‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 109 sur 212 · S. Reinach, Réperl. stat., IP, p · texte numérisé non relu

S. Reinach, Réperl. stat., IP, p

2. Calai, dcl Masco di scultura antica. Fondazione Barracco, n° 120. J’exprime ici tous mes remerciements au fondateur de ce musée, M. le sénateur Giovanni Barracco, qui a bien voulu, avec une parfaite obligeance, me communiquer une photographie de cette statue.

LE IV” SIÈCLE. — LES IMAGES DES DÉFUNTS

simplement dégrossies, comme si le sculpteur avait laissé au pemlre le soin de terminer le travail. L’attitude rappelle d’assez près celle de la morte dans la stèle mentionnée [tins haut. Le buste est redressé; le bras gauche retombe sur les genoux dans une pose pleine de naturel et d’abandon, tandis (pie la main droite est ramenée vers la poitrine. L analogie que nous signalions avec la Figure de la stèle se poursuit dans le costume : c’est le même ehiton à manches courtes et étroites, formant à la partie inférieure des plis droits et profonds. L himation, dont une extrémité retombe derrière I épaule gauche, enveloppe tout le coté droit, revient entourer le buste, et couvre de beaux plis amples la partie inférieure du corps. Si 1 on hésitait à reconnaître ici une statue funéraire, les doutes se-

Fig. io4. — Femme assise. Fragment d’une stèle funéraire (Athènes, nécropole du Céramique).

raient Levés, grâce à un dt

significatif. Nous retrouvons en etfel dans les stèles attiqu.es du iv' siècle celle pose du bras enveloppé dans le manteau et ramené vers le cou : c’est comme le geste de deuil par lequel les sculpteurs traduisent, dans I effigie de la délunle. l’idée de la méditation douloureuse1. Vinsi, nous sommes conduits à placer au n1 siècle I exécution de la statue Barracco. Remarquons cependant qu à bien des égards, elle se rattache encore à une tradition plus ancienne. L’attitude a une gravité tranquille et le style

i. X oir par exemple un fragment de stèle. Conze, Alt. Grabreliefs, n°

97, pi. XXXVIII.

Fig. io5. — Statue do femme assise. II. im,

:!0 (Rome, Musée Barracco).

LE IV- SIECLE. — LES IMAGES DES DEFUNTS

large et simple de la draperie ne trahit aucune recherche de virtuosité. L artiste semble s’être souvenu des enseignements donnés par les modèles attiques postérieurs aux sculptures du Partliénon . et c’est une date voisine de l’année 38o que nous assignerions volontiers à son œuvre.

Il faut descendre plus bas, vers la tin du iv' siècle, ou même plus tard, pour rencontrer des statues féminines dérivées du même type. L une d’elles provient de la nécropole de Chalcis 1 (fig. 106). La morte s’accoudait du bras gauche sur le dossier d’un fauteuil en forme de klismos ; la corbeille à lame placée sous le siège suffît à caractériser nettement la figure comme celle de la femme inhumée dans le tombeau. La pose du torse, un peu rejeté en arrière, trahit la recherche d’un mouvement aisé et un peu abandonné. A vrai dire, c’est comme une variante d un type créé au ve siècle, celui dont les statues du Musée Torloma et de Florence nous ont conservé des répliques.

Même mouvement dans une statue plus récente encore, conservée au Musée d Athènes, et trouvée dans l ile de

MG. 106. — Statue de femme assise provenant de la nécropole de Chalcis (.Musée de Chalcis).

Rhénée" (fig. 107). La statue, inachevée, est restée à létal débauche. Une femme, aux formes pleines, et un peu lourdes, vêtue d un cluton de line étoffe transparente et d un himation, est assise sur un siège à peine dégrossi qui a

t. Photographie de l’Institut allemand d’Athènes. Chalkis, i. La statue osl indiquée comme se trouvant à la Démarchie. Mon. Piot. IV, 1898, p. 226, fig. 1. S. Reinach, Riper! . stal.. II. p. 687. \.

2. Cavvadias, Catal., n° 38o, et hibliogr. citée. Milchhoefer, Athcn. Mitlheil.. IA , 1879, p. f>6, note 1, n° .’>. Lepsius, Griech. Marmorsl ... )ia.

■ 7* LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE

i aspect (I un rocher. Le bras droit était porté en avant, le gauche plié au coude. Ou retrouve aisément ici 1 attitude de la statue de Chalcis, mais déjà mo-

Phot. Alinarî.

