‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 132 sur 142 · VESTIBULE ET GRANDS ESCALIERS DES FÊTES · texte numérisé non relu

VESTIBULE ET GRANDS ESCALIERS DES FÊTES

NOTICE

Largement ouvert sur la salle Saint-Jean par trois grandes baies, le vestibule donne accès aux escaliers qui conduisent à la salle des Fêtes. Il se compose de trois travées de voûtes d’arête inégales entre elles dont les points d’appui sont formés par de fines colonnes d’ordre dorique en marbre rouge royal. Le même ordre se répète au pourtour des murs, qui sont décorés de pilastres supportant les retombées des arcs-doubleaux ornés, en leur milieu et au-dessus des chapiteaux, de rosaces encadrées dans de fines moulures Renaissance. La frise est pourvue de triglyphes, comme aux beaux exemples antiques, et la corniche est décorée de feuilles, d’oves, de denticules, qui lui donnent une grande richesse.

De ces trois travées inégales, les deux plus petites, symétriquement placées, présentent une arcade aveugle percée chacune d’une porte conduisant l’une à la galerie qui longe la salle Saint-Jean, l’autre, par un petit vestibule, aux escaliers en tourelle de la cour du Sud ou de la cour du Nord. Le tympan de ces arcades est occupé par une petite niche circulaire en œil-de-bœuf encadrant le buste d’un personnage célèbre flanqué de petits génies personnifiant l’art cultivé par ce personnage.

La travée du milieu, de beaucoup la plus grande, présente, à ses extrémités, une grande baie en arcade s’ouvrant sur les volées des escaliers des fêtes.

Absolument identiques, ces volées d’escalier sont en marbre blanc veiné d’Italie. Les parois qui les limitent à gauche et à droite sont décorées de dalles en jaspe rouge formant bossages. Sur les paliers sont aménagées deux portes dont les chambranles sont ornés de chutes de fleurs et de feuilles en bronze.

Au départ de l’escalier, deux niches, dont le fond est en marbre rouge antique abritent des figures symboliques.

Enfin une frise de couronnement, en marbre de différentes couleurs avec rosaces en bronze, est surmontée d’un bandeau sur lequel repose une balustrade en marbre rouge, dont les piédestaux supportent des colonnes de même matière recevant les arcs-doubleaux de la voûte en berceau qui couvre l’escalier.

VESTIBUIjE et grands esçaliers des fêtes

Ces escaliers comprennent chacun, au bas des degrés et de chaque côté, des statues dans des niches; ce sont ;

Pour V escalier de gauche :

Les Fleurs Statue de M. C. Degeorge.

Les Friiits — E. Delaplanche.

Pour l’escalier de droite:

Statue de M. Barrias.

Le Chant

L’Accompagnement

Barrias.

PUGET (Pierre)

SCULPTEUR. — PEINTRE. — ARCHITECTI

Buste de M. A. Dklhomme Vestibule du grand escalier (côté gauche).

Pierre Puget naquit à Marseille le 31 octobre 1622. Son père mourut jeune, lui laissant un faible patrimoine.

Puget eut pour premier maître un constructeur de galères qui était aussi sculpteur sur bois, et il n’avait pas encore seize ans, lorsqu’on lança à la mer un bâtiment dont il avait exécuté les sculptures.

A dix-sept ans, il était en route pour l’Italie; il voyageait à pied.

Arrivé à Florence, il fut réduit à solliciter des travaux pour subsister.

Sa jeunesse et peut-être aussi sa qualité d’étranger lui fermaient toutes les portes. Déjà ses hardes étaient en gage lorsqu’il parvint à se faire présenter à un sculpteur sur bois qui hésita longtemps avant de lui confier un travail et qui, s’étant décidé, se prit d’admiration pour le jeune artiste, le logea chez lui et le traita comme un fils.

Cependant Puget, qui rêvait d’être peintre, partit au bout d’un an pour Rome, où l’architecte Pierre de Cortone lui confia plusieurs travaux de décoration.

Puis il se consacra à l’étude attentive des monuments de l’antiquité.

En 1643, il revint en France et peignit plusieurs tableaux pour les églises de Marseille, d’Aix, de la Ciotat et de Toulon.

