SAVANT. — PREMIER MAIRE DE PARIS
Jean-Sylvain Bailly est né à Paris le 15 septembre 1736. Son père, qui était peintre et garde des tableaux de Versailles, le destinait à la peinture. Bailly préféra les lettres et les sciences.
Il composa d’abord quelques tragédies qui n’ont pas été publiées; puis, ses relations lui ayant donné l’occasion de rencontrer Lacaille, l’astronome déjà célèbre, il se livra avec ardeur à l’astronomie et mérita d’être admis à l’Académie des sciences (1763).
Bailly, au milieu de ses travaux scientifiques, n'abandonna pas son goût pour la littérature. Encouragé par le succès qu’obtinrent les Eloges qu’il publia en 1770, notamment ceux de Pierre Corneille, de Leibniz, de Molière, de Gresset et de Lacaille, Bailly chercha dans les sciences un sujet qui pût lui assurer cette réputation littéraire qu’il semblait surtout ambitionner, et il écrivit Vtiistoire de Gastronomie, œuvre littéraire autant que scientifique qui lui ouvrit les portes de l’Académie en 178Zi. Il devint aussi membre associé de l'Académie des inscriptions.
La Révolution vint bientôt l’arracher à ses travaux et le jeter au milieu des orages politiques.
Lorsque les électeurs de Paris se réunirent, en 1789, pour nommer les députés aux États généraux, Bailly fut le premier qu’ils élurent, et ce choix pouvait être considéré comme une très grande marque d’estime. Les États s’étant assemblés, il fut encore le premier choisi pour les présider.
Il commença à remplir cette fonction après que les communes se furent constituées en Assemblée nationale; et, lorsque le roi eut fait défense au tiers état de siéger, ce fut encore lui qui, le 20 juin 1789, présida cette fameuse séance du Jeu de Paume, dans laquelle tous les députés firent le serment de ne point se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France.
Cette mémorable séance décida de la Révolution.
Après la prise de la Bastille, Bailly fut nommé, par acclamation, maire de Paris, le 16 juillet 1789. Sa popularité était alors immense, mais il en vit bientôt le terme.
Après la fuite et l’arrestation de Louis XVI, il se crut obligé de dissiper par la force les rassemblements qui se formaient au Champ de Mars pour demander la déchéance du roi (17 juillet 1791) ; il perdit alors la faveur publique.
Bien que l’Assemblée eût approuvé sa conduite dans cette malheureuse circonstance, il se démit de ses fonctions de maire et quitta la capitale; mais, reconnu à Melun, il fut ramené à Paris et traduit devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort.
Il fut exécuté le 12 novembre 1793. Il fit preuve d’un admirable courage à ses derniers moments.
Comme ses membres, glacés par la pluie et le froid, étaient agités par un tremblement involontaire, un de ses bourreaux lui dit « Tu trembles, Bailly ? — Oui, répondit le vieillard, mais c’est de froid î »
Ainsi mourut ce savant illustre, que son savoir et sa vertu devaient préserver de cette fin tragique.
BAILLY (Jean-Sylvatn)