NAPOLEON EN REDIKGOTE GRISE
NAPOLÉON pr
des Prussiens qui n’avaient pas osé commettre un tel acte de vandalisme et de bassesse.
En 1874, le maréchal de Mac Malion, président de la République, ordonna sa reconstruction, et les morceaux, pieusement conservés au Palais de l’Industrie et remontés, effacèrent la trace matérielle du crime de la Commune.
Victor Hugo aimait à répéter qu’on se sentait « fier d’être Français en passant devant la colonne ». Et si les derniers survivants des grandes guerres sont tous morts aujourd’hui et ne peuvent plus y venir en pèlenage, les fils, qui se souviennent, ne reliront pas sans émotion patriotique quelques-unes des strophes du poète 1 :
Oh ! quand il bâtissait, de sa main colossale,
Pour son trône, appuyé sur l'Europe vassale,
Ce pilier souverain,
Ce bronze, devant qui tout n’est que poudre et sable, Sublime monument, deux fois impérissable,
Fait de gloire et d’airain.
C’était un beau spectacle! — Il parcourait la terre Avec ses vétérans, nation militaire Dont il savait les noms;
Les rois fuyaient; les rois n’étaient point de sa taille; Et vainqueur, il allait par les champs de bataille, Glanant tous leurs canons.
l.i Victor Hugo, deuxième Ode à la Colonne.
NAPOLÉON 1er
Et puis, il revenait avec la grande armée,
Encombrant de butin sa France bien-aimée,
Son Louvre de granit,
Et les Parisiens poussaient des cris de joie,
Comme font les aiglons, alors qu’avec sa proie L’aigle rentre à son nid !
Les tempêtes ont passé sur la France depuis le jour où rillustre poète lançait à sa génération ces strophes enflammées. La vue de ce trophée nous console encore des deuils de la patrie.
Enfin, si nous jugeons cette colonne sous le rapport plastique, nous dirons qu’elle ne cesse de produire un effet étonnant par sa masse importante et son heureuse position ; elle offre au centre d’un des plus beaux quartiers de Paris un point de vue superbe, soit qu’on la regarde des Tuileries, ou du boulevard. Si l’on s’en approche pour en examiner les détails, l’œil étonné reporte sur elle toute la magnificence des palais qui l’entourent. C’est un ensemble nouveau chez les peuples modernes ; et si l’on excepte Rome, aucune capitale de l’Europe n’en offre l’équivalent.
Quant à la statue de Napoléon Ier en redingote grise retirée en 1864, elle fut transportée au rond-point des Bergères, à Courbevoie, où elle resta jusqu’en 1871 sur son piédestal, regardant Paris, faisant face à l’arc de triomphe de l’Etoile. La Commune s’en empara et la jeta dans la Seine. On eut bien de la peine à la retirer, et depuis nous ne savons ce qu elle est devenue. Une statue semblable existe dans la grande cour d’hon-
NAPOLÉON Fr
neur cle l’hôtel des Invalides sous l’arcade centrale du premier étage. Le visiteur pourra, en la contemplant, se rendre compte des traits et de la mise ordinaire de Napoléon.
Une double statue de ce grand homme est d’ailleurs de circonstance dans Paris, car parmi tous les souverains français, Napoléon est celui qui a dépensé le plus d’argent en travaux publics. Consacrant plusieurs centaines de millions tirés des revenus de la liste civile et surtout du domaine extraordinaire — sans cesse accru par les contributions de guerre venant de l’étranger — à embellir et à restaurer les palais et les monuments, on s’explique comment, dans un règne aussi court, traversé par tant de guerres soutenues ou provoquées, il ait pu faire tant à la fois. Sous son règne, en effet, outre les châteapx de Fontainebleau, de Meudon, Saint-Cloud, Versailles et Compiègne, qui furent remis en état, on vit restaurer ou achever les Invalides, Notre-Dame, Saint - Denis , le Panthéon et les barrières monumentales ; tracer et bâtir la rue de Rivoli, les quartiers de la Madeleine et Saint- Lazare ; commencer la réunion du Louvre aux Tuileries, décorer le Carrousel et la place de l’Etoile de deux arcs de triomphe, chefs-d’œuvre chacun dans leur genre, orner la place Vendôme et la place du Châtelet de la colonne d’Austerlitz et de la fontaine du Palmier. En même temps trois ponts étaient jetés sur la Seine dans la traversée de Paris; la rivière était
NAPOLÉON Ier
grandiosement endiguée, le Louvre décoré par une pléiade d’artistes recevait les dépouilles opimes de 1’Italie et de Y Allemagne ; le temple de la Gloire (Madeleine), le Corps législatif, la Bourse, sortaient de terre.
Joignant à l’édification de ces monuments l’intelligence des besoins pratiques de la population, Napoléon décrétait la Halle aux vins et les Abattoirs, achevait la Halle aux blés, de vastes marchés, des greniers d’abondance, des fontaines dans les centres populeux, enfin creusait les canaux de l’Ourcq et de Saint-Quentin pour amener l’eau et les denrées aux Parisiens.
Après avoir relevé la soierie lyonnaise, il porta ses largesses sur l’industrie parisienne : le Marais et le faubourg Saint-Antoine reçurent des commandes en meubles et en bronzes qu’on peut évaluer à soixante millions. Napoléon avait encore de grands projets que la chute prématurée de l’Empire , amenée par sa faute, l’empêcha de réaliser. Il ne faut pas s’étonner dès lors de la popularité qu’il eut à Paris jusqu’aux derniers jours de son pouvoir auprès des ouvriers qui l’avaient surnommé : le grand entrepreneur .
BIGHAT