JARDIN DE L’ HOTEL-DE-VIL LE
N. IL — Cette statue a été l’objet d’un concours public dont lo prix a été décerné à M. Idrac. Ce dernier étant mort, l’achèvement du modèle a été, sur la demande des héritiers de cet artiste, confié à M. Marqueste.
Madame ROLAND
(Née Marie-Jeanne PHLIPON)
Marie-Jeanne Phlipon naquit à Paris le 17 mars 175/i. Elle était fille d’un maître graveur établi alors rue de la Lanterne. Elle reçut une brillante éducation. Admirablement douée, — à quatre ans elle savait lire, — elle apprit avec une extrême facilité. Son père, qui faisait un peu de peinture et de musique, lui donna le goût des arts.
Ses premières années s’écoulèrent dans la paix de la famille, mais dans une grande activité d’esprit, et Ton peut dire qu’elle fit, presque seule, son éducation, grâce à sa passion pour la lecture.
Son livre préféré fut la Vie des hommes illustres de Plutarque; elle y puisa ses sentiments républicains.
Néanmoins, elle passa une année chez les dames de la congrégation du faubourg Saint-Michel. Ce fut à cette époque qu’elle perdit sa mère. Cette perte lui causa une telle douleur qu’on la rendit à la vie avec peine après deux mois de profond abattement. Elle avait alors vingt et un ans.
Se chargeant de tous les détails du ménage de son père, elle partagea son temps entre les soins domestiques, la lecture et les études philosophiques.
Le h février 1780, elle épousa, à Amiens, Roland de la Platière, alors avocat au Parlement et inspecteur général des manufactures de Picardie.
Il exerçait les fonctions d’inspecteur du commerce et des manufactures de la généralité de Lyon, quand la Révolution éclata.
Roland se prononça aussitôt pour le parti populaire et fut porté à la municipalité de Lyon où il fonda un club de Jacobins.
Lorsque son mari fut nommé, en mars 1792, ministre de l’intérieur, M""® Roland s’associa à sa fortune politique, l’aidant de ses avis, et quand il fut congédié par le roi, elle fit de son salon le eentre du parti des Girondins, devint, par sa vivacité d’esprit et son enthousiasme, l’âme de leurs conseils. Après l’insurrection du lü août, lorsque Roland fut rappeléaux affaires publiques, ce fut elle, encore, qui dirigea le ministère de l’intérieur sous le nom de son mari.
Encouragé par elle, celui-ci condamna les massacres de septembre et voulut s’opposer à la domination de la Montagne, mais il ne put y réussir, fut accusé de fédéralisme, réduit à donner sa démission et enveloppé dans la proscription des Girondins. Plus haïe encore que lui de laMontagne, M“® Roland fut arrêtée le 31 mai.
Déjà une fois, elle avait été appelée devant la Convention et s’était justifiée avec éclat d’une accusation d’intrigues avec l’Angleterre.
Cette fois elle ne put échapper au supplice. Elle eut la tête tranchée le 8 novembre 1793. En prison, au tribunal et sur l’échafaud, elle déploya un courage stoïque.
Son mari, qui s’était soustrait pendant cinq mois aux recherches dont il était l’objet, en apprenant l’exécution de sa femme, se donna la mort sur la grande route, près de Rouen, le 15 novembre 1793.
On a de M"‘“ Roland des mémoires curieux et divers ouvrages intéressants.
Madame ROLAND
(Née Marie-Jeanne PHLIPON) 1 754-1793
STATUE DE AL E. GtlATROüSSE
FAÇADE SUR LE QUAI
Pavillon de gauche. — Rez-de-chaussée.
Madame de SÉVICtNÉ
(Marie de R ABUTIN-C H ANT AL , marquise de SÉVIGNÉ)
Marie de Rabutin-Chantal, qui, sous son nom de femme « M'”® de Sévigné », s’est illustrée dans le genre épistolaire, naquit à Paris, place Royale, le 5 février 1626.
Son père, Celse-Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, était ce fameux duelliste qui, lejour de Pâques, en 162/i, quitta bruyamment la messe en annonçant à haute voix qu’il s’absentait pour régler une affaire d’honneur. Il fut tué, en 1626, en défendant l’île de Ré contre les Anglais.
Sa mère étant morte en 1632, Marie de Rabutin se trouva orpheline à l’âge de six ans. Elle fut alors placée sous la tutelle de son oncle maternel, l’abbé de Livry, Christian de Coulanges, qui lui fit donner une brillante éducation, et qui ne se doutait certainement pas qu’elle le ferait, en revanche, aller à la postérité la plus reculée sous le surnom de Bien bon qu’elle lui donna dans ses lettres.
Marie de Rabutin n’avait pas encore dix-huit ans quand elle épousa le marquis Henri de Sévigné, gentilhomme issu d’une des plus anciennes familles de Bretagne. Cette union ne fut ni longue ni heureuse; le marquis était brusque, inconsidéré; il aimait la dépense et les aventures. En 1651, le chevalier d’Albret le tua en duel. Veuve â vingt-cinq ans, très recherchée par la haute société, M'"'® de Sévigné ne voulut point se remarier; elle consacra sa vie â l’éducation de son fils et de sa fille, et s’occupa de rétablir leur fortune compromise par les désordres de son mari.
Habitant tantôt son hôtel de Carnavalet, à Paris, tantôt sa terre des Rochers, près de Vitré en Bretagne, et recevant la société la plus distinguée, elle fréquenta l’hôtel Rambouillet dont elle fut, sans contredit, le plus bel ornement.
