‹ Les statues de ParisChapitre 4 sur 51 · Victor Hugo, Hernani, acte IV, scène ii · texte numérisé non relu

Victor Hugo, Hernani, acte IV, scène ii

CHARLEMAGNE

absolument sur les costumes de cette époque, et sur les joyaux de la couronne impériale. L’archéologie n’a plus grand secret à découvrir. D’ailleurs Vienne et Paris ne conservent-ils pas quelques-uns de ces trésors artistiques? Vienne spécialement les tient de Nuremberg, la vdle impériale, qui les lui confia pour les soustraire aux fureurs révolutionnaires, et Paris les garde précieusement, les prêtant seulement h ceux qui se sont crus dignes de les revêtir à leur couronnement. L’un d’eux s’appelle Napoléon, l’autre... Charles X !

Quoi qu’il en soit, les documents ne manquaient pas aux statuaires, et ils s’en sont consciencieusement emparés. La couronnne impériale placée sur la tête de l’Empereur est aussi une reproduction de celle que possède Vienne, et qui suivant la tradition ne serait qu’une copie fidèle faite au quinzième siècle de l’originale. Charlemagne ainsi couronné, la tête haute etlière, s’avance à cheval, appuyant sa droite sur son sceptre. Roland et Olivier marchent près de la haquenée. Ici se place une sorte d’anachronisme, et si les artistes s’en sont arrogé la licence, c’est qu’ils ont tenu à représenter la vie du grand homme dans son ensemble à la fois guerrier et souverain. Roland en effet était mort depuis plusieurs années lorsque Charlemagne se rendit à Rome pour recevoir, du pape Léon III, la couronne impériale. Telle est la statue de cet empereur que l’Alleniagne nous conteste et qu’elle place, comme l’Italie le fait, à la tête de sa propre histoire.

CHARLEMAGNE

En 1804, lorsque Napoléon vint se faire sacrer par le pape à Notre-Dame, la place du Parvis avait, une première fois, par une flatteuse attention de la municipalité reçu la statue de Charlemagne. Cette statue faisait même pendant à celle du héros qui renouvelait les exploits de l’empereur d’Occident et allait ceindre sa couronne. Ces deux noms viennent à la pensée par leurs traits communs : sous Charlemagne pourtant, Paris n’était qu’une des cités du vaste empire dont la France elle-même n’était qu’un démembrement. Ce vaste empire ne survécut pas plus à son auteur que celui de Napoléon. Leur génie seul est resté avec leurs fondations, et pour l’un comme pour l’autre, le poète pourra s’écrier sur leur cercueil :

Qu’il fut heureux celui qui dort dans ce tombeau,

Qu’il fut grand! De son temps, c’était encore plus beau ! O quel destin! — Pourtant cette tombe est la sienne!

Tout est-il donc si peu que ce soit là qu’on vienne?

Quoi donc, avoir été prince, empereur et roi !

Avoir été colosse et tout dépassé ! Quoi!

Vivant, pour piédestal avoir eu l’Allemagne!

Quoi ! pour titre César et pour nom Charlemagne ! — Avoir été plus grand qu’Annibal, qu’Attila,

Aussi grand que le monde !... et que tout tienne là1 !

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