CARREFOUR DE L’OB SERYATOIRE
C’est k l’endroit même où le brave des braves fut frappé par le peloton d’exécution de la vengeance royaliste, que s’élève aujourd’hui sa statue. Ce monument, œuvre de Rude, nous représente le maréchal au milieu de l’action, sabre en main, et poussant ses soldats k la victoire. Tel il devait paraître k Elchingen, k la Moskowa, k la Haie-Sainte, lorsque, dans un de ces élans magnifiques de courage, k travers les balles et les boulets, il entraînait de son exemple et de sa voix les bataillons k l’assaut. Quelle plus noble protestation contre le crime de 1815 que le choix de cette attitude guerrière, aimée du peuple !
Né k Sarrelouis, en 1769, dans une de ces provinces si françaises de cœur, d’un modeste tonnelier, ce soldat de la Révolution était un des parvenus de la bravoure. Ayant combattu sous les ordres de Kléber, de Marceau, de Masséna, de Moreau et du Premier Consul, Ney avait toujours obtenu l’estime particulière de ces généraux, qui s’étaient efforcés de le pousser aux grades. Après les campagnes de la République, il obtint le bâton de maréchal en 1804 et fit toutes les guerres de l’Empire.
NE Y
Son nom est écrit en lettres d’or à chaque page de cette épopée militaire, à côté de celui des Masséna, des Murat, des Bessières, des Lassalle, des Drouot. C’est une des gloires militaires de la France. Sa triste fin a rendu sa mémoire plus intéressante et plus chère encore.
Atteint par la réaction sanglante qui suivit la révolution du 20 mars, Ney est avec Brune, son illustre collègue, avec Murat, La Bédoyère et maint autre plus obscur, une victime de la contre-révolution. L’hommage qu’on lui a rendu en 1853, en érigeant sa statue sur une place publique, n’efface pas encore de l’histoire cette exécution politique, une des plus grandes fautes de la Restrairation. Le simple récit des faits ravivera ces tristes souvenirs.
En 1814, après les événements qui avaient amené la capitulation de Paris et la retraite de l’armée sur Fontainebleau, Ney avait été un des maréchaux qui avaient insisté le plus auprès de Napoléon pour la signature de F abdication. Rentré de sa personne à Paris, il s’était rallié sans arrière-pensée au gouvernement des Bourbons. Au moment où le comte d’Artois, précédant son frère, entrait à Paris, il lui avait dit : cc Monseigneur, nous avons servi avec zèle un gouvernement qui nous commandait au nom de la France. Votre Altesse Royale et S. M. Louis XVIII, son auguste frère, verront avec quelle fidélité nous saurons servir notre roi légitime. »
NE Y
Le 20 mai 1814, le maréchal Ney était nommé commandant des dragons, des chasseurs, des chevaulégers et des lanciers de France; il fut ensuite fait chevalier de Saint-Louis, pair de France et nommé gouverneur de la 6e division militaire.
Lorsqu’au mois de mars 1815 on apprit le débarquement de Napoléon à Fréjus, Ney, qui se reposait paisiblement dans sa terre des Coudreaux, aux environs de Châteaudun, fut mandé à Paris par le ministre de la guerre, et reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Besançon. Il partit, après avoir fait à Louis XVIII des protestations de dévouement, et Ton assure même qu’il lui dit : «Je me charge de vous amener dans une cage de fer le perturbateur de l’Europe. » Il se rendit à Lons-le-Saunier; mais, chemin faisant, il put se convaincre que la population n’était pas favorable à la dynastie qui représentait l’ancien régime. Le 13 mars, après une conférence avec des émissaires de Napoléon, il écrivit au baron Capelle, qui lui reprochait son* inaction : « Je ne puis pas arrêter la mer avec la main. » Le 14, il adressa cet ordre du jour aux troupes de la 6e division militaire :
« Officiers, sous-officiers et soldats,
« La cause des Bourbons est à jamais perdue! La dynastie légitime que la nation française a adoptée va remonter sur le trône : c’est à l’empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient seul de régner sur ce
NE Y
beau pays ! Que la noblesse des Bourbons prenne le parti de s’expatrier encore, ou qu’elle consente à vivre au milieu de nous. Que nous importe ? La cause sacrée de la liberté et de notre indépendance ne souffrira plus de leur influence. Ils ont voulu avilir notre gloire militaire, mais ils se sont trompés :
cette gloire est le fruit de trop nobles travaux pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir.
« Soldats ! les temps ne sont plus où l’on gouvernait les peuples en étouffant tous leurs droits ; la liberté triomphe enfin et Napoléon , notre auguste empereur, va f affirmer pour jamais.
Que désormais cette cause si belle soit la