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AVOCAT. — ORATEUR POLITIQUE

Pierre-Antoine Berryer est né à Paris le Zi janvier 1790. Il était fils de Pierre-Nicolas Berryer, jurisconsulte éminent et avocat célèbre.

Dès son jeune âge, il fut placé par son père au collège de Juilly dirigé par les Oratoriens. Il s’y distingua plutôt par la vivacité de son esprit et ses brillantes aptitudes naturelles que par son assiduité au travail ; ce ne fut qu’au lycée Bonaparte où il vint terminer ses études qu’il remporta des succès universitaires.

En quittant les Oratoriens, il voulut entrer dans les ordres; mais il se vit refuser l’entrée du séminaire d’Ivry pour cause de fausse vocation. Il suivit alors la carrière du barreau, où son père avait trouvé la fortune et la célébrité.

Il s’était déjà fait remarquer comme un excellent avocat dans plusieurs procès civils et criminels importants, lorsque, après la seconde Restauration, il s’acquit un grand renom en se vouant à la défense des victimes de la réaction. « Il est honteux, s’écriait-il, pour les vainqueurs, de ramasser les blessés du champ de bataille pour les porter à l’échafaud. »

Après avoir assisté son père dans la défense du maréchal Ney (1815), il défendit successivement le général Cambronne, Lamennais (1826), et enfin, en 18A0, le prince Louis-Napoléon arrêté après l’affaire de Boulogne.

Entré à la Chambre des députés, il s’y était révélé de suite grand orateur politique. « Voilà un beau talent », avait dit Guizot. — « Dites une puissance », avait répliqué Royer-Collard.

A ses qualités oratoires, Berryer joignait, en effet, une prestance majestueuse et un magnifique organe qui donnaient à ses discours un effet des plus puissants.

Dès lors, il fit partie de toutes les législatures et s’y montra le soutien dévoué de la cause de la légitimité, tout en se faisant le défenseur des opinions les plus avancées.

Libéral de nature, aristocrate d’éducation, on le vit demander la nomination des maires par les communes et l’abolition du cens électoral, et, d’autre part, réclamer le maintien de l’hérédité de la pairie.

Au coup d’Etat de décembre 1851, Berryer fut un des membres de l’Assemblée législative qui proclamèrent la déchéance du princeprésident. La fermeté de son opposition sous l’Empire accrut la popularité qu’il devait déjà à son éloquence

Après sa réception à l’Académie française, qui eut lieu le 23 février, Berryer ne voulut pas se soumettre à l’usage, obligatoire pour tout nouvel élu, de rendre visite au chef de l’Etat.

Lorsque le gouvernement impérial, irrité du succès remporté par l’opposition aux, élections législatives de 1863, traduisit, le 5 août 186Ù, devant le tribunal de la Seine, les membres du comité électoral républicain, sous l’inculpation d’avoir fait partie d’une société non autorisée de plus de vingt membres (alors qu’ils n’étaient que treize), Berryer fut un de leurs défenseurs avec Jules Favre.

Le désintéressement de Berryer comme avocat, l’abandon de la clientèle pour la politique le réduisirent, plus d’une fois, à un état de gêne qui l’avait forcé, en 1836, de mettre en vente sa terre d’Angerville-la-Rivière ; une souscription volontaire de ses amis et de ses admirateurs lui avait rendu ce domaine, dans lequel il alla passer les dernières années de sa vie. Il y mourut le 29 novembre 1868, à l’âge de soixante-dix-huit ans.

BERRYER (Pierre-Antoine)

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