‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 37 sur 142 · MAGISTRAT. — HISTORIEN · texte numérisé non relu

MAGISTRAT. — HISTORIEN

Jacques-Auguste de Thou est né à Paris le 8 octobre 1553. Il était fils de Christophe de Thou, premier président au Parlement du roi, chancelier des ducs d’Anjou et d’Alençon.

Comme tant d’autres hommes célèbres, il naquit faible, et l’on craignit longtemps de ne pouvoir prolonger sa frêle existence. Destiné d’abord à l’Église, il se livra ensuite à l’étude du droit. Il eut les maîtres les plus fameux de son temps, d’abord à Paris, ensuite dans d’autres universités du royaume ; il alla jusqu’à Valence, en Dauphiné, où Cujas attirait alors (1571) l’élite de la jeunesse française. De Thou revint à Paris, peu de temps avant les fêtes du mariage d’Henri, roi de Navarre, qui devaient cacher les préparatifs de la Saint-Barthélemy. Il fut témoin de cette journée (2Zi août 1572), et vit le corps de l’amiral Coligny au gibet de Montfaucon.

L’année suivante (1573), il accompagna Paul de Foix, ambassadeur en Italie, et conçut le projet de se faire l’historien des événements de son temps. Nommé, à vingt-quatre ans, conseiller-clerc au Parlement de Paris, il fit partie, en 1581, d’une commission parlementaire formée à Bordeaux. Dans cette ville, il connut le prince de Condé, le roi de Navarre et Montaigne, alors maire de Bordeaux. Henri III le chargea de quelques missions en Picardie et en Normandie, le fit ensuite conseiller d’Etat, l’appela au Parlement transféré à Tours où il exerça la présidence, puis l’envoya en Allemagne et en Italie pour y solliciter des secours d’hommes et d’argent (1589).

De retour en France, il suivit la fortune d’Henri IV, dont il possédait la confiance, fut chargé de préparer l’Édit de Nantes, et s’opposa, avec d’autres magistrats, à l’admission en France de certaines dispositions du Concile de Trente contraires aux libertés de l’Eglise gallicane. Lors de la retraite de son beau-frère, Achille de Harlay (1611), il ne put obtenir, du nouveau roi, Louis XIII, la place de premier président du Parlement de Paris qui lui avait été promise sous le règne précédent. On essaya de le dédommager en le nommant un des trois directeurs des finances qui remplacèrent Sully; mais il ne put se consoler de cette injustice.

On doit à de Thou un grand ouvrage historique, en cent trentehuit livres, rédigé en latin : Historia mei temporis (Histoire de mon temps), dont la publication n’était pas achevée à sa mort.

Ce grand ouvrage, qui embrasse l’histoire de l’Europe presque entière, fait autorité, surtout pour ce qui regarde la France. En effet, de Thou possède au plus haut degré les qualités de l’historien.

Lui-même nous l’apprend ; il était né pour écrire l’histoire, « dont les préceptes et les exemples servent à régler la vie et la rendre heureuse ».

Souvent témoin oculaire et quelquefois acteur, il rapporte les faits avec exactitude et sans partialité. Cependant la liberté avec laquelle l’auteur parle du clergé et son indulgence pour les protestants firent soupçonner son orthodoxie et son Histoire fut condamnée à Rome.

Hors d’état de résister à ces atteintes et après une maladie de quelques mois, de Thou mourut le 7 mai 1617, à l’âge de soixantequatre ans.

De THOU (Jacques-Auguste)

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