C’est à Toulon qu’il exécuta, en 1656, la fameuse porte de VHôtel de Ville et un balcon soutenu par deux admirables cariatides dont les moulages figurent au Louvre.

A partir de ce moment, Puget, sans abandonner l’architecture, s’adonna plus spécialement à la sculpture à laquelle il dut sa gloire d’artiste.

Chargé, en 1660, par le surintendant Fouquet, des sculptures du château de Vaux, il fut envoyé en Italie pour choisir à Carrare les marbres destinés à ces travaux.

Après la disgrâce de Fouquet (1661), il dut renoncer à cette mission, mais il reçut à Gênes un si bon accueil qu’il s’arrêta plusieurs années dans cette ville où il exécuta plusieurs de ses plus beaux ouvrages, et ne revint en France qu’en 1669, sur l’invitation de Colbert, qui le nomma directeur de la décoration des navires à Toulon.

Il revint à Marseille en 1685 ; c’est là qu’il a achevé, pour le roi Louis XIV, les grandes œuvres de sculpture qui ont illustré son nom; c’est là qu’il est mort le 2 décembre 1694.

Une salle spéciale, appelée salle Puget, est consacrée presque exclusivement, dans le musée du Louvre, aux œuvres du grand sculpteur marseillais.

Elle contient : VlJercule au, repos, Persée et Andromède, Milon de Crotone, Alexandre vainqueur, etc.

« Par ses ouvrages du ciseau, dit le critique Viardot, Pdget a mérité les beaux surnoms de Rubens de la sculpture et de Michel- Ange français. »

Il a été choisi, dans la décoration sculpturale de l’Hôtel de Ville, pour symboliser la sculpture.

RAMEAU ( Je an-Phi lippe)

COMPOSITEUR DE MUSIQUE

Jean-Philippe Rameau naquit à Dijon le 25 septembre 1683. Fils d’un organiste, il apprit la musique dès son enfance. A sept ans, il jouait déjà assez bien du clavecin pour que Ton eût plaisir à l’entendre.

A dix-huit ans, comptant sur sa bonne étoile et sachant un peu jouer du violon, il se rendit en Italie et essaya de vivre de ses talents de virtuose.

Après avoir mené, pendant plusieurs années, une existence précaire et s’être Vestibule du grand escalier ensuite associé à Une Compagnie d’ar-

(côté gauche). tistes iioiuades qui parcourait le midi

de la France, lassé de ce genre de vie, Rameau retourna dans sa ville natale où on lui offrit l’orgue de la Sainte-Chapelle.

Mais il aima mieux venir à Paris, où il fit imprimer un Traité d"' harmonie qui souleva aussitôt des discussions et appela un peu la lumière sur lui. Il eut néanmoins beaucoup d’obstacles à surmonter avant de trouver un poète qui voulût bien lui confier le librello d’un opéra « Samson », dont le clergé parvint à arrêter la représentation sous prétexte que le sujet, emprunté à la Bible, ne pouvait décemment être mis à la scène.

Le compositeur, désespéré, s’adressa à l'abbé Pellegrin, fournisseur ordinaire de l’Opéra, qui, moyennant une obligation de 500 livres, lui donna le poème dUippotyte et Aride.

Le prévoyant abbé se souciait peu de subir un échec avec un compositeur inconnu et prenait d’avance ses garanties.

Cependant, quand il assista à la première répétition de l’œuvre, il en fut si charmé qu‘il déchira l’obligation et traita dès lors l’artiste suivant son mérite.

Il continua pendant trente ans à travailler pour la scène et donna successivement Castor et Pollux (1737), Dardanus (1739), la Princesse de Navarre (17û7), PyqmaHon (17Û8), Anacréon (175/i) et une foule d’autres compositions dramatiques.

Voltaire en fait l’éloge dans ces vers qui sont une peinture du théâtre de l’Opéra :

Damis se rend à ce palais magique Où les beaux vers, la danse, la musique, L’art de tromper les yeux par les couleurs, L’art plus heureux de séduire les cœurs,

De cent plaisirs font un plaisir unique,

Il va siffler quelque opéra nouveau Ou, malgré lui, court admirer Rameau.

