Aujourd’hui rue Molière
MOLIÈRE
monument va s’élever dans des lieux tout pleins de souvenirs du grand homme auquel il sera consacré. »
Une commission de souscription fut aussitôt formée et ne tarda pas à recueillir une somme qui, réunie aux fonds déjà votés par le Conseil municipal pour la reconstruction de la fontaine, s’éleva à 111,000 francs.
Le plan du monument proposé par l’architecte Visconti fut adopté. On sait quel éminent architecte fut Visconti, auteur des fontaines des places Saint-Sulpice, Gaillon et Louvois; le choix ne pouvait donc être meilleur. La partie architecturale du monument est dans le goût d’ornementation du dix-septième siècle. La statue de Molière, en bronze, s plus grande que nature, assise dans l’attitude de la méditation, est portée sur un piédestal demi-circulaire, contre lequel sont appuyées deux autres statues, représentant les deux genres de la comédie, l’un gai, l’autre sérieux. Aux soubassements, des mascarons jettent de l’eau dans un bassin occupant la base du monument.
Seurre l’aîné, l’auteur de la statue du grand homme, nous le représente très ressemblant, habillé de ce costume Louis XIV, dont les personnages de son théâtre conserveront toujours le style pompeux. La physionomie est fine, spirituelle et vaguement mélancolique. Il semble que le statuaire ait voulu nous traduire ou les émotions intérieures de ce grand cœur, ou peut-être aussi les traces perçant sur le visage de
MOLIERE
cette maladie de poitrine qui devait remporter. Quoi qu'il en soit le Molière, tel que l’a conçu Seurre Famé, est une très belle œuvre digne de figurer parmi les statues publiques les mieux réussies et les mieux senties par l’artiste.
Les deux grandes femmes en pierre, qui complètent l’ornementation sur les côtés du piédestal, représentent l’une la Muse de la comédie sérieuse , l’autre la Muse de la comédie légère ; elles sont dues au ciseau délicat de Pradier, un des plus grands noms de la statuaire française en ce siècle. Leurs mises et leurs mouvements de pose sont d’une grâce inspirée ; au centre du fronton circulaire, un génie sous les traits de ce divin enfant symbole de l’amour, dont Molière nous a montré toutes les nuances et toutes les variétés, couronne le nom du poète. Enfin, sur le piédestal se lit cette simple inscription :
A MOLIÈRE