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CHANSONNIER NATIONAL

Pierre-Jean de Béranger est venu au monde le 19 août 1780, rue Montorgueil, à Paris. Descendant d’une ancienne famille militaire tombée dans l’infortune, il eut une enfance des plus modestes et fut élevé à Paris, « chez un tailleur, son pauvre et vieux grand-père ».

Il y était encore en 1789 et fut témoin de la prise de la Bastille. Son père l’envoya alors à Péronne auprès d’une tante qui y tenait une auberge. 11 suivit, dans cette ville, organisé

d’après les idées de Jean-Jacques Rousseau et y reçut une éducation toute civique. A quatorze ans, il entra chez un imprimeur de Péronne, chez lequel il fit ses premiers essais dans la poésie. Deux ans après, il revint à Paris où son père avait fondé une maison de banque; le futur chansonnier fit alors de la finance. Cependant son goût pour la poésie prenait le caractère d’une vocation. 11 s’essaya successivement dans l’épopée, l’idylle, le dithyrambe et ne s’attacha qu’assez tard au genre qui devait l’immortaliser.

H fut admis, en 1809, en qualité d’expéditionnaire aux bureaux de l’Université. Tout en s’acquittant de sa besogne de copiste, il faisait de joyeuses et piquantes chansons qui le firent admettre, en 1813, au Caveau moderne où il devint le rival du chansonnier Désaugiers.

Le premier recueil de ses chansons parut en 1815 sous ce titre : Cfiansoîis mor'cUes et autres. En 1821, il donna son deuxième recueil rempli de mordantes épigrammes dirigées contre la Restauration. 11 y célèbre aussi les gloires de la République et de l’Empire; mais, il faut le dire, il a toujours protesté contre le despotisme impérial et fait ses réserves en faveur de la liberté et des droits populaires.

Dès lors, commencèrent contre le chansonnier une série de poursuites judiciaires à chacune de ses productions politiques.

Après la Révolution de 1830, il traita surtout des sujets philosophiques ou humanitaires. Jaloux de son indépendance, il ne voulut accepter ni pension ni emploi du gouvernement de Juillet. Ennemi de toute représentation, il ne voulut jamais se mettre sur les rangs pour l’Académie française et, en 18û8, élu représentant du peuple, il refusa de siéger. Aussi bienfaisant que désintéressé, il n’usa de son crédit que pour rendre service; mais il n’en dit pas moins son mot et celui de l’opinion libérale sur la situation.

Sous le second Empire, des offres discrètes lui furent également faites; il les repoussa sans hésitation. Béranger avait entrepris une Biographie des contemporains ; il y travaillait lorsqu’il mourut, le 16 juillet 1857. Des obsèques vraiment dignes du grand chansonnier national lui furent faites aux frais de l’État.

La France devait bien cet hommage à son illustre enfant qui l’a chantée dans ces vers^ qu’on croirait écrits d’hier :

Reine du monde, ô France, ô ma patrie !

Soulève enfin ton front cicatrisé ;

Sans qu’à tes yeux leur gloire en soit flétrie.

De tes enfants l’étendard s’est brisé.

Quand la fortune outrageait leur vaillance.

Quand de tes mains tombait ton sceptre d’or.

Tes ennemis disaient encor :

Honneur aux enfants de la France!

BÉRANGEll (Pierre- Jean de)

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