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LEKAIN (Henri-Louis, Gain dit)
TRAGÉDIEN
'Lekain naquit à Paris le 31 mars 1728. Il était fils d’un orfèvre de Paris qui lui apprit son état, tout en lui faisant suivre les cours du collège Mazarin. C’est là que se manifesta en lui le goût du théâtre.
A^la fin de l’année classique, les élèves de ce collège avaient coutume de donner une représentation dramatique à laquelle étaient conviés leurs parents et quelques rares invités. Les préparatifs de ce spectacle entraînant, pour ceux qui y figuraient, des dépenses dont Lekain n’était pas en position de pouvoir prendre sa part, il dut se borner à accepter l’emploi de souffleur, dont il s’acquitta avec beaucoup d’intelligence.
On dit même qu’en faisant répéter ses camarades il leur donna d’excellents conseils, et qu’il apprit — telle était sa mémoire — des pièces tout entières pour les avoir ainsi entendu souvent répéter. Rentré dans l’atelier de son père, il déclamait souvent quelques tirades de tragédie, et les applaudissements des ouvriers qui se plaisaient à l’entendre, l’encouragèrent à s’essayer dans quelques sociétés dramatiques d’amateurs où Voltaire le vit jouer, et fut si charmé qu’il l’invita à venir le voir.
Lekain se rendit avec empressement chez le célèbre écrivain qui lui fit déclamer quelques scènes, puis s’informa de la famille et des projets du jeune homme. Lorsque celui-ci lui eut dit qu’il voulait se faire comédien, Voltaire chercha à le détourner de cette détermination. Il fit plus, il lui offrit, sans terme de remboursement, une somme de 10,000 francs, pour l’aider à se faire une situation dans la maison de son père.
Mais Lekain lui ayant déclaré qu’il ne pouvait résister à sa vocation, Voltaire le prit chez lui et fit bâtir au-dessus de ses appartements un petit théâtre, où il lui fit jouer, devant un public d’élite, des pièces dans lesquelles les deux nièces du poète et le poète luimême remplissaient quelquefois des rôles.
Après six mois de ces utiles études, son généreux protecteur lui obtint une lettre de début à la Comédie-Française, au mois de septembre 1750, Admis enfin comme pensionnaire, le 2à février 1752, après une longue série de débuts entravés par des rivaux jaloux de ses succès, Lekain s’imposa par son talent, marcha de succès en succès, et vit sa réputation se répandre dans toute l’Europe. Les rôles qu’il affectionnait étaient ceux 6.' Or este, de Néron, de Gengisklian et de Mahomet.
Lekain était d’une taille courte et un peu pesante; il avait une figure commune et la voix voilée, mais, par l’art et l’étude, il corrigea ou fit oublier ces défauts de la nature ; sa démarche devint imposante et grave, ses traits et sa voix purent exprimer toutes les passions. Animé d’une sensibilité profonde, il s’identifiait avec ses personnages. Lekain contribua enfin, pour une large part, à la réforme importante des costumes au théâtre : jusqu’à lui, oh représentait les personnages antiques avec les habits du jour. Toutefois, cette réforme ne fut complètement opérée que par Talma.
Le 2/i janvier 1778, Lekain, qui était arrivé malade à la Comédie- Française à l’heure du spectacle, voulut jouer malgré la fièvre dont il souffrait. Il se montra aussi remarquable qu’à son ordinaire et fut très chaleureusement applaudi par le public, auquel il avait réussi à cacher ses souffrances. Rentré chez lui, le grand artiste s’alita.
Il expira quelques jours après, le 8 février 1778, à l’âge de quarante-neuf ans.
LEKAIN (Henri-Louis, Gain dit)
TRAGÉDIEN
STATUE DE M. L.-A DELHOMME