‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 23 sur 142 · MAGISTRAT. — PREMIER PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

MAGISTRAT. — PREMIER PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE PARIS

Achille de Harlay est né en 1536. Issu d’une famille noble et distinguée dans la robe et dans l’épée depuis le xiv® siècle, il était fils de Christophe de Harlay, président à mortier au Parlement de Paris, et gendre de Christophe de Thou, premier président.

Conseiller à vingt-deux ans, il remplaça, en 1572, son père dans ses fonctions de président, et fut nommé en 1582, par Henri HI, premier président du Parlement, en remplacement de son beau-père.

Ce fut un des plus grands hommes qui aient illustré la magistrature française et le siècle où il vécut, par l’étendue de son savoir, l’intégrité de ses jugements, la pureté, la dignité de ses mœurs et l’héroïsme de sa conduite.

Il déploya une fermeté inébranlable au milieu des troubles de la Ligue, qui avait ostensiblement pour but de défendre la religion catholique contre les hérétiques, mais qui tendait plutôt à renverser Henri HI et à faire passer la couronne dans la maison de Guise.

Le 12 mai 1588, dans la Journée des Barricades^ alors que le duc de Guise était vraiment roi de Paris, de Harlay, sollicité de reconnaître le pouvoir de l’usurpateur, osa dire au duc: « C’est grand pitié quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur au roi et mon corps est entre les mains des méchants; qu’on en fasse ce qu’on voudra... »

Les factieux le menacent du dernier supplice ; il leur répond : « Je n’ai ni tête ni vie que je préfère à l’amour que je dois à Dieu, au service que je dois au roi et au bien que je dois à ma patrie. »

On le respecta quelque temps; mais, après le meurtre du duc de Guise, il fut enfermé à la Bastille par le comité des Seize qui s’était violemment substitué au Conseil municipal et que présidaient le prévôt des marchands et les échevins dévoués au duc.

Quelques jours après l’assassinat de Henri HI par Jacques Clément (1®'’ mai 1589), de Harlay sortit de prison moyennant une rançon de dix mille écus, se rendit à Tours auprès de Henri IV, et usa de toute son influence pour favoriser l’entrée de ce roi dans Paris.

Depuis cet événement^ les services d’Achille de Harlay ne furent ni moins actifs ni moins précieux à l’État. Il n’aimait pas les jésuites, et donna clairement à entendre qiCil ne les croyait pas étrangers à l’attentat de Ravaillac; il combattit avec vigueur les doctrines ultramontaines.

L§ 19 juin 160Zi, dans une de ces occasions où le Parlement contrariait les vues du Conseil, le premier président adressa àHenrilV, qui ne lui en sut pas mauvais gré, ces fières paroles : « Si c’est désobéissance de bien servir, le Parlement fait ordinairement cette faute, et quand il trouve conflit entre la puissance absolue du roi et le bien de son service, il juge l’un préférable à l’autre, non par désobéissance, mais par son devoir, à la décharge de sa conscience. »

Achille de Harlay, dont la vue et l’ouïe commençaient à s’affaiblir, avait, depuis quelque temps déjà pris la résolution d’abandonner sa charge; le refus que lui avait opposé la régente, Marie de Médicis, de lui donner pour successeur un membre de sa famille, le détermina à retarder sa retraite, et il ne se démit de la première présidence, après trente-quatre ans d’exercice, qu’au commencement de l’année 1616.

11 mourut le 23 octobre de la même année.

Achille de HARLAY

MAGISTRAT. — PREMIER P R É S I D E N ï D ü P A R L E M E NT D E PARIS

FAÇADE SUR LA PLACE DE L ’ H Ô T E L - D E - V î L L E

Page 1