ARCHITECTE. — DESSINATEUR DE JARDINS
André Le Nostre naquit à Paris le 12 mars 1613. Son père, jardinier en chef du roi Louis XIII, voulut qu’il se fît un nom dans les arts, et le fit entrer dans l’atelier de Simon Youet.
Le Nostre se serait, peut-être, distingué dans la peinture; il préféra Si livrer à Part des jardins et acquit bientôt, dans ce genre, un talent supérieur. C’est d’abord au château de Vaux que cet habile artiste fit connaître son génie; mais il se surpassa dans la création de l’immense parc de Versailles, où tout était à faire au milieu d’obstacles qui paraissaient invincibles.
Lorsqu’il eut arrêté ses plans, il pria le roi de venir sur les lieux pour juger de la distribution des principales parties. A chaque grande pièce dont Le Nostre lui indiquait le projet, Louis XIV, émerveillé, l’interrompait en disant : « Je vous donne 20,000 livres. » Cette approbation lut répétée plusieurs fois; Le Nostre, à la quatrième interruption, arrêta le monarque et lui dit brusquement : U Sire, Votre Majesté n’en saura pas davantage; je la ruinerais! »
La plaine aride où Versailles est situé manquait d’eau; il n’y avait à proximité du château qu’un marais malsain et croupissant. On proposait de le dessécher; Le Nostre s’y opposa et rassembla toutes ces eaux dans le grand canal qui termine le parc de Versailles.
C’est après ces beaux travaux qu’il créa les jardins de Rambouillet, de Chantilly, de Saint-Cloud, de Meudon, de Sceaux, des Tuileries, le parterre du Tibre à Fontainebleau, et l’admirable terrasse de Saint-Germain.
L’Angleterre lui doit les parcs de Kinsington, de Saint-James et de Greenwich; la Prusse, les jardins Orianenbourg; et Rome, les jardins du Quirinal, du Vatican et de la villa Albani.
Le Nostre possédait le génie de la perspective, et tous ses tra-' vaux sont on ne peut plus remarquables à ce point de vue. H développa dans ses plans une abondance d’idées et une magnificence d’ornements prodigieuse tels quô : grottes, rochers, statues, labyrinthes, etc.
Louis XIV, en récompense de ces merveilleux travaux, le décora de l’ordre de Saint-Michel, le nomma contrôleur des maisons et manufactures royales, il l’anoblit et voulut lui donner des armoiries. Malgré tant de faveurs. Le Nostre avait conservé sa modestie; il répondit qu’il avait ses armes : « Trois limaçons couronnés d’une feuille de chou. »
Agé de près de quatre-vingts ans, il demanda au roi la permission de goûter enfin le repos, et sept ans après, le 15 septembre 1700, mourut au château des Tuileries où il avait son logement.
Un mois avant sa mort, dit Saint-Simon dans ses Mémoù^es, le roi, qui aimait à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins et, à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise que des porteurs roulaient à côté de la sienne, et Le Nostre disait là : (( Ah! mon pauvre père, si tu vivais et que tu pusses voir un simple jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manquerait à ta joie. »
Et le chroniqueur ajoute : « Ce vieillard de quatre-vingt-sept ans, ébloui par les rayons du roi-soleil, et qui, comblé d’honneur et de joie, se rappelle pieusement le modeste auteur de ses jours, quoi de plus louchant et de plus digne! »
LE NOSTRE (André)