MINISTRE. — PHILOSOPHE
René-Louis de Voyer, marquis d’Argenson, naquit à Paris le 18 octobre 169Zi. Fils aîné de Marc-René d’Argenson, garde des sceaux et président du conseil des finances, qui fut opposé au système de Law dont il prévit les désastres, il fut élevé, avec son frère, au collège Louis-le-Grand. Voltaire y fut leur condisciple.
René-Louis d’Argenson ayant acheti^, en 1716, une charge déconseiller au Parlement de Paris, obtint la permission de juger quoiqu’il n’eût pas encore atteint Page de vingt-cinq ans.
C’était au moment des grandes discussions entre la Cour et le Parlement. Lejeune magistrat prit avec feu les intérêts de sa compagnie et encourut même à ce sujet les réprimandes de son père.
Dès la même année 1718, il fut pourvu d’une charge de maître des requêtes et partit pour Lille.
En janvier 1720, il fut nommé conseiller d’Etat et devint presque aussitôt intendant du Hainaut et du Cambrésis et, pendant quatre ans, résida, en cette qualité, à Valenciennes et à Maubeuge.
C’était le temps le plus orageux du système de Law.
H parvint à calmer plusieurs émeutes occasionnées, tant parmi le peuple que parmi la troupe, par la cherté des grains et par les opérations désastreuses du financier écossais.
Lorsqu’il fut obligé de prendre la fuite, Law passa par Valenciennes. Le marquis d’Argenson crut de son devoir d’arrêter l’excontrôleur général. 11 s’y prit même a^^sez adroitement, feignant de ne vouloir que l’inviter à dîner, mais lui refusant ensuite des chevaux de poste jusqu’au retour d’un courrier envoyé à la Cour. Le surlendemain seulement, l’intendant reçut l’ordre de laisser passer le financier Law, avec désapprobation de l’avoir retenu.
Appelé en 17ûû au ministère des affaires étrangères, il assista à la victoire de Fontenoy aux côtés de Louis XV. Ce monarque insouciant laissait à ses ministres un pouvoir absolu et cependant il mettait beaucoup d’amour-propre à vouloir persuader que, depuis la mort du cardinal de Fleury, il régnait par lui-même.
Après avoir investi le marquis d’Argenson d’une confiance sans bornes, il désavoua plusieurs actes qu’il avait cependant approuvés. De fortes cabales s’organisèrent contre d’Argenson qui reçut sa démission le 10 janvier 17û7.
Dès lors, le marquis d^Argenson s’abstint de reparaître à Versailles. Il vécut paisiblement tantôt à Paris, tantôt à la campagne, et se voua à la culture des lettres et de la philosophie.
Cet homme d’Etat, philanthrope éclairé qui montra tant de dévoûment pour son pays, a laissé plusieurs écrits; outre ses Mémoires et des Essais dans le goût de Montaigne, on a de lui : Considération sur le gourernement de la France, ouvrage très apprécié par J. -J. Rousseau et qui soutient des idées très remarquables et très hardies pour le temps. Voltaire disait de l’auteur qu’il eût été digne d’être secrétaire d’Etat dans la République de Platon.
C’est lui qui dit un jour: « On est persuadé qu’il n’y a rien de plus difficile que de mourir. Moi je vois que tout le monde s’en tire. »
11 expira le 26 janvier 1757 à l’âge de soixante-trois ans.
D’ARGENSON (René-Louis de Voyer)
iMINISTRE.— PHILOSOPHE
STATUE DE M. Louis MARTIN
FAÇADE SUR LE QUAI
Pavillon de gauche. — Premier étage (en retour).
PERRAULT (Charles)
Charles Perrault naquit à Paris le 12 janvier 1628. Fils d’un avocat au Parlement, il était frère de Pierre Perrault, qui devint receveurgénéral des finances de Paris, et de Claude Perrault, qui, après avoir étudié la médecine, se consacra à l’architecture et dut sa célébrité à l’exécution de la colonnade du Louvre, dont il avait dessiné les plans.
Charles Perrault fit jusqu’en philosophie ses classes au collège de Beauvais, qu’il quitta, par un coup de tête, à la suite d’une discussion avec l’un de ses professeurs. Dès lors, il compléta lui-même ses études par des lectures et de nombreuses traductions.
A peine sorti du collège, il trouva le burlesque à la mode et, à l’instigation d’un ami, traduisit le sixième livre de VÉneide à la manière de Scarron. Ses deux frères voulurent s’associer à ce jeu d’esprit, et c’est l’un d’eux qui fournit les trois vers suivants, cités par Voltaire comme les meilleurs du Virgile travesti de Scarron, où plus d’un lecteur les a cherchés en vain :
J’aperçus 1 l’ombre d’un cocher Qui, tenant l’ombre d’une brosse,
Nettoyait l’ombre d’un carrosse.
En 1651, il fut reçu avocat au barreau de Paris, où il plaida avec succès; néanmoins, « ennuyé, dit-il, de traîner une robe dans le Palais », d’avocat il devint le commis de son frère Pierre quand celuici acheta la charge de receveur général des finances de Paris. Cette place lui laissant du loisir, Perrault en profita pour se livrer à son goût naturel pour la poésie.
Nommé bientôt, par Colbert, premier commis de la surintendance des bâtiments du roi, il usa noblement de la confiance du ministre pour protéger les arts, les sciences et les lettres.
Admis à l’Académie française en 1671, Perrault fit rendre publiques les séances de réception, adopter l’élection des académiciens au scrutin et obtint de Colbert des jetons de présence pour les membres de cette compagnie. 11 prit part, enfin, à la fondation des Académies des inscriptions et belles-lettres, des sciences, de peinture, sculpture et d’architecture.
Charles Perrault est auteur de notices sur les Hommes illustres du XV W siècle, mais il est surtout célèbre par ses Contes de fées, publiés sous le titre de Contes de ma Mère VOye ou Histoire du temps passé (1697), qui sont encore aujourd’hui populaires, et par la part qu’il prit à la querelle des anciens et des modernes en soutenant la supériorité des modernes sur les anciens, soit dans son poème sur le Siècle de Louis le Grand, soit dans son Parallèle des Anciens et des Modernes.
Dans cette discussion où les adversaires avaient tour à tour raison et tort, et qui lui attira l’inimitié de Boileau, qui devint injuste pour lui et son frère, Perrault l’emporta en général par l’urbanité.
On l’injuriait, il ripostait d’un ton spirituellement dégagé :
L’agréable dispute où nous nous amusons Passera, sans finir, jusqu’aux races futures ;
Nous dirons toujours des raisons,
Ils diront toujours des injures.
Perrault mourut à Paris le 16 mai 1703 à l’âge de soixantequinze ans.