Fig. 107. — Statue tic femme assise, trouvée dans l’ile de Rhénée (Musée national d’Athènes).

difiée par le goût hellénistique, car la statue de Rhénée n’est pas antérieure au uT siècle. Au reste, l’attribution Itinéraire de cette sculpture n est qu une hypothèse, justifiée seulement par des analogies pour le type et par l’expression

LE IVe SIÈCLE. — LES IMAGES DES DEFUNTS

lâches de enveloppe

pensive du visage. Il esl possible que la statue ne représente pas proprement la morte, mais ait été exécutée pour figurer sur un tombeau comme une image de deuil.

Une des plus belles créations de 1 art grec, au iv' siècle, est l’admirable statue de Déméter. trouvée à Guide, et rapportée par G. T. Newton au Britisb Muséum !. Elle esl bien connue, et nous n avons pas à décrire longuement ce pur chef-d œuvre de la plastique hellénique, cette noble ligure de la déesse assise, drapée dans les plis I lnmation qui comme un voile de deuil, immobile, le buste un peu affaissé, la tête droite, les yeux noyés sous 1 ombre des paupières, comme si sa pensée restait obstinément fixée sur le souvenir de sa fille disparue; vivante image de la douleur maternelle, dont le temps a pu amortir I àprelé, sans effacer la tristesse qui donne à la phvsionomie une poignante expression de marbre de Londres esl sans doute I œuvre d un des maîtres a 1 1 k pies qui ont suivi en \ sic Mineure Scopas et ses collaborateurs appelés à I lalicarnasse pour les travaux du Mausolée. On a proposé d en faire honneur à un disciple de Praxitèle" : mais I auteur semble n ôtre pas resté étranger aux enseignements de Scopas. Si le heu de la découverte ne fournissait un argument décisif pour identifier

t ic., to8.

Phot. Mansell

Tête île la statue do Déméter trouvée à Cnido (Londres, British Muséum).

songeuse <*l résignée. Le

i. A. -H. Smith, Catalogue o f (Jreeh Sculpt., IL n" i. Moin, Praxitcles, p. 368-87 i.

1 3oo, pl. XX I\ .

i8o LES STATUES FUNERAIRES DU Ve ET DU IV\ SIÈCLE

comme une Déméter la statue Je CniJe, on pourrait songer à une statue Je tombeau, tant l’artiste a mis Je mélancolie concentrée et pénétrante Jans ce beau visage dont le regard semble poursuivre une chère vision Je tendresse

(fig. 108). C’est bien la mère douloureuse, absorbée Jans le regret de sa fille ravie par Hadès.

La sculpture funéraire a certainement connu un type très voisin de celui de cette figure de femme assise, immobile, drapée dans l’ himation qui recouvre la tête comme un voile de deuil.

•Une tête de femme provenant d’Érétrie, et détachée d’une stèle en haut relief, trahit un apparent âge évident avec la Déméter de Cnide1 (fig. loq). C’est une pure œuvre attaque du IVe siècle. Nous sommes donc en droit de restituer à une statue tombale une autre tête du Musée de Berlin, provenant d’Andros2. Exécutée au ni* siècle, sinon plus tard encore, et d’ailleurs assez mal conservée, elle n’ffore qu’une analogie lointaine avec la tête de la statue de Londres. On y retrouve cependant le détail caractéristique du pli formé par le voile au-dessus de la raie de la chevelure, qui vient briser heureusement la ligne dessinée par le bord

Fig. 109. — Tête féminine en liant relief, provenant d’un lombeau d’Érétrie. II. om,o7 (Musée de Berlin).

1. Musée de Berlin. lieschreibung , n° ^43. Furtwaengler, Coll. Sabouroff', pi. XII, XIII, XIV.

2. Musée fie Berlin, lieschreibung . n° ^52. Coll. Sabouroff. pl. XL.

LE IVe SIÈCLE. — LES IMAGES DES DEFUNTS 181

de l’étoffe. Même détail dans une tête du Louvre, découverte en Asie Mineure, àTralles1 (fig. i io et no bis). Comme celle de la statue de Guide, elle s’adaptait à un corps travaillé à part, el sans doute exécuté dans un marbre différent. Assurément, la tête de Tralles, œuvre d’un praticien du nC siècle, est d’une

Fig. iio et iio bis. — Tête de femme voilée provenant de Tralles. H. on>,37 (Musée du Louvre).

facture hâtive et peu poussée. Elle s éclaire cependant d un reflet du grand style atti<|ue et doit au modèle dont le sculpteur s est inspiré son caractère de gravité, que rehausse I agencement du voile posé sur les bandeaux de la chevelure.

Telle est. au iv' siècle, la supériorité des ateliers d Athènes, que les types funéraires créés par eux s’imposent à 1 imitation dans tout le monde grec. Ils pénètrent à Chypre, portés par ce même courant qui introduit dans la grande île

J’ai publié cette tète dans les Mélanges Perrot, p. 54-58, pl. I.

LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE

tant de modèles aHiques copiés par les coroplastes de Kitlion et d Idalion. L’image de la femme voilée et assise, telle que nous venons de la décrire, y est en faveur pour la décoration des tombeaux ; mais ces statues, les sculpteurs chypriotes les exécutent dans la matière qui leur est le plus familière, c’est-à-dire en pierre calcaire. Leurs œuvres n ont d ailleurs qu’une faible valeur d’art et ne nous retiendront pas longtemps. O11 connaît un certain nombre de têtes féminines en calcaire étroitement apparentées à celles d’Andros et de Tralles ; même forme de coiffure; même pli du voile au-dessus du front. Une tête du Louvre, qu’on peut dater du iv1 * * 4 ou du ni' siècle, répond à ce signalement U D’autres appartiennent à la collection de Clercq. L une d elles, provenant d Idalion. est remarquable par 1 expression pathétique du visage ; la tête un peu rejetée en arrière, la bouche entr ouverte, le regard dirigé vers le haut évoquent comme un lointain souvenir de la statue de Niobé et permettent de croire que le sculpteur s’est inspiré d un modèle relevant plus ou moins directement de la tradition de Scopas \ Il est fort probable que la plupart de ces têtes appartenaient à des statues assises . Dans une statuette de calcaire de la collection de Clercq . montrant une femme assise et voilée, la tête est semblable à celles que nous venons de mentionner '.

La Grèce du Nord nous fournit encore un exemple de la popularité qui s’attache au type voilé. C est une tête de femme en marbre de Paros. appartenant au Musée du Louvre, que M. Hcuzey a rapportée d Y poil oui c d’Epire (lig. 1 1 1). Elle s’encastrait dans un corps travaillé à part ; les sections à surface lisse qu’on observe à la partie supérieure et sur le côté gauche indiquent I emploi de ces pièces de rapport dont les sculpteurs grecs faisaient un si fréquent usage .

1 . Louvre, S. 34o. Ancien fonds. La tète provient, suivant toute vraisemblance, des envois de la mission de \ ogiié ou de la mission Roy.

2. De Ridder, Collection de Clercq, t. A. Les antiquités chypriotes, pi. XVII, p. m, n° ioi. Cf. pi. XVIII, p. iii, n° 100.

3. Il y a cependant des têtes analogues appartenant à des statues debout. De Ridder, ouvr. cité, pl. A, p. 61, n 0 48.

4 De Ridder, ouvr. cité, pl. VII, p. Go, n° 17. Cf. Ohnefalsch-Richter, Kypros, pl. CLXXXVII, i-i4, j>. 475-6. Statuettes de terre cuite provenant de la nécropole de Marion- Arsinoé.

5. Heuzey, Mission <le Macédoine , p. 3 1 5 , pl. 3a, et Monuments grecs de l’Association des Etudes grecques, 1873-1874, p- 5 et pl. 1. S. Reinach, Têtes antiques, p. io4, pl. 1.34, et la bibliographie citée.

6. Je ne crois pas que la tête provienne d’un liant relief, comme le pensent Furtwaengler ( Athen . Mittheil., VIII, i883, p. 196, et, Coll. Sahouroff, Introd. . p. 12) et Wolters (Gipsabgiisse, n° 1279). La section du côté gauche n’indique nullement que la tête fût appliquée sur un fond. Pour les exemples de pièces de rapport, voir Héron de A illefosse, Mon. Piot, L p. 72, et notre article dans le Recueil de Mémoires pour le centenaire de la Société des Antiquaires île France, p. 81-86.

LE IVe SIÈCLE. — LES IMAGES DES DEFUNTS

L'exécution n’est pas exempte de sécheresse, et la chevelure est trailée j régulières, qui rappellent la méthode des sculpteurs archaïques Il esl cependant certain cpie 1 artiste épirote a

co|)ié un modèle attiquc du ivc siècle, et la sévérité des traits, leur raideur pourrait-on dire, est due à I inexpérience du praticien, qui travaillait probablement au in' siècle. D après une interprétation qui a trouvé faveur, la tète serait celle d une l)éméter \ Mais nous connaissons assez de statues funéraires voilées, traitées suivant un type très voisin de celui de la Déméter assise, pour admettre que la statue d Apollome se dressait sur un tombeau. Elle représentai! sans doute la morte assise, la tète un peu inclinée, dansuneattitude de deuil dont nous allons trouver d’autres exemples plus décisifs.

PllOt. G il

Fig. iii. — Tète de femme voilée provenant d’Apollonic (Musée du Louvre).

1. L.-R. Farnell rapproche de la tôle d’Àpollonie une tète de Déméter du musée de Copenhague dont les cheveux sont traités delà même manière. Journal of Hellen. Studies, IX, 1888, p. 3i.

Page 1