‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 121 sur 212 · Studniczka, Rev. arcli., 1905, II, p · texte numérisé non relu

Studniczka, Rev. arcli., 1905, II, p

intime et recueilli, comme il convient aux compagnes qui oui charmé la vie du roi définit, et que 1 artiste, en vrai Grec, a idéalisées en les haussant jusqu à la dignité de vérila blés M uses de la mort. Remarquons-le cependant : elles restent subordonnées à la décoration architecturale; elles entourent le tombeau ; elles le gardent. En ce sens, le sculpteur a encore respecté la tradition grecque, qui assigne aux pleureuses une place de second plan.

C est en effet une habitude courante. chez les sculpteurs attiques, de réserver, dans les grands tableaux de famille, les mamiestations apjiarentes de la douleur jiour les ligures secondaires. \ côté de la morte et de ses parents, on voit fréquemment une femme de condition servile dans 1 attitude consacrée du deuil, la tète appuyée sur une main'. Elle est reconnaissable à son costume, au clnton à manches qui la distingue des femmes de naissance libre, et souvent à la coillequi enserre sa chevelure. L ne stèle du Musée d Athènes à laquelle nous emjirunlons le détail d une tète, nous conserve un exemple très caractéristique du tvjie servile "

(fig. in 3).

Fig. i33. — Tète d’esclave. Détail d’une stèle attique (M usée national d’ Athènes).

I el est le tvpe que I art al t iq ne du 1 ve siècle prête aux s ta tues de jileu reuses . (1 race aux rapjirocbements (jue suggèrent les stèles, on est londé à reconnaître une esclave pleureuse dans la statue de lillette conservée à la Résidence rovale de Munich . Elle est vêtue il un clnton qui laisse I épaule gauche à découvert. Ses cheveux coupés courts encadrent un visage dont le I \ j >0 n est point purement grec, comme si la jeune esclave était quelque étrangère achetée par ses

1. Corne, AU. Grnbrelirfo, n° aKfl, pl. IA\'I; n° 3o'i, pl. LXXII ; n" 3a~. pl. I.WW . a. Ail. Grabreliefx, n° aqo, pl T . \ X III

■ >• Arndl-Bruckmann, Drnlcnwrler. pl. V . > \ tau milieu). Arndt-Amolune, Emzcbnt fnahin.cn, n" qo8-QT'i.

LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE

maîtres. Elle est debout dans 1 attitude que nous avons déjà souvent décrite, la tête appuyée sur une main. L’exécution permet de placer la statue au IVe siècle.

Nous retrouvons des traits analogues dans les deux statues d’esclaves pleureuses du Musée de Berlin, découvertes en Attique, à Ménidi, sur remplacement de 1 ancien dème d’Acl lai nes1. Comme les statues de Scvthes du Dipylon. on les restitue sans peine sur la terrasse d un grand tombeau dont elles décoraient les abords. Les deux figures sont en effet symétriques. Celle qui devait se trouver à droite est assise sur une pierre à peine dégrossie, les jambes croisées, la main gauche tombant merle dans le giron, la droite soutenant la tête (fîg. i 3/|). Le costume suffirait seid à dénoncer une personne de condition servile: tunique à longues manches d étoffe éjiaisse et grossière, serrée à la taille par une ceinture, et maintenue sur le buste par un cordon qui passe sous les aisselles : himation de lame, drapant le bas du corps. L’esclave ne porte jias la coiffe habituelle : ses cheveux sont coupés courts eu signe de deuil. Et c est bien une affliction réelle qui se lit sur son visage dont les traits un peu vulgaires et lourds semblent trahir une origine étrangère. La même description s’ajqdique à I autre figure, réserve laite de la pose qui est renversée (fîg. i35). Assurément les deux statues de Ménidi ne sont pas des œuvres poussées ; elles sont exécutées largement, à I effet pour ainsi dire, comme la majeure partie des sculptures de tombeaux. Elles ne nous en off rent pas moins d intéressants spécimens de 1 art funéraire en Attique vers le milieu du ive siècle.

La courte série des jileu reuses se complète avec une statue du Musée d Athènes, trouvée dans cette ville, rue du Stade, jirès de remplacement d un tombeau 2 (fîg. i3b). A jjeu de chose jirès, l’attitude est celle îles statues précédentes, si ce n est que la figure est assise sur un siège plus bas. Même pose îles bras, dont le droit soutenait la tête; même détail du cordon maintenant la tunique qui. ici, est dépourvue de manches. C’est donc bien une esclave pleureuse, et non jias la morte, comme on avait pu le croire à raison d une exécution plus soignée que celle des statues de Berlin.

En réalité, dans les types que nous venons de décrire, 1 art attique du

1. Beschr. der ant. Skulpturen :u Berlin. nos 498-498. Furhvaengler, Collection SabouroJJ. pl. XV-XVI. Arndt- Bruckmann, Denkmaeler, pl. 534 • Cf- notre Ilist. de la sculpture ijrcccjue. JI, p. 281.

