IMPRIMERIE NATIONALE
Il est des grands esprits dont les services rendus à l’humanité sont si éclatants, qu’ils peuvent être revendiqués par toutes les nations sans qu’on tienne compte des frontières ni de l’amour-propre de terroir. On citerait de nombreux exemples, à commencer par les philosophes de l’antiquité qui sont connus et vénérés dans les deux mondes au même titre que les illustrations littéraires et musicales de nos jours. Exaltons et saluons le génie d’où qu’il vienne; transmettons aux générations futures le respect qu’on lui doit.
Christophe Colomb a une renommée tellement universelle qu’on oublie presque qu’il est Portugais, et Gutenberg réunit à ce point sur son nom l’admiratiou de tous, qu’on ne se préoccupe plus de savoir qui il est ni d’où il sort. C’est ce sentiment qui a fait élever à Paris une statue h Gutenberg, dans la cour d’honneur de l’Imprimerie nationale.
Mayence lui avait donné le jour vers 1400, mais une ville chère à nos cœurs, Strasbourg, devait, grâce à des circonstances politiques qui l’avaient obligé à quitter sa cité natale, avoirl'honneur, vers 1436, d’être
GUTENBERG
le théâtre de la glorieuse découverte de l’imprimerie. Peu importe quelle part revient dans cette découverte à des associés commanditaires et à un concurrent hollandais; si les archéologues discutent sur une question de détail, de date ou de nom rival, il est avéré que c’est bien à Gutenberg qu’on doit la découverte de la lettre mobile et métallique, base de la véritable imprimerie des temps modernes, et de la presse . Il est non moins certain que son premier ouvrage imprimé, la Bible, parut en 1456. Voilà le point capital intéressant pour l’histoire.
Mayence, fière de son concitoyen, lui a élevé une statue en 1837 sur une de ses places publiques, et l’étranger de passage ne manque pas de l’admirer : il suffit de dire qu’elle est signée Thorwaldsen. En 1840, la ville de Strasbourg, célébrant les fêtes du quatrième centenaire de Gutenberg, lui érigeait à son tour une statue exécutée par David d’Angers.
A quelque temps de là, M. Martin du Nord, garde des sceaux, ayant trouvé fort belle l’œuvre de David d’Angers, émit l’idée d’en faire monter une reproduction en plâtre dans le vestibule d’entrée de 1 Imprimerie nationale. Très favorablement accueillie par le directeur de l’Imprimerie nationale d’alors, M. Vernoy de Saint-Georges, parent du célèbre librettiste, se faisant d’ailleurs en cela l’interprète dit monde des imprimeurs et des lettrés, l’idée ne reçut son exécution que quelques années plus tard, après
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que les pourparlers et toutes les formalités d’usage eurent été achevés. Dans un rapport au garde des sceaux en date du 29 août 1851, M. Yernoy de Saint- Georges combattit le choix du vestibule comme emplacement, vu les dimensions restreintes du local. Après avoir exposé qu’une reproduction en plâtre se détériorerait à l’air libre, il propose une statue de fonte, et indique comme seul emplacement convenable la cour d’honneur : « Là, dit-il, placée aux yeux de tous , elle sera un public et perpétuel hommage rendu à la mémoire de celui qui, en trouvant le moyen de donner un corps à la pensée pour la multiplier et la propager, a ouvert à l’intelligence des voies immenses1. »
Le ministre se décida. Gutenberg fut coulé en fonte de fer, sous la direction de l’ingénieur mécanicien Calla. Le piédestal et l’ensemble du monument étaient confiés à l’architecte Destailleur. La première pierre en fut posée avec solennité le 25 octobre 1851.
Gutenberg est représenté debout, coiffé d’une sorte de bonnet carré, tel qu’on en voit dans les tableaux d’Holbein. Il est vêtu d’une longue robe pareille à celle d’Erasme le docteur; sa physionomie aux yeux profonds et à longue barbe, comme celle de L’Hôpital, reflète une vaste pensée. On retrouve dans le faire de la statuaire cette vigueur et cette énergie qui caractérisent le talent de David d’Angers. De David égale-