Nommé compositeur du cabinet du roi, il fut anobli et, en outre, reçut le cordon de l’ordre de Saint-Michel avec une pension.

« C’est surtout, dit Adolphe Adam, dans les petits airs que Rameau est remarquable ; quelques-uns sont d’une fraîcheur et d’un coloris ravissant, et Rameau restera toujours placé au premier rang des compositeurs français parce qu’il a beaucoup inventé. »

Rameau occupe un rang distingué comme théoricien. Il est l’auteur de plusieurs ouvrag-^s sur la musique et notamment d’un Code de musique pratique et du Système de la basse fondamentale qui obtinrent une grande vogue.

Il mourut à Paris, plus qu’octogénaire, le 12 septembre 176Zi. Il symbolise la musique dans la décoration sculpturale de l’Hôtel de Ville.

Philibert DE L’ORME

AUGHITECTE

Philibert de L’Orme naquit à, Lyon vers 1518.

On ne sait rien de sa première jeunesse. Dès l’âge de quinze ans, ainsi qu’il le dit lui -même, il commandait déjà à trois cents ouvriers. Il devait avoir dix-neuf ou vingt ans lorsqu’il alla étudier en Italie; il était de retour en France en 1536 et choisit sa ville natale pour résidence.

Vers 15/i6, Philibert de L’Orme commença dans cette ville le portail de l’église Saint-Nizier; mais le cardinal duBellay l’ayant appelé à Paris pour lui confier la construction de son château de Saint-Maur, il quitta Lyon sans achever ce portail.

A cette époque, l’exécution de trompes, sortes de voûtes en saillies des maisons supportant un corps de construction qui semble ainsi reposer dans le vide, était un sujet de vanité pour les tailleurs de pierre et le critérium de leur habileté.

De L’Orme en édifia plusieurs d’une hardiesse étonnante où la science se montrait unie à l’art.

Le cardinal du Bellay le fit connaître à la cour de François et de Henri IL

L’habile architecte fut comblé de faveurs et reçut, même, en don plusieurs abbayes, quoiqu’il ne fût que tonsuré.

Philibert de L’Orme était trop bien en cour pour ne pas avoir des envieux. ï.a bienveillance de Henri II, à laquelle il dut de construire les magnifiques châteaux d’Anet et de Meudon, était le principal appui de de L’Orme et tint ses ennemis en échec; mais lé roi venait à peine de mourir (1559) que ceux-ci parvinrent à le déposséder de la charge de surintendant des bâtiments du roi dont il était investi, au profit du Prirnatice qui fut, paraît-il, l’âme de cette cabale.

De L’Orme ne tarda pas cependant à recouvrer une partie de sa faveur.

Enl56/i, il commença, pour la reine-mère Catherine de Médicis, le palais des Tuileries, qui fut son chef-d’œuvre.

11 y résuma la plupart des principes dont il développa la théorie dans ses ouvrages et s’efforça d’y réaliser l’idée qu’il a eue le premier, d’un ordre français, à l’aide de colonnes présentant de riches sculptures dans toute la longueur de leur fût.

Les pavillons contigus aux ailes furent élevés à la même époque. Philibert de L’Orme travailla aux Tuileries jusqu’à sa mort survenue à Paris le 8 janvier 1577.

Buste de M. A. Delhomme Vestibule du grand escalier (côté droit).

Il a publié un Traité de Fart de bâlir^ suivi de Nouvelles inventions pour bâtir à petits frais,, et a laissé son nom à une espèce de couverture en charpente imaginée par lui.

(( Il mérite, dit M. Ad. Berty, la célébrité attachée à son nom, parce que, à côté de ses études sur les styles et la forme, il en a fait de considérables sur la construction dont le premier il a révélé les secrets en France. De grands progrès réalisés en technique, voilà le principal fleuron d-* la couronne de de L’Orme, et c’est sur le terrain de la science qu’il a vraiment dominé ses rivaux. »

Il a été choisi pour symboliser l’Architecture à l’Hôtel de Ville.

