COUR DU VAL-DE-GRACE
Larrey est l’incarnation la pins illustre de la chirurgie militaire. La statue élevée par souscription nationale au Val-de-Grâce, dans cet hôpital où il avait professé, est due au ciseau de David d’Angers. Elle représente Larrey, drapé dans un manteau rejeté en arrière, et sous lequel on distingue l’uniforme de chirurgien de la garde. 11 tient dans la main gauche un papier, sur lequel sont gravées les paroles du testament de Napoléon Ier, qu’il semble porter vers son cœur par le mouvement que fait le bras. La tête est fine et expressive. Le piédestal est décoré de quatre bas-reliefs, représentant Larrey aux quatre grandes batailles des Pyramides, de Sommo-Sierra, d’Austerlitz et de la Bérésina.
« Le baron Larrey, dit un de ses biographes,
résume tous les devoirs et toutes les vertus Il fut le
premier de sa race. Jusqu’à lui, on avait ignoré la grandeur et l’importance de la chirurgie aux armées. Non seulement, il organisa le service, l’éleva à la hauteur où Napoléon élevait l’édifice de sa puissance militaire, mais il fit plus encore, et c’est là surtout que
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sa personnalité apparaît brillante et pure ; il a l’intrépidité du capitaine le plus brave, la sévère probité du plus intègre administrateur, l’ardeur, l’activité du simple soldat, l’humanité d’un père, le courage du magistrat; il est savant, il aime son art avec passion; son esprit observateur ne laisse échapper aucun phénomène sans en tenir compte; d’ailleurs, d’une bonté, d’une simplicité qui le font chérir de tous.
« Il vit au milieu de la Grande Armée, comme un homme à part, une sorte de providence qu’invoquent tour à tour les amis et les ennemis, les maréchaux de France et les simples’soldats. Sa mission, sa magistrature, l’ont placé à la hauteur des chefs suprêmes dont il est le camarade. C’est que lui aussi est général en chef; il a son armée qu’il commande et qu’il fait manœuvrer Jamais Larrey n’oublie de sillonner le
terrain que l’ennemi vient d’abandonner, de recueillir des blessés comme des frères, d’étancher de ses propres mains le sang de leurs plaies, et de leur prouver que si la France est grande par le courage, elle est aussi grande par l’humanité. »
Cet éloge général de Larrey résume ses hautes qualités. Quelques notes biographiques achèveront de le faire connaître. Né en 1766, à Baudéan (Hautes-Pyrénées), il n’arriva à Paris qu’en 1787 après avoir étudié la médecine à Toulouse, sous son oncle le docteur Alexis Larrey. Il s’embarqua à cette époque pour l’Amérique en qualité de chirurgien aide, et se fit
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remarquer par son zèle et son intelligence. De retour à Paris, il suivit les leçons cle Desault, devint en 1792 aide-major à Farinée du Rhin, où il organisa pour la première fois des ambulances volantes , destinées à suivre Farinée et à lui succéder de suite sur les champs de bataille, puis il fit la campagne d’Egypte. Ses observations médicales sur cette campagne sont réunies dans le grand ouvrage de l’Institut d’Egypte. C’est Larrey qui est aux côtés du général en chef Bonaparte dans le célèbre tableau de Gros représentant la peste de Jaffa.
Bonaparte, depuis cette campagne où il avait si noblement payé de sa présence, l’ayant remarqué, lui donna CH. C?OUTZWILl.E\, le commandement du
LARREY. 1766-1842
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service de santé de toute l’armée, y compris la garde impériale. C’est en cette qualité qu’il assista à la plupart des grandes batailles de l’Empire, et qu’il rendit d’éminents services. Sa conduite fut admirable à Eylau, dans la retraite de Russie, dans la campagne de Saxe, et à Waterloo où il faillit perdre la vie.
A la bataille d’Essling, Cadet de Gassicourt, témoin oculaire d’un trait généreux de Larrey le raconte en ces termes : « On ne sait ce qu’on doit le plus admirer dans ces habiles praticiens, ou de leur courageuse activité ou de la confiance inspirée par eux aux soldats. Ces malheureux, rangés par terre dans l’île Lobau, ne pouvaient être opérés que les uns après les autres; ils voyaient approcher les chirurgiens comme des bienfaiteurs. Lorsqu’on paraissait en négliger un, ils les appelaient : «: C’est à moi, disait-il, c’est mon tour, (c Messieurs; venez me couper la jambe, mon voisin « peut attendre... » Le brave Larrey surtout est admirable après la bataille; son zèle est infatigable. Après avoir opéré tous les blessés de la garde, il demande si l’on a du bouillon à donner aux malades; sur la négative : « Que l’on en fasse, dit-il, avec ces chevaux qui «sont au piquet. » Ces chevaux se trouvent appartenir à un général qui vient les défendre. « Eh bien ! qu’on « prenne les miens, qu’on les tue, et que mes cama- « rades aient du bouillon. » On a exécuté son ordre, et, ne trouvant point de marmites dans l’île, on a fait la soupe dans les cuirasses des soldats. Faute de sel de
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cuisine, on l’a salée avec de la poudre à canon. Masséna a voulu en manger et Fa trouvée délicieuse. Beaucoup de traits ont figuré dans les bulletins cpii valent moins que celui-ci. »
Napoléon disait de Larrey que c’était le plus honnête homme qu’il eût jamais connu; pour le remercier de son dévouement, il lui léguait 100,000 francs par testament. La Restauration lui ôta ses titres et sa pension, qu’elle lui rendit en 1818; il resta néanmoins attaché à la garde royale et devint chirurgien en chef des Invalides et de l’hôpital du Gros-Caillou. Ses travaux scientifiques, ses conférences même en campagne sont assez nombreux et n’ont fait qu’ajouter à sa noble réputation.
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