L’Isolement, Méditations
LAMARTINE
physionomie, la distinction ont été parfaitement rendues par le sculpteur : un goût pur a présidé à tous les détails, et rien n’a été laissé au hasard. Or donc, si l’on peut reprocher à l’ensemble du monument une nuance de gracilité, cela tient à la question de proportionnalité entre l’emplacement et le monument : elle n’est pas du fait de l’artiste qui a dû, suivant les lois de l’esthétique, en tenir compte. La place n’ayant pas été faite pour recevoir une statue, Vasselot a dû faire une statue pour la place : de là son module peut-être un peu mince ; c’est grand dommage, car sa beauté nous fait regretter pour elle une ampleur un peu plus accusée qui n’eût contribué qu’à la rendre plus belle encore.
Passy conservera l’image du poète mélancolique aimé des jeunes âmes. C’est là surtout qu’il a connu la mélancolie et les humiliations. Plus d’un de notre génération le voit encore, passer sous les platanes, amaigri, ravalé par le sort à la tâche d’un manœuvre littéraire, portant aux journaux de la copie pour entretenir un reste de vie, se débattant, après les largesses et les générosités sans frein, contre le démon de l’argent. Point commun du grand génie, avec Balzac, avec Dumas, deux prodigues illustres luttant pour la vie sur le déclin de leur carrière ! Les génies de la littérature ont souvent offert l’exemple de contrastes pareils. — Ce souvenir rendait plus palpitant encore le sentiment ému des cœurs.
LAMARTINE
Dans cette cérémonie brillante de l’inauguration, parmi les panégyriques les plus éloquents de Lamartine, il convient de citer la harangue enflammée du maire de Mâcon, et les belles strophes du poète député Clovis Hugues, qui, dans une ode digne de Victor Hugo, à coup sûr inspirée du lyrisme plein de richesse du chef d’école, s’écriait avec un accent de voix dont le geste et l’intonation doublaient l’effet :
Et voici que ton front se lève,
Calme, pensif et glorieux,
Dans la sérénité du rêve,
Devant la majesté des cieux,
Devant les choses éternelles,
Devant le battement des ailes Eparses dans les rameaux verts,
Devant la nature infinie Qui fut l’âme de ton génie,
La musique de tes grands vers !
Nous, les autres fils de la Lyre,
Nous te lirons avec amour,
Tant qu’on verra des flammes luire Au sommet de la grande tour,
Tant que la brise de Sorrente Bercera la gondole errante Sur les vastes flots querelleurs;
Tant que tu charmeras les âmes;
Tant que la terre aura des femmes, Tant que les champs auront des fleurs.
BERRYER