ARCHÉOLOGUE. — CRÉATEUR DU MUSÉE DES P E T IT S - A U G U ST I N S
Alexandre Lenoir est né à Paris le 26 décembre 1761. Il étudia la peinture à l’atelier de Doyen et cultiva cet art jusqu’en 1790, époque à laquelle il proposa à l’Assemblée nationale de rassembler à Paris, dans l’ancien couvent des Petits- Augustins, les objets d’art provenant des églises et des couvents dont la suppression venait d’être décrétée par la Constituante.
Cette Assemblée, sur la proposition de Bailly, rendit un décret ordonnant qu’avant de procéder à la vente des maisons religieuses et autres domaines nationaux, il fût fait un choix de tous les objets d’art qu’il importerait de sauver de la destruction. Une commission d’artistes et de gens de lettres fut immédiatement formée, avec mission de choisir les œuvres diverses et les monuments dignes d’être conservés; enfin, un arrêté du û janvier 1791 nomma Alexandre Lenoir garde du Dépôt des monuments des arts.
En peu de temps, Lenoir y réunit un grand nombre de tableaux, de sculptures, d’objets précieux pour l’iiistoire de nos antiquités nationales, notamment les tombes de plusieurs personnages célèbres.
On y voyait les restes de Turenne, de Descartes, de Molière, de La Fontaine, d’Héloïse et d’Abélard. Les corps de ces deux derniers étaient déposés dans une chapelle gothique, construite avec les débris du Paraclet. Là aussi se trouvaient les beaux mausolées de Louis XII, de François P*’ et de Henri IL Cette première collection reçut le nom de Musée des Mo7iuments français, par décret de la Convention, en 1795. En 1800, Lenoir en fut nommé administrateur. Pendant vingt ans, il ne laissa pas abattre un seul monument en France sans en emporter quelque fragment dans son musée. Il eut d’ailleurs à sa disposition des ressources puissantes, sans lesquelles il eût été sans doute impossible de créer cette remarquable collection.
Lenoir obtint, en effet, du ministère de la guerre, l’autorisation d’employer les fourgons de l’armée pour le transport des statues, des colonnes et jusqu’à des édifices entiers. Il trouva également, dans plusieurs villes, des milliers de prisonniers de guerre qui, moyennant un faible salaire, lui démolirent pierre par pierre les monuments de sculpture les plus fins et les plus délicats.
C’est par ses soins que furent transportés, à Paris, la façade du château d’Anet et le portique du château de Gaillon, que Duban a réédifiés dans la cour de l’École des beaux-arts.
Ce Musée des Mo7iumenls français, composé à grands frais et avec beaucoup de goût, avait été respecté par l’Empire; il fut supprimé, sous la Restauration, par ordonnance royale du 18 décembre, portant que les monuments seraient rendus à leur première destination.
Néanmoins, le couvent des Petits-Augustins ne fit pas retour au parti congréganiste; ses bâtiments furent affectés à l’École des beaux-arts pour laquelle on cherchait alors un emplacement.
Nommé à cette époque administrateur des monuments de l’église de Saint-Denis, Lenoir travailla à la restauration des tombeaux des rois de France. On lui doit également une partie de la restitution du palais des Thermes, achevée par son fils Albert Lenoir, architecte distingué, qui créa, avec Du Sommerard, le Musée de Ctuny.
Alexandre Lenoir a laissé de nombreux ouvrages d’archéologie et de critique. Il mourut à Paris le il juin 1839.
Le sculpteur Alfred Lenoir, qui a exécuté la statue reproduite ci-contre, est le petit-fils d’Alexandre Lenoir.
LENOIR (Marie-Alexandre)