L’HOTEL DE VILLE EN
INTRODUCTION
Trois cours divisaient les constructions intérieures; au centre, la cour de l’Hôtel de Ville; à droite, celle du Préfet; à gauche, celle des bureaux. La cour du centre, où Ton arrivait par un escalier de 19 degrés, avait la forme d’un trapèze régulier long de 30 mètres et large d’autant en moyenne.
Depuis 1855 on l’avait convertie en une espèce de superbe vestibule couvert par un vitrage. Les cours latérales, également en forme de trapèzes, mesuraient 34 mètres de long sur 20 de large en moyenne et servaient à l’arrivée des voitures; elles avaient à chacune de leurs extrémités une large porte s’ouvrant sur la façade de l’Ouest et sur celle de l’Est.
Dans celte partie de l’édifice était un magnifique escalier d’honneur, à deux rampes, avec degrés en pierre et de belles colonnes en brèche jaune.
Néanmoins le dégagement des abords de l’Hôtel de Ville ne devint complet que par le prolongement, par voie d’expropriation, de la rue de Rivoli, exécuté sous le second empire.
Nous n’avons pas à énumérer dans ce livre, consacré spécialement à l’Hôtel de Ville actuel, les événements dont l’édifice municipal, si malheureusement détruit par l’incendie en 1871, a été le théâtre ; ce serait écrire fhistoire nonseulement de la grande cité, mais encore de la France entière dont elle fut, est et sera toujours le cœur et la tête ; telle n’est pas notre prétention, et, d’ailleurs, d’autres plus autorisés que nous ont consacré à cette histoire des pages maîtresses.
Nous nous bornerons, donc, à constater ici les immenses progrès politiques et sociaux accomplis depuis le jour où, suivant la juste expression de M. Darloth Étienne Marcel « sema l’idée féconde qui germa pendant des siècles et ouvrit, à la France, l’ère de liberté proclamée par nos pères en 1789 »; et nous citerons, comme les résumant heureusement, ces paroles si « françaises » de M. Poubelle^ :
« Quel contraste entre les temps d’Étienne Marcel et le temps présent! Tout ce qu’entrevoyait à peine Étienne Marcel, nous l’avons réalisé et au delà. Le peuple est souverain. L’ordre et la lumière sont partout; la France se gouverne elle-même, son armée est une armée nationale, animée du patriotisme le
1. Discours de M. Daiiot, président du ( prononcés le 15 juillet 1888,
Conseil municipal, \ lors de l’inauguration de la
2. Discours de M. Poubelle, préfet de j statue d’Étienne Marcel
la Seine, [ (voir pages 114 et 115).
INTRODUCTION
plus pur, la nation est une devant l’étranger, et, hier, le premier magistrat d’un peuple libre a pu souhaiter la bienvenue aux représentants élus des principales communes de France ^ « venus pour apporter ici une éclatante affirmation de funité (( nationale, de la solidarité des villes et des campagnes, du « dévouement de tous à la République. )>
« Le « bon temps », que les représentants attardés du passé s’obstinent à nous vanter, n’est donc pas en arrière. Il est en avant.
« Le « bon temps », c’est le nôtre.
« Le « bon temps », c’est l’avenir de progrès et de fraternité vers lequel nous marchons pleins de foi dans la puissance de la liberté et de la justice. »
Après le désastre de 1871, la municipalité parisienne s’occupa de la reconstruction de l’Hôtel de Ville par voie de concours.
Le 23 juillet 1872, un arrêté préfectoral en publiait le programme, et le 31 janvier 1873, date de la clôture du concours, soixante-six projets furent présentés, parmi lesquels un jury, constitué à cet effet, a choisi celui de MM. Ballu et Deperthes.
Ces deux éminents architectes, dont l’un succomba en 1885 brisé par l’excès de travail que lui imposa cette grande entreprise, se mirent à l’œuvre et procédèrent immédiatement aux fouilles du nouvel édifice.
Au cours de ces travaux de terrassement furent mis à nu deux piliers de la Maison aux Piliers, reposant sur les assises de cet ancien monument.
On sait que l’édifice du Boccador était, sur la place de Grève, en retrait de sept mètres du nu de la façade du bâtiment actuel; c’est en pratiquant en avant des ruines, les fouilles nécessaires à la construction de la nouvelle façade, qu’apparurent les deux piliers.
Cette découverte a pu établir, exactement, le niveau de
1. Réception, à l'Élysée, des maires des cantons de France, conviés au banquet du 15 juillet 1888 à l’Hôtel de Ville.
Piliers de la Maison aux Piliers.
INTRODUCTION
Uancienne place de Grève au xiv® siècle ; ce niveau était de 17 à 18 pieds au-dessous du niveau actuel de la place de l’Hotel de Ville.
Nous donnons ci-contre un dessin de ces fouilles d’après une photographie prise à cette époque.
L’Hôtel de Ville de MM. Ballu et Deperthes, terminé en 1882, fut inauguré par un banquet présidé par M. Grévy, alors président de la République, le 13 juillet de cette même année.
Le nouvel édifice a conservé les mêmes dispositions que l’ancien Hôtel de Ville. Au centre, les salles de grandes réceptions et celles du Conseil municipal; sur le quai, les salles de réception ordinaires et les appartements du Préfet ; sur la rue de Rivoli, les divers services administratifs.
Toutefois, les dimensions de la partie centrale ont été sensiblement agrandies afin de dégager et de mettre en valeur l’ancienne architecture Boccador, par rapport aux additions modernes ; de plus, sur la place Lobau, on a créé une galerie de circulation en avant de la salle des Fêtes, et sur la rue de Rivoli, une installation nouvelle, avec grande salle vitrée, a permis de donner aux services de la Caisse municipale une importance en rapport avec ses besoins actuels.
L’ensemble des constructions, dont le style est celui de la Renaissance française, forme un rectangle avec pavillons à chacun de ses angles et avant-corps dans la partie centrale de ses deux grands côtés (place de l’Hôtel-de-Ville et place Lobau) .
Trois cours, dont une centrale, subdivisent la masse des bâtiments qui occupent une superficie totale de lâ,â76 niètres.
La hauteur du campanile est de 50 mètres. La longueur de la façade principale et de la façade sur la rue Lobau est de lâ3°^,20; celle des façades latérales, de 80'”, 25 ; la hauteur au-dessus du sol moyen de la place est, à la corniche des divers bâtiments, de 18'”, 75, et à celle des pavillons d’angle, de 26”g30.
C’est sur ces façades que se trouvent placées les statues qui font l’objet de ce livre.
Georges VEYRAT.
FAÇADE