JARDIN DE L’HOTEL DES INVALIDES
La statue du prince Eugène de Beauharnais, illustre général de F armée française, devenu fils adoptif de Napoléon Ier par le mariage de ce dernier avec Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du général Alexandre de Beauharnais, s’élevait, sous le régime précédent, à l’angle du boulevard Voltaire et de l’avenue Parmentier, en face la mairie du onzième arrondissement. Bien que la mémoire de ce héros soit presque exclusivement militaire, la République n’a pas cru devoir lui conserver son ancien emplacement et l’a relégué aux Invalides. Eugène, sculpté par Dumont, est représenté en costume de général du premier Empire, culotte de peau, hautes bottes, habit de la garde, et revêtu du grand manteau d’ordonnance tel qu’il le portait à la retraite de Moscou. Sa main gauche s’appuie sur son sabre, dont la lame connaît l’ennemi ; sa droite tient un rouleau de papier, ordre écrit ou capitulation reçue. Le bronze est sorti des ateliers de MM. Thiébault.
Cette statue fait bonne figure dans le parterre de gauche du jardin des Invalides. Le nouveau piédestal
PRINCE EUGÈNE
n’a reçu aucune inscription. Quant à l’ancien, resté sur le même emplacement, il porte maintenant le tribun cle 1848, Leclru-Rollin, dont nous parlerons plus loin.
Ce n’est pas une mince figure dans l’histoire du début de ce siècle, que celle d’Eugène de Beauharnais. Parti de peu, malgré sa naissance, comme la plupart des hommes de sa génération, Eugène fut du petit nombre de ceux qui au faîte des grandeurs surent conserver la douceur des vertus sociales, la simplicité de la vie privée, et cette générosité, qui n’est pas toujours l’attribut d’un rang élevé. L’éclat de la puissance qu’il obtint avec la vice-royauté du royaume d’Italie et son alliance avec la fille d’un des rois de l’Europe ne l’éblouirent pas plus que les revers n’abattirent son âme généreuse. En descendant des premières marches du trône où le choix de son souverain et de son père adoptif l’avait placé et désigné comme son héritier présomptif, il emporta avec lui l’amour, l’estime et les regrets de la nation qu’il avait administrée pendant neuf ans et pour ainsi dire organisée. Les Italiens, heureux de la liberté, ne demandaient plus en 1815 qu’un chef populaire et illustre, et celui qui leur paraissait le plus digne était Beauharnais. Leurs réclamations au Congrès de Vienne restèrent vaines parce qu’Eugène, fidèle à ses affections, n’avait pas voulu séparer sa cause de celle de la France.
Pour mieux faire saisir les événements, il convient d’en rappeler sommairement la suite : liés par la
PRINCE EUGÈNE
reconnaissance envers le premier Consul, leur libérateur, les Italiens le n o m m è r e n t cl ’ a c c 1 a m a t i o n président de la République Cisalpine devenue République italienne en 1802, à la suite des Étals tenus à Lyon. Mais bientôt les grands changements survenus dans les constitutions de la France créèrent des nécessités politiques nouvelles. Bonaparte quitta la toge des consuls pour revêtir la pourpre impériale. L’Empire étant désormais substitué à la République, Napoléon, conçut pour ses conquêtes un système de royaumes fêuclataires destinés à se rattacher à la mère patrie. Il fit de l’Italie du Nord un vaste royaume auquel, s’inspirant des prin-
C H. GOUTZWILLeKj