POÈTE
Nicolas Boileau (surnommé Despréaux) est né à Paris le l'''' novembre 1636. Issu d’une ancienne famille de magistrats qui compte dans ses ancêtres Etienne Boyleau, le célèbre prévôt de Paris, il était le dernier des nombreux enfants de Gilles Boileau, greffier au Parlement.
Le jeune Despréaux — ce surnom lui venait d’un petit bien de famille, — après avoir fait ses études aux collèges d’Harcourt et de Beauvais, suivit quelque temps le barreau et fut reçu avocat à l’âge de vingt-un ans. Il déserta bientôt « l’antre de la chicane » au grand désespoir de sa famille et surtout de son beau-frère qui jugea que Despréaux ne serait qu’un sot toute sa vie.
Boileau peint lui-même, dans une de ses épîires, la surprise de ses parents lorsqu’il suivit son penchant pour la poésie ;
Fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffiers,
Pouvant charger mon bras d’une utile liasse,
J’allai loin du Palais, errer sur le Parnasse ;
Ma famille en pâlit et vit, en frémissant.
Dans la poudre du greffe, un poète naissant. • ’
Cependant, il ne céda pas d’abord à son inclination et passa par la Sorbonne pour arriver u au Parnasse » et se livrer, enfin, tout entier aux lettres. 11 débuta par les Satires (1660), et obtint un succès prodigieux qu’il dut à la perfection de ses vers tout autant qu’à la malignité de ses critiques. Il fit suivre les Satires d'Epüres, dans lesquelles il s’élevait encore au-dessus de ses premiers écrits; il publia enfin l'Art poétique et le Lutrin (1672-1683). Il s’essaya également dans l’ode et l’épigramme.
On a aussi de lui quelques ouvrages en prose, mais ils sont de peu d’importance.
On a reproché, non sans raison, aux œuvres poétiques de Boileau de manquer de ce charme sans lequel la poésie demeure froide et sèche, mais ce qu’on ne peut leur contester c’est la correction dans la forme et la pureté dans le style. Quoi qu’il en soit, Despréaux rendit d’immenses services à notre littérature en détournant son siècle des mauvais ouvrages qui étaient en vogue, en lui apprenant à goûter Corneille, Molière et Racine.
Louis XIV apprécia son mérite, le nomma son historiographe avec Racine, et lui assura une pension. L’Académie française le reçut dans son sein en 168/i.
Quoique mordant dans ses écrits, Boileau était indulgent dans sa conversation et avait le cœur excellent ; on cite de lui plusieurs traits de générosité.
Lorsque le célèbre Patru fut obligé de vendre sa bibliothèque pour vivre, Boileau l’acheta, en paya le prix, et ne voulut en jouir qu’après la mort de Patru.
La pension de Corneille ayant été supprimée, Despréaux courut chez le roi pour l’engager à la rétablir, et il offrit le sacrifice de celle dont il jouissait lui-même. disant qu’il ne pouvait, sans honte, recevoir une pension tandis qu’un homme tel que Corneille en était privé.
Boileau passa une bonne partie de sa vie dans cette célèbre maison d’Auteuil qu’il devait aux libéralités de Louis XIV et qui était le rendez-vous de toutes les célébrités du temps.
Vers la fin de sa vie, il quitta sa solitude d’Auteuil et vint se fixer à Paris, où il mourut le 13 mars 1711, à l’âge de soixante-quinze ans.
BOILEAU-DESPRÉAUX (Nicolas)