En 1669, elle maria sa fille au comte de Grignan,qui remplissait un emploi à la cour et qui, deux ans après, fut nommé gouverneur de la Provence. C’est à ce mariage que M'“® de Sévigné doit sa célébrité. Ce fut pour elle une vive douleur de voir s’éloigner cette fille qu’elle idolâtrait; elle chercha un dédommagement à son absence dans une active correspondance, et écrivit ainsi, comme en se jouant, ses Lettres si pleines à la fois de sensibilité, de naturel, de grâce et d’enjouement, qui sont justement admirées comme le modèle du genre.
Les Lettres de M“® de Sévigné forment, dans leur ensemble, à la fois un des grands monuments littéraires du xvir siècle et un document historique des plus précieux.
En 169A, M™'^ de Sévigné se rendit définitivement en Provence, au château de Grignan, auprès de sa fille, dont l’état de langueur lui causait de grandes inquiétudes.
Ses soins dévoués avaient â peine rendu la vie à M'^® de Grignan, qu’elle tomba malade elle-même et mourut, le 18 avril 1696, d’une petite vérole maligne, â l’âge de soixante-dix ans.
« Si je pouvais seulement vivre deux cents ans, il me semble que je serais une personne très admirable, » écrivait-elle dans une de ses plus charmantes lettres.
Ce souhait, que M"'® de Sévigné formait, est aujourd’hui réalisé, et l’admiration que la postérité professe pour son caractère et son talent n’est pas près de s’éteindre.
Madame de SÉVIGNÉ
(Marie de R A B U TIN-C II AN ï AL , marquise de SÉVIGNÉ 1G2G-I696
STATUE DE M. Eugène AIZELIN
FAÇADE SUR LE QUAI
Pavillon de gauche. — Rez-de-chaussée.
George SAND
(Amantine-Lucile-âlrore DüPîN, baronne DUDEVANT, dite)
Amantine-Lucile-Aurore Dupin, qui se fit un nom dans la littérature sous le, pseudonyme de George Sand, est née à Paris le 5 juillet I8OZ1. Son père, Maurice Dupin, après avoir servi avec distinction sous la République, mourut, en 1808, d’une chute de cheval.
Aurore Dupin fut d’abord élevée au château de Nohant, entre sa mère et sa grand’mère, puis au couvent des Augustines anglaises de la rue des Fossés-Saint-\dctor ; elle y resta jusqu’en 1820, époque à laquelle elle perdit sa grand’mère. Peu de temps après, en 1822, elle se maria à M. Dudevant, fils d’un ancien officier, baron de l’empire. Elle en eut deux enfants, un fils et une fille.
En 1831, par un arrangement avec son mari, elle alla vi vre à Paris, seule avec sa fille, et dans l’intention d’écrire pour suffire à ses besoins. Delatouche, son compatriote, qui dirigeait le, Fiqaro, l’accueillit avec faveur; c’est alors qu’elle composa son premier roman. Rose et blanche, avec Jules Sandeau, qui fut, lui aussi, un écrivain célèbre, et à qui Delatouche fit prendre le nom de Jules Sand. Indiana, qu’ds devaient aussi exécuter ensemble, fut écrit tout entier par elle, et parut en 1832. Delatouche encore, pour conserver, en partie, le pseudonyme sous lequel le premier roman avait été publié, fabriqua à l’auteur le nom de George Sand, que le succès le plus éclatant devait consacrer à jamais. Elle donna, la même année, Indiana et Valeniine.
Vers cette époque, elle fit, avec le poète Alfred de Musset, alors son secrétaire, un voyage en Italie dont elle reproduit les impressions dans plusieurs de ses ouvrages, et notamment dans ses Lettres d’un voyageur. Parurent alors successivement : Jacques, André, Mauprat, Lavinia, Metella, les Maîtres mosaïstes, Pauline, etc.
A partir de 1837, plusieurs de ses œuvres portent, d’une manière plus marquée, le caractère qu’avaient déjà présenté quelques-unes des premières; ce sont, sous la forme de romans, des thèses de philosophie indépendante ou d’économie sociale. De ce genre sont : les Sept cordes de la lyre, Horace, Consuelo, le Metmier d’Angibault, Spiridion et /e Péché de M. Antoine. De 184à à 1850, George Sand publie des romans qui ne sont plus que des études de mœurs et de sentiments : Jeanne, Lucrezia, Mont-Revêche, les Maîtres sonneurs, le Marquis de Villenier, etc. C’est à cette période qu’appartiennent des romans pastoraux dont on goûte beaucoup le naturel et la simplicité : la Petite Fadette, François le Cliampi, la Mare an Diable, etc.
George Sand se tourna alors vers le théâtre et écrivit des drames tirés de ses romans, et en composa d’autres sur des sujets nouveaux: Claudie, le Mariage de Victorine, le Pressoir, etc. ; quelques-unes de ces pièces furent applaudies, mais une seule, le Marquis de Villenier, obtint un grand succès. Elle ne renonça cependant pas au roman, et, dans ses dernières années, elle publia encore un grand nombre de récits de divers genres : les Beaux Messieurs de Bois-Doré, de la Qainlinie, etc.
Depuis 1860, George Sand était revenue habiter Nohant.
Elle y mourut le 7 juin 1876. Ses obsèques eurent lieu à l’église du village, au milieu d’un grand concours de paysans dont elle s’était fait aimer par son extrême bonté et son inépuisable charité.
George Sand possédait une imagination puissante et un profond sentiment de la nature; par sa fécondité, par la merveilleuse souplesse et en même temps par la pureté de son style, elle s’est placée parmi les plus grands écrivains du xix® siècle.
( Amantine-
George SAND