PALAIS DE JUSTICE
Le monument remarquable élevé h la mémoire de Berryer au Palais de Justice ne date que de 1878. On sait que la commune de Paris avait incendié, en 1871, une partie de ce palais et que l'immense salle des Pas- Perdus avait notamment été réduite en cendres. L’année où s’achevait la reconstruction de cette salle, on élaborait le projet de la décorer simplement d’un buste du grand avocat, mais il fut bientôt décidé qu’on érigerait à Berryer un monument digne du souvenir qu’il avait laissé. M. Chapu fut désigné pour l’exécution.
M. Chapu est un de nos meilleurs sculpteurs contemporains. Son monument de Berryer n’est pas de ceux qui lui feraient contester le rang qu’il a conquis. L’ordonnance en est à la fois imposante et simple : Berryer est debout, dans l’attitude qui lui était familière à la tribune, la main posée sur la poitrine, la tête haute, un peu rejetée en arrière, le regard levé vers le ciel. L’habit boutonné serré à la taille, qui fait voir la stature de l’homme, est aux trois quarts couvert j}ar la toge de l’avocat. L’artiste a voulu par là nous indiquer
BERRYER
les deux formes de l'éloquence de son personnage, la forme politique et judiciaire. Aux deux côtés de la statue sont assises deux figures allégoriques formant pendants, l’Eloquence et la Fidélité, destinées, tout en complétant le caractère du héros, adonner du corps à l’ensemble du monument. Chapu, pour ce groupement, s’est inspiré de l’heureuse disposition qu’avait trouvée Bosio de flanquer la statue de Malesherbes de deux signes symboliques !
L’éloquence! qui la pratiqua avec plus de hauteur et d’abondance que Berryer, dont la voix profonde et l’action oratoire marquaient toujours une âme forte et compatissante aux causes nobles, étrangère aux calculs de l’intérêt ou des partis; la fidélité, vertu des cœurs intègres et des convictions solides, qui mieux que lui la connut? N’eut-il pas au suprême degré foi dans la cause de la royauté qu’il servit toujours en dépit des séductions offertes par d’autres à son talent ? Les deux mots gravés sur le socle de son monument résument, avec une concision rare, toute sa vie publique.