POUSSIN (Nicolas)

PEINTRE

Nicolas Poussin est né en Normandie, aux Andelys, au mois de juin 159/i. 11 était fils d’un gentilhomme dont les services militaires sous Charles IX, Henri III et Henri IV avaient épuisé la fortune. Cependant, à l’aide de la médiocre pension de son père, il put faire d’assez bonnes études, sous la direction d’un modeste professeur qui tenta vainement de lui apprendre le latin.

Au lieu de se livrer à l’étude de cette langue, le jeune Poussin embuste de m. a. delhomme ployait tout son temps à dessiner. Ses

Vestibule du grand escalier croquis attil erent 1 attention de Queu-

(côté droit). Varin, peintre de mérite, né à Beau-

vais, mais établi alors aux Andelys.

Nicolas Poussin obtint de son père l’autorisation d’entrer dans l’atelier de cet artiste qui l’encouragea et lui donna les premiers éléments du des'^in et de la peinture.

Après avoir profité des conseils de ce maître jusqu’à dix-huit ans, il partit à pied pour Paris, sans protection et presque sans argent, peignant, ciiemin faisant, des trumeaux et des dessus de portes pour pouvoir continuer sa route (1613).

Arrivé à Paris il entra dans l’atelier de Lallemand, artiste lorrain alors célèbre. Ses débuts furent pénibles : heureusement un gentilhomme poitevin, amateur de peinture, qu’il connut par hasard et qui apprécia son talent naissant, lui procura les moyens de s’instruire dans l’art de la peinture.

Ce gentilhomme le présenta, en outre, à un mathématicien du roi, aux galeries du Louvre, qui possédait une belle collection de gravures et de dessins. Raphaël et Jules Romain furent les maîtres qu’il copia avec le plus de ferveur.

Poussin se vit bientôt obligé d’abandonner ces utiles études pour accompagner son protecteur dans le Poitou; mais la mère du gentilhomme, qui n’attachait aucun prix aux œuvres d’art, voulut employer le futur Raphaël de la France aux soins du ménage, comme un pur domestique. Poussin rejeta avec dédain une hospitalité humiliante et retourna à Paris, peignant le long de la route pour subvenir à sa dépense. Il avait alors vingt ans.

Arrivé à Paris, le jeune artiste tomba malade et, dès qu’il le put, quitta cette ville afin d’aller respirer l’air natal. H resta près d’unau aux Anielys et reprit le chemin de Paris avec le projet de se rendre à Rome. Le manque d’argent dut plus d’une fois l’interrompre dans la réalisation de ce projet, mais il put enfin le mettre à exé-

cution en 162Zi, grâce à la protection du poète Marini qui l’avait connu à Paris et qui l’appela à Rome où il le présenta au cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIIL Là, des études sévères et la pratique constante de Part mûrirent son talent et le portèrent à la perfection.

Il jouissait déjà d’une grande réputation à Rome lorsque Louis XIII le fit inviter à rentrer en France ; il y revint en I6Z1O et, le 20 mars 16âl, reçut, avec le titre de premier peintre du roi, une pension de 3.000 livres, un logement aux Tuileries et la direction de tous les ouvrages de peinture et d’ornement des maisons royales.

C’est alors que Poussin fit, dans l’espace de deux ans, les compositions des Travaux d' Hercule destinées à la décoration de la grande salle du Louvre. Dès lors, en butte aux intrigues de rivaux jaloux, Nicolas Poussin demanda un congé et retourna, en i6ù2, à Rome qu’il ne quitta plus et où il mourut à l’âge de soixantedouze ans, le 9 novembre 1665.

D’une fécondité remarquable, cet artiste, qui mérita d’être appelé le Raphaël français, a laissé plus de trois cents ouvrages. Le Louvre en possède trente-neuf, dont les plus remarquables sont : Eliézer et Rebecca, Moïse sauvé des eaux, le Jugement de Salomon, V Adoration des Mages, les Bergers d'Arcadie, le Triomphe de Flore et les Saisons, dont VHiver ou le Déluge est son plus beau chef-d’œuvre.

Poussin symbolise la peinture dans la décoration sculpturale de rilôtel de Ville.

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