2. Koehler, Alhen. Mittheil. , X, i885,p. 4o4, 3. Cavvadias, Catal., n° 825. Arndt-Amelung, Einzelaufnahmcn, 621. S. Reinach, Répe.rl slat., Il2, p. 687, n° 3.

ne siècle n a pas beaucoup innové. Il n a guère lait que reprendre une conception déjà ancienne, celle de la femme dans I attitude du deuil, et il s’est borné à caractériser par des détails de costume la condition servile des pleureuses, faut bien le reconnaître, notre art français de la lin du moyen iWe a

trouvé d autres accents, singulièrement plus émouvants, pour traiter les tragiques et mystérieuses ligures de « pleurants ». Qu on se rappelle les personnages encapuchonnés du tombeau de Philippe Pot qui portent la dalle de pierre où repose le mort. « Ces grandes figures voilées de noir, écrit M. E mile Mâle, épouvantent comme des apparitions nocturnes. Assurément, elles ne sont pas de ce monde: envoyées par la mort . elles se montrent un instant, mais elles vont s évanouir bientôt, rentrer dans le

Fig. r34- — Pleureuse. Statue en marbre provenant <le Ménidi (Musée <le Berlin.)

p a v s des ombres 1 » . bail grec n a pas eu

de ces visions funèbres. Pour traduire I idée du deuil, il lui a sulli de créer ces douces et mélancoliques figures qui veillent sur le tombeau avec une

i. Emile Mâle, L'art reliijieux de lu fin du Moyen-Arjc en France, p l\ 54-

LES STATUES FUNÉRAIRES DU V* ET DU IV' SIECLE

tendre sollicitude, et dont les "estes mesurés

Fig. i35. — Pleureuse. Statue en marbre provenant de Ménidi (Musée de BerlinJ.

ii expriment que le regret et ! affliction ' .

Devons-nous donner créance à certains lexles de lexicographes pour réserver une place, dans la statuaire des tombeaux, à des figures qui représenteraient des loutrophores , c’est-à-dire des femmes portant dans un vase l’eau du bain du morl ? La question a été fort controversée. On sait qu’il était d’usage à Athènes de placer sur la tombe des jeunes gens morl s avant le mariage des vases appelés loutrophores1 2. C’étaient de grandes amphores en terre cuite peinte, toutes semblables à celles qui figuraient dans les cérémonies du mariage, et qui contenaient l’eau du bain nuptial. Elles étaient apportées solennellement aux fiancés la veille du mariage, dans la cérémonie de la loutrophorie. Par une pensée touchante. on déposait sur la tombe des jeunes gens qui n avaient pas connu le mariage des vases analogues ; mais

1. Peut-être, avec le temps, Part a-t-il élevé ce type à la dignité d’une allégorie. Une épigramme de l 'Anthologie, attribuée au Samien Asklépiadés, qui vivait au temps de Ptolémée 1, décrit une statue de femme allligée, érigée sur le tombeau d’Ajax ( Anth . palal. , Vll-i45. Weisshaupl, Grabr/edichle , p. 92). Elle représentait Arété, la figure allégorique du Courage. La description répond-elle à une statue réelle ? Vous l’ignorons. Mais dans ce cas elle ne serait pas antérieure à l’époque hellénistique.

2. Voir notre article Loutrophoros . Saglio-Pottier, Dict. des Antiquités qr. et romaines.

ceux-là étaient ornés de peintures représentant des scènes de funérailles. Au ivc siècle, les loutrophores funéraires en terre cuite disparaissent, et font place

Fig. i.36. — Pleureuse. Statue trouvée à Athènes (Musée national d’Athènes).

à des vases en marlire, plus durables, caractérisés par leur forme élégante et élancée.

La loutropliore était donc un véritable monument funéraire, le nr^j.y. du tombeau. Pourtant certains lexicographes expliquent ce mol autrement . Il dé-

r. Harpocration. Photios, Suidas, sv. Xeuxoesdoo;. Bekker, Anecdoln, I. p. •>. 76. Pour la critique de ces textes, voir Herzog, Arch. Zritung, 1882, p. i38. ( if. Wollers, Athcn. Milthrll. , XVI, 1891, p. 386 et suiv., et notre article des Monuments Piot, i, i8q4, p. 4g et suivantes.

LES STATUES FUNÉRAIRES 1)1 Ve ET DU IVe SIÈCLE

signerait une slatue de jeune iille ou de jeune garçon portant la loutrophore, et les statues de ce genre auraient décoré la tombe des jeunes gens non mariés. Faut-il ajouter loi à cette interprétation Nous ne croyons pas que 1 absence de témoignages décisifs, dus à la découverte de statues conformes à ce type, autorise à la repousser. Les coroplastes de Tanagra ont représenté des femmes voilées, tenant sur I épaule une amphore, qui répondent assez bien au signalement donné par les écrivains grecs. Il reste possible que des sculpteurs aient exécuté des statues tombales analogues'. Mais jusqu ici, aucun monument de la statuaire funéraire n’est venu confirmer celte hypothèse.

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