRIN (Pierre-Narcisse)
PEINTRE d’ HISTOIRE
Pierre Guérin naquit à Paris le 13 mars 177Zi.
Il était fils d’un quincaillier qui le plaça dans l’atelier du peintre Brunet, où il montra peu d’aptitude; mais, devenu ensuite élève du baron Régnault, il fit de rapides progrès.
A l’époque de la Révolution, les grands concours ayant été interrompus pendant trois années, on ouvrit en 1796, pour les trois prix, un seul concours, dont le sujet était la Mort de Caton d'Uiique. Guérin remporta un de ces prix.
Quoique la pension de Rome n’eût pas encore été rétablie, le jeune artiste s’imposa tous les travaux que les règlements auraient exigés de lui.
C’est alors qu’il exposa au Salon de 1800 son premier tableau remarquable, le Retour de Marcus Sexlus, qui obtint un succès peut-être sans exemple.
Ce tableau fut couvert de lauriers; c’était à qui y attacherait des vers louangeurs. Pendant toute l’Exposition, il y eut foule pour le voir ; on offrit des bouquets à l’artiste, on lui fit des ovations enthousiastes.
Lorsque les élèves purent se réunir à Rome, Guérin fit valoir les droits qu’il avait acquis au concours de 1796 et partit pour l’Italie.
Sa mauvaise santé ne lui permit pas de séjourner plus de six mois à Rome; il alla à Naples et revint à Paris.
Il n’était encore qu’élève lorsque, en 1803, il reçut la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Il reparut au Salon de 1810 avec trois grandes toiles, qui, cette fois, loin de provoquer l’enthousiasme général, furent l’objet de vives critiques.
Vers cette époque, Guérin ouvrit à Paris un atelier qui compta promptement de nombreux élèves, parmi lesquels beaucoup devinrent célèbres : Géricault, A. Schelïer, Léon Cogniet, etc.
En 181/j, il fut nommé professeur à l’École des beaux-arts, et, l’année suivante, Louis XVIII ayant porté le nombre des académiciens à la section des beaux-arts, de huit à quatorze, Guérin fut appelé à faire partie de cette Compagnie.
En 1822, il accepta le poste de directeur de l’École de Rome, qu’il avait refusé quelques années auparavant.
Guérin était petit et délicat ; la faiblesse de sa santé ne lui permit pas de peindre pendant les six années qu’il passa dans cette ville.
médaillon de M. b. Rougelet Cour du sud. — Façade ouest (1er étage).
De retour en 1829, il reçut le titre de baron.
Le Louvre possède six tableaux de ce maître : le Retour de Marcus SextuSj, VOffra?ide à EsciUape, Phèdre et Hippolyte, Androviaque et PyrTiius, Clytemnestre et Énée et Didon.
On a reproché à Guérin une composition théâtrale, des poses déclamatoires et un coloris imparfait, mais on lui reconnaît une grande pureté de contours, un goût heureux dans l’ajustement et une profonde entente de l’expression.
Le désir de revoir Rome le décida à accompagner le peintre Horace Vernet qui s’y rendait en qualité de directeur de l’Académie.
11 mourut, quelques mois après son départ, le 16 juillet 1833, et fut enterré dans l’église de la Trinité-du-Mont, à côté de Claude le Lorrain, le célèbre paysagiste.
CAUCHY (Augustin -Louis)
Augustin-Louis Cauchy naquit à Paris le 21 août 1789.
Son père, archiviste de la Chambre des pairs, latiniste passionné et fervent catholique, fut son premier maître.
A treize ans, il fut envoyé à l’École centrale du Panthéon, où il acheva brillamment des études exclusivement littéraires.
Après quelques mois seulement de préparation scientifique, il fut reçu second à l’École polytechnique, où il se signala par de remarquables travaux.
Sorti, le premier, en 1807, il alla continuer à l’école des Ponts et Chaussées, la série de ses succès.
Après avoir été employé aux travaux du canal de l’Ourcq, en 1808, il fut, en 1810, envoyé à Cherbourg comme ingénieur et mis en congé en 1813 pour raisons de santé.
Trois ans après, il fut reçu à l’Académie des sciences et occupa, vers la même époque, la chaire de mécanique à l’École polytechnique.
Ayant perdu son emploi pour refus de serment, après la Révolution de 1830, il se rendit à Turin, où une chaire de mathématiques fut créée exprès pour lui; puis il fut appelé à Prague pour y diriger l’éducation scientifique du duc de Bordeaux (Henri V).
Revenu à Paris en 1838, il enseigna les mathématiques dans différents établissements d’éducation tenus par le clergé.
En 1839, proposé pour une chaire vacante au Collège de France, il refusa devant la nécessité de prêter serment.
La même année, les membres du Bureau des Longitudes, qui se recrutent eux-mêmes, le choisirent cà l’unanimité pour succéder au mathématicien de Prony, mort le 31 juillet de cette même année ; il remplit effectivement les fonctions de sa nouvelle charge pendant quatre ans au bout desquels le gouvernement annula l’élection.
La République de 18ù8 se montra plus tolérante : elle le nomma professeur d’astronomie mathématique à la Faculté des sciences.
Le second Empire ayant rétabli le serment politique, Cauchy dut de nouveau quitter sa chaire qui lui fut rendue sans condition en 1854.
Travailleur infatigable, Cauchy a composé une foule de Mémoires parmi lesquels on remarque la Théorie des ondes^ couronnée en 1815 par l’Institut; il a publié des Cours d'analyse (1821), des Leçons sur les applications du calcul infinitésimal à la géométrie, et des exercices de mathématiques (1827).
Peu de savants ont été plus vivement et plus diversement critiqués. Amis et adversaires l’ont, tour à tour, comblé d’éloges et
M EDA IL T. ON DE M. B. ROUGELET Cour du sud. — Façade ouest (1er étage).
accablé de reproches, et parmi ses panégyristes et ses détracteurs, bien peu ont résisté complètement à l’influence de leurs préférences religieuses.
Quoi qu’il en soit, Cauchy fut un savant remarquable par la profondeur de ses nombreuses connaissances scientifiques, en mathématiques, en mécanique, en astronomie, en optique.
Le U mai 1857, il présentait à l’Institut son dernier Mémoire sur le coeflîcient régulateur ; le 23 du même mois, il mourait à l’âge de soixante-huit ans.
LA CONDAMINE (Charles-Marie de)