CRITIQUE LITTÉRAIRE
Abel-François Villemain est né à Paris le 11 juin 1790.
Après avoir montré, comme élève au lycée Louis-le-Grand, une supériorité précoce, il fut remarqué par Fontanes qui le nomma, à l’âge de vingt ans (1810), professeur de rhétorique au lycée Charlemagne et bientôt maître des conférences de littérature française à l’École normale.
Villemain débuta dans les lettres par un Éloge de Montaigne (1812) et un Éloge de Montesquieu (1816), qui furent couronnés par l’Académie française. Ces débuts, qui étonnèrent les juges et ravirent le public, firent accueillir le jeune professeur dans la société littéraire du temps où il brilla, tout aussitôt, par son talent de causeur.
Un instant suppléant de Guizot dans la chaire d’histoire moderne, il fut, dès 1816, appelé par Royer-Collard à la chaire d’éloquence française, où, pendant près de dix années, il se fit remarquer par la nouveauté de ses aperçus, la finesse de sa critique, l’élégance exquise et l’heureuse vivacité de sa parole.
Villemain publia, en 1819, une Histoire de Cromwell; en 1822, une traduction de la République de Cicéron, et en 1825, Lascaris et un Essai sur Vétat des Grecs depuis la conquête musulmane, ouvrages qui avaient pour but d’aider au mouvement d’opinion qui s’opérait en faveur de la Grèce opprimée par les Turcs. Dès 1821, il avait été élu membre de l’Académie française en remplacement de son protecteur Fontanes; il avait trente et un ans.
11 devait devenir secrétaire perpétuel de cette Compagnie en 1832, à peu près à l’époque où il entrait à la Chambre des pairs. Il avait été conduit, en effet, à la politique par l’éclat de ses succès littéraires.
Député d'Évreux au commencement de 1830, Villemain siégea parmi les membres de l’opposition, concourut à la Révolution de Juillet, puis obtint sa large part d’honneurs et de pouvoir.
Membre et vice-président du Conseil de l’instruction publique, pair de France, deux fois ministre, grand officier de la Légion d’honneur, il n’eut, au milieu de nos révolutions, qu’un rôle politique inférieur à sa grande situation académique et littéraire.
Après la Révolution de 18ù8, il abandonna la politique et se consacra désormais, exclusivement aux iTtres. Dans ses fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie française, il déploya une grande activité et un dévouement sans égal.
Villemain a publié de nombreuses études de critique et d’histoire qui se distinguent par une vaste érudition et une grande pureté de style; mais son œuvre capitale est son Cours de littérature au XV UE siècle et son Cours de littérature au ynoyen âge, reproduction des remarquables leçons qu’il avait faites à la Faculté des lettres, de 1827 à 1830.
« Les écrits de Villemain, dit Demogeot, présentent sans doute une lecture pleine d’intérêt à quiconque sait apprécier de vastes connaissances littéraires, un goût pur, une solide raison parée des ornements les plus délicats du style; cependant, on peut dire que ceux qui lisent aujourd’hui ses brillantes leçons, sans avoir eu le plaisir de les entendre, risquent de n’admirer que la moitié de ce l3eau talent. Les cours de Villemain n’étaient pas seulement des leçons, mais encore des modèles d’éloquence. »
Villemain mourut à Paris le 8 mai 1870, à l’âge de soixante-dixneuf ans.
VILLEMAIN (Abel-François)