ÉCONOMISTE. — MINISTRE
Anne-Robert-Jacques Turgot naquit à Paris le 10 mai 1727. Il était le plus jeune des trois fils de Michel-Étienne Turgot, prévôt des marchands sous Louis XY, à qui Paris doit d’importantes améliorations. Placé au collège Louis-le-Grand, il s’y fit remarquer par ses aptitudes précoces.
Sa famille le destinait à l’état ecclésiastique ; mais dès qu’il eut atteint l’âge où l’on commence à réfléchir, il se sentit un éloignement invincible pour le sacerdoce. Toutefois, par obéissance, il se livra avec zèle à l’étude de la théologie et fut élu prieur de la Sorbonne au mois de décembre 17Zi9. Il prononça, en cette qualité, un discours remarquable sur les progrès du genre humain, qui annonçait la direction de ses idées.
Il avait alors vingt-deux ans et faisait preuve d’une instruction, d’une profondeur, d’une élévation d’idées vraiment remarquables.
A la suite de la mort d’un frère aîné, il résolut de quitter l’habit ecclésiastique et rentra en 1752 dans la vie laïque. Successivement substitut du procureur général et conseiller au Parlement, il devint maître des requêtes le 28 mars 1753.
Il développa bientôt ses idées sur l’économie politique, les finances et le commerce dans plusieurs articles de V Encyclopédie et dans quelques opuscules.
Turgot fut appelé, le 8 août 1761, à l’intendance de la généralité de Limoges; il rendit à cette province d’éminents services, en diminuant les impôts, abolissant la corvée, rétablissant la libre circulation des grains, organisant des bureaux de charité.
Pendant une longue et cruelle disette, il répandit des aumônes abondantes et apprit au paysan à se passer momentanément de blé en y substituant les pommes de terre, alors peu connues Le peuple limousin dédaigna tout d’abord ce précieux légume et ne consentit à l’adopter qu’après que l’intendant en eut fait servir sur sa table.
La nécessité de traiter verbalement d’importantes affaires l’attira quelquefois à Paris; il s’y trouvait lorsque les maîtres des requêtes réhabilitèrent la mémoire de l’infortuné Calas. Turgot fut un des juges et parla en faveur de cette victime.
Louis XVI, en prenant la couronne, l’appela au ministère de la marine le 20 juillet 177Zj, et, un mois après, au contrôle général des finances. Turgot tenta d’utiles réformes et put en établir quelques-unes qui lui suscitèrent des ennemis. En 1775, la cherté des grains excita des troubles, on accusa Turgot d’avoir amené la famine par une loi sur la circulation des grains. En janvier 1776, il fit rendre un édit qui abolit la corvée, les droits sur les céréales, détruisait les jurandes, et contenait d’autres réformes importantes.
L’édit fut enregistré malgré les remontrances du Parlement, mais il augmenta les ennemis de Turgot, qui vit tous ses efforts échouer contre la coalition du clergé, de la noblesse et de la haute finance qui, se sentant, par ces réformes, atteints dans leurs privilèges, se liguèrent et réussirent, après deux ans de lutte, à perdre le ministre dans l’esprit de Louis XVI qui cependant disait : « Il n’y a que M. Turgot et moi qui aimons le peuple. »
Turgot sortit du ministère en mai 1776 et vécut désormais dans la retraite, ne s’occupant plus que de lettres, de sciences et de philosophie; il était membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Il mourut d’une attaque de goutte, le 20 mars 1781, à l’âge cinquante -quatre ans.
TURGOT (Anne-Robert-Jacques)