PÉDAGOGUE
Charles Rollin naquit à Paris le 30 janvier 1661. Fils d’un pauvre coutelier, il fut tout d’abord destiné à suivre la profession de son père, qui Je fit recevoir maître, dès son enfance. Un bénédictin des Blancs-Manteaux, dont il allait souvent servir la messe comme enfant de chœur, fut le premier à reconnaître les heureuses dispositions du jeune Rollin et lui fit obtenir une bourse au collège des XVIII dont les élèves suivaient les cours publics du collège du Plessis.
Eollin fit de brillantes études, puis suivit le cours de théologie, et prit la tonsure, mais sans entrer dans les ordres.
A vingt-deux ans, il remplaça Hersan, son ancien professeur, dans la chaire de seconde. Successivement professeur de rhétorique en 1688 et recteur de PUniversité en 169/i, il fut nommé principal du collège de Beauvais en 1696. Dans ce dernier établissement, il s’appliqua à grouper autour de lui les maîtres les plus instruits, et ses succès éveillèrent la jalousie du collège Louis-le-Grand.
Ses relations avec les jansénistes, qu’il aida de sa bourse et de ses écrits, et son opposition à la Bulle Unigenitus, lui firent donner l’ordre de quitter son collège.
Rollin continua néanmoins de professer au Collège de France et se livra à la composition d’ouvrages utiles à la jeunesse.
Il donna, en 1715, une édition classique des Instituiio?is oratoires de Quintilien dont il avait élagué les obscurités, les longueurs et les subtilités. Il publia ensuite un Traité des études, qui est resté de nos jours le meilleur code de l’instruction publique.
Continuateur de Port-Royal, Rollin voulait que l’enseignement du grec et du latin se fît av^c des méthodes écrites en français; novateur heureux, il réclamait pour que la langue maternelle entrât dans l’éducation et devînt non plus l’auxiliaire et comme l’accessoire, mais le fond et l’objet même des études de la jeunesse; l’histoire nationale devait être aussi régulièrement enseignée.
Pour compléter sa tâche et donner à l’enseignement historique un ouvrage écrit en français, Rollin composa son Histoire ancienne dont les premiers volumes parurent en 1730.
En 1738, il donna une Histoire romaine, dont il publia cinq volumes en trois ans et en laissa quatre autres prêts à paraître.
Rollin avait été admis à l’Académie des inscriptions en 1701, mais l’intrigue lui ferma l’entrée de l’Académie française.
En 1739, dans la grande assemblée des arts du 11 mai, où l’Université, amenée à se rétracter, accepta la bulle Unigenitus, Rollin s’avança au milieu de la salle et protesta. comme doyen de la nation de France. Cette manifestation énergique le fit exclure des assemblées de l’Université.
A sa mort, survenue le ilx septembre 17/il, on interdit au corps enseignant tout hommage public de sa reconnaissance et de ses regrets; mais la postérité l’en a vengé. Cet homme, qui avait eu pour la jeunesse un dévouement tout paternel et dont la vie tout entière ne fut qu’un long apostolat près d’elle, est devenu le Bon Rollin,
On a mis au bas d’un de ses portraits ces quatre vers :
A cet air vif et doux, à ce sage maintien,
Sans peine de Rollin on reconnaît l’image;
Mais, crois-moi, cher lecteur, médite son ouvrage,
Pour connaître son cœur et pour former le tien.
La Ville de Paris a donné son nom à l’un de ses collèges municipaux.
ROLLIN (Charles)