‹ Les statues de ParisChapitre 8 sur 51 · Henri Martin, t. VI, p · texte numérisé non relu

Henri Martin, t. VI, p

JEANNE D’ARC

tion entière est menacée d’esclavage. Soudain, du fond de la campagne lorraine apparaît une vierge libératrice, sorte de « Messie féminin)). Poussée par des voix intérieures qui, à mesure que son rôle se dessine, lui indiquent la marche à suivre, Jeanne d’Arc s’arrache au foyer paternel, revêt une armure et se rend à Vaucouleurs auprès du gouverneur qu’elle parvient à convaincre par ses paroles inspirées ; de là gagne la Loire et Gien où se trouve Charles Vil et sa cour. Malgré les intrigues et la malveillance de certains grands seigneurs, aidée par le cri populaire et son don de divination qui lui fait reconnaître le roi, Jeanne vainc toutes les résistances et prend rang parmi les chefs de l’armée.

On sait tout ce qu’elle fît devant Orléans, et ce que valut à la France le prestige attaché aux armes de cette jeune paysanne. A la tête des Français dans l’assaut des remparts de la ville, atteinte profondément à la poitrine, elle arrache elle-même le trait dé sa blessure, tandis que sa bannière reste plantée sur le bastion. Un instant les Anglais sont sur le point de s’en emparer : elle s’élance alors sur son cheval et galope vers le boulevard. A sa voix l’Anglais frissonne, les Français redoublent d’audace , les Orléanais à l’intérieur reprennent courage et jettent des solives sur le pont. Jeanne alors se précipite avec sa troupe, Orléans est délivrée.

L’alliance de Richemont, duc de Bretagne, et la

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valeur des Lahire et des Dunois contribuèrent également à relever la gloire des armes françaises.

Reprenant le cours de ses succès, Jeanne est victorieuse à Patay et conduit le roi à Reims, où elle le fait sacrer. Son dernier vœu était de lui rendre Paris.

Malheureusement la population de Paris était entretenue par toutes sortes de moyens dans l’esprit de soumission au roi d’Angleterre; on s’efforcait d’épouvanter le peuple sur ce qu’il avait à attendre du retour des Armagnacs ; on représentait le roi comme un tyran altéré de vengeance, et la Pucelle comme un démon « en forme de femme ». On ajoutait que le roi voulait, après la prise de la ville s’il y réussissait, la détruire et faire passer la charrue sur son sol.

Jeanne vainquit enfin les lenteurs de Charles YIÏ, qui ne se décidait pas à venir en personne animer le courage de ses troupes. Tandis qu’il s’acheminait vers Saint-Denis, elle-même et l’armée attaquaient la ville du côté de la porte Saint-Honoré. C’est cet endroit précis que la ville de Paris a choisi pour placer la statue équestre de l’héroïne, dans l’attitude du guerrier au milieu de Faction. Les remparts de Pans en effet à cette époque et de ce côté s’arrêtaient à la place des Pyramides.

On donna l’assaut. Un gentilhomme dauphinois, Saint-Vallier, mit le feu à la barrière et au boulevard de la porte Saint-Honoré. Jeanne prit son étendard, s’élança dans la mêlée et y « gagna l’épée » d’un

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homme charmes ennemi. Le boulevard fut emporté d’emblée. Jeanne passa le premier lossé de la place qui était à sec, escalada le « dos d’âne » qui le séparait du second fossé, et somma les assiégés de se rendre. Comme à Orléans on ne lui répondit que des injures. — Alors elle vint sonder le fossé et ne cessa d’exhorter les soldats de ne pas quitter l’entreprise et cl’aller quérir partout du bois et des bourrées pour le combler. Elle comptait sur les bons Français de l’intérieur de la ville, dont les tentations de soulèvement furent vaines, et sur la présence aux remparts du roi qui en demeura éloigné. Bientôt blessée à la cuisse par un trait d’arbalète elle s’affaissa. Sa mise hors de combat affaiblit le courage des assaillants, et comme la nuit approchait, aucun des espoirs de Jeanne ne se réalisant, on dut se retirer.

C’était aux Parisiens qu’était réservé l’honneur de chasser plus tard l’étranger de leur ville. Après que Jeanne, faite prisonnière à Compiègne, eut été jugée, condamnée et brûlée vive à Rouen par les Anglais, en 1436, les Parisiens tombèrent à l’improviste sur l’ennemi qui dut fuir définitivement. La rentrée triomphante de Charles dans sa capitale répara les désastres cl’Azincourt. Quant au supplice de sa jeune libératrice, il imprima aux armes anglaises une de ces taches que les victoires n’effacent pas.

La ville de Paris, intimement liée à l’histoire de l’héroïne nationale, lui devait une statue. - — Si Paris

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ne fut pas délivré par la Pucelle, c’est moins à sa valeur qu’au manque des circonstances favorables destinées à la seconder, que l’entreprise échoua. La bravoure de Jeanne avait été de la partie.

Pour rappeler ce noble fait de sa vie, un comité se formaen 1874, à Paris même, pour élever le monument. L’exécution en lut confiée au statuaire Frémiet. On fut vite d’accord sur l’emplacement; comme nous le disions plus haut, c’est à l’endroit même où Jeanne montait à l’assaut des remparts, qu’est située la place actuelle des Pyramides.

Comprise dans le plan de la rue de Rivoli, cette place fut tracée à l’endroit où se trouvaient les anciennes écuries du roi, et son exécution ne fut achevée que que dans les premières années de la Restauration. Son nom lui vient de la célèbre bataille de 1798 gagnée dans la plaine de Ghizeh, devant les Pyramides, par l’armée française sur les Mameloucks alors maîtres de 1 Égypte.

L’auteur du monument a certes bien compris les dimensions adonner à son œuvre, sur une place d’une étendue peu importante; mais je ne sais si sa Jeanne d’Arc ne pèche pas un peu par la maigreur. Frêle, et d’une apparence d’enfant dont la croissance n’est pas achevée, montée sur un cheval sans doute véridique selon l’histoire, mais en art d’un modelé et d’une corpulence trop campagnarde, contrastant avec son cavalier, cette Jeanne d’Arc est à coup sûr une habile res-

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titution de la réalité, mais manque d’ampleur. Une telle recherche de la vérité savante a peut-être nui à la grandeur de la conception. Par surcroît, le piédestal est d’un modèle assez bas et mesquin, et 11e contribue guère à relever l’effet général. Cette œuvre fait néanmoins grand honneur à l’artiste, car il nous a intéressé dans sa reconstitution à l’épisode essentiellement patriotique du siège de Paris de 1429.

BERNARD PALISSY

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