‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 123 sur 212 · Musée national d’Athènes. Cavvadias, Cotai., n · texte numérisé non relu

Musée national d’Athènes. Cavvadias, Cotai., n

caractère archaïque, comme s’il se bornait à retenir les éléments principaux d une figure conservée par tradition, mais reléguée à un rang secondaire.

Tout autre csl la fortune de la Sirène. Au v' et au ive siècle, elle jouit, dans la sculpture funéraire altique, d une vogue singulière. Mais c’esi surtout parce qu elle offre à l’art un symbole de deuil à la fois expressif ef poétique. Quelle que soit d ailleurs la prédilection axec laquelle les marbriers du Céramique se plaisent à la reproduire, ils la subordonnent aussi à l’effigie du défunt. A vrai dire, né des croyances primitives dont nous avons plus haut esquissé I histoire, ce type ne répond plus, dans sa conception première, aux idées qui ont cours au ive siècle. Jadis, la Sirène représentait l ame du mort, sous la forme d’un oiseau à tête humaine. Placée dans la tombe, son image modelée en terre cuite était à la lois le soutien de I àme du défunt, et 1 apolropaioii destiné à protéger la sépulture contre les âmes errantes, sortes de vampires par qui l’on croyait les nécropoles hantées. Dans le cycle de la poésie épique, notamment dans l’épisode d’Ulvsse et des Sirènes, celles-ci sont des démons infernaux, à tète de femme, à corps d oiseau : elles se tiennent près des portes de l’Hadès pour attirer les vi\auts par la séduction de leur voix1 *. Un fragment des Phéaciens de Sophocle les désigne encore comme les filles de Pborkys « qui modulent le chant d’Hadès », le chant qui fait oublier aux hommes les choses de la terre, et les entraîne vers le monde souterrain \

Dès le V siècle, leur caractère se transforme, sans doute sous 1 influence de la poésie dramatique. Dans I Hélène d’Euripide, les Sirènes apparaissent déjà comme des êtres bienveillants, sachant compatir aux douleurs des hommes. Hélène les invoque en ces termes : « Jeunes filles ailées, vierges filles de la Terre, Sirènes, que n’accourez-vous à mes plaintes avec la llùte libyenne et la s\ rinx, afin que vos larmes répondent à mes maux, vos douleurs à mes douleurs, vos chants à mes chants, et que votre voix plaintive fasse écho à mes lamentations 3 ». On s'explique ainsi pourquoi leur image prend si fréquemment place sur le tombeau. Elles sont les amies de l’âme du mort, qu elles guident vers III ailés . en lui faisant oublier parleurs chants les joies de la vie désormais perdues, ou bien encore elles s associent à la douleur des survi-

i. Weicker, Der Seelenvogel, p. 37 et suiv. Bulle, Slrena Helbigiana, p. 34 et suivantes.

1. Sophocl. Frar/m. 2f)4, éd. Didot. ©pooùvTS tou; "ASou vouou;.

Page 1