Rev. areh., J, igo3, p. 1-2, pl. II (Collignon
3. Voir notre art. cité, Rev. arch., I, igo3, p. 3 et. suiv., pl. I et II b. Cf. Deonna, Les statues de terre cuite en Grece. p. 70, n° 25.
Fig. ig5. — Buste de femme en marbre provenant de Smyrne (Bruxelles, M usée du Cinquantenaire).
LES STATUES ET LES BUSTES FUNÉRAIRES 3o<»
le seul exemple < jne I on puisse citer de l’emploi de la terre cuite dans la plastique funéraire : il était d usage courant en Sicile et en Italie 1 .
11 est impossible de ne pas reconnaître au premier coup d’œil le caractère
Fig. U)6. — Buste de femme en terre cuite, provenant de Smvrne (Bruxelles, Musée du Cinquantenaire).
tout à fait individuel du type du visage qu'accusent le front haut et droit, le nez lut et un peu saillant, la bouche distante du nez, avec la lèvre inférieure légèrement en retrait. A v regarder de près, on est conduit à penser que ce réalisme n’est pas dù seulement à I habileté de 1 artiste. La bouche aux coins
i. Les exemples ne sont pas fréquents en Grèce. Une tète de jeune homme en terre cuite, trouvée à Poros (Coll. Sabouroff, I, pi. XLI) est peut-être funéraire (Deonna, Les statues fie terre cuite en Grèce, p. 6d, n° 17). Les bustes funéraires en terre cuite sont au contraire fréquents en Sicile (Deonna, Les sial . de terre cuite dans Vantiquité , Sicile, Grande-Grece , Étrurie et Rome. p. 02-60). Nous rappellerons aussi les statues funéraires de Canosa (Deonna, ouvr. cite, p. 74, 77)* O11 peut considérer comme provenant d une statut* tombale la belle le le de jeune homme conservée à 1 Ashmolean Muséum d Oxford. <jui a etc trouvée a Home sur 1 Lsqudm (Deonna, p. 187).
3io L’ÉPOQUE HELLÉNISTIQUE ET GRÉCO-ROMAINE
tirés el affaissés parait morte ; les lèvres sont déprimées, le nez pincé, ainsi qu’il arrive dans un visage d’où la vie s’est retirée; d’autre part, les yeux trahissent une exécution tout à l'ait superficielle, contrastant avec celle des autres traits.. En publiant ce buste, j’ai émis l’idée qu il a été exécuté à 1 aide d’un moulage pris après la mort, et que le sculpteur a simplement retouché l’épreuve en terre sortie du moule afin d ouvrir les yeux, et de rendre au visage I apparence de la vie. Je ne crois pas que ces conclusions aient été contestées. S d en esl ainsi, le buste de Bruxelles ofïre un vil’ intérêt au point de vue de l’histoire du portrait funéraire en Grèce.
L usage de mouler le visage des morts pour en prendre le masque était pratiqué dans l’antiquité, en Étrurie et à Rome1. Il est à peine besoin de rappeler les Imagines romaines, les expressi cera vultus qui étaient des masques de cire obtenus a l’aide d’un moule en plâtre pris sur nature2. Ces procédés étaient aussi mis en pratique pour I exécution des « casques à visage », vrais masques funéraires en métal, placés sur le visage des morts pendant les funérailles et dans le tombeau, pour conserver leurs traits dans leur intégrité '. Maisle buste de Bruxelles n a rien de commun avec les imagines romaines et les « casques à visage ». Véritable œuvre de plastique, analogue de Ions points, pour la destination, aux demi-statues de marbre érigées sur les tombeaux, c'est un portrait, dont l’objet esl de rendre vivante I image de la morte. C est le monument (avfj u. a) d’un tombeau ; il ne fait point partie du mobilier funéraire. A ce titre il relève proprement de la statuaire tombale.
11 faut donc se souvenir ici du passage où Pline mentionne une invention due <à Lysislratos, le frère du maître sicyomen Lvsippe. « Le premier qui fit un portrait d’homme avec du plâtre moulé sur le visage même, et qui redressa cette première image à laide de cire coulée dans le plâtre, fut Lysistratos de Sieyone, Irère de Lvsippe, dont nous avons parlé. Ce fui lui aussi qui s appliqua à rendre la ressemblance ; avant lui, ou ne s étudiait qu à faire les plus belles têtes possible 4 ». Sans doute, Pline fait allusion à un moulage [iris sur le
i. Voir Deonna, Les statues de terre cuite dans V antiquité, p. 217.
■>,. Pline, Nat. Hist. . WW, 2, 3. Voir Dict. des antiquités, art. f mw fines (Courbaud).
3. Ces monuments ont fait l’objet, d’une monographie de Benndorf, Antikc Gesiclitshelme und Sepulcralmaskcn, Vienne, 1878. Cf. Hübner, Zu antikc Tadtenmasken, Jahrbücher des Ve reins von Alterthumsfreunden ira Rheinlande. t. LA VI (1871)), p. 20-43.
4. Pline Nat. Hist., WW, r 5 3 . Traduction Littré, IL, p. 487. Pour le commentaire du texte de Pline, voir S. Reinach, Rev. arch., i<|02, II, p. 5-2 1 . E. Sellers, The elder Pliny’s Chapters on the Hist. of the Art, p. 176.
LES STATUES ET LES BUSTES FUNERAIRES
modèle vivant, et non sur le cadavre. Mais il est difficile de ne pas établir un rapport immédiat entre le procédé imaginé par Lvsistraios et celui dont a usé le modeleur du buste smvrmote. Qu’on le remarque bien, en ell'et ; I innovation de l’artiste sicyomen trouve une application directe dans l’art du portrait, ce qui est le cas ici. Elle comporte essentiellement la retouche, emendafio ; or, la retouche des veux, si évidente dans la terre cuite de Smvrne, esl une véritable emen- < latio . Le fait n’est d ailleurs pas isolé. Que 1 usage des portraits funéraires exécutés avec îles moulages ait été fréquent à la fin de l’époque hellénistique et à I époque romaine, c esl ce qu attestent les plus récents des masques funéraires publiés par Benndorl . On voit fort bien le réalisme le plus cru s’v manifester, et gagner progressivement du terrain.
Il est donc permis d affirmer que l’invention de Lysistratosa eu son contrecoup dans la sculpture funéraire. L histoire de I art, au Moven Age et à la lienaissance, nous o lire des exemples connus de semblables procédés. « Dès le xiii1 siècle, écrit M. Emile Male, on eut I idée de mouler les visages des morts. » L artiste auquel esl due la statue tombale de Philippe 111. à Saint-Denis, avait certainement sous les veux un masque luuèbre dont il s’est servi sans le copier. Les effigies des rois de France du xiv' siècle « supposent des moulages de cire interprétés par des sculpteurs de talent 2 3 ». Les artistes italiens de la Renaissance perfectionnent ce procédé. On a souvent cité le passage où Vasari at tribue à Audi •ea del Verrocbio sinon I invention, du moins une mise en pratique plus savante du moulage sur le vif. « Yerrocehio avait l’habitude de taire des mou-
lages d’après nature, pour avoir les formes de la nature plus commodément à sa disposition et pour pouvoir les muter : c’est ainsi qu il avait moulé des mains, des pieds, des genoux, des jambes et des torses. Et ensuite on commença à fini e des moulages d après les cadavres; c est ainsi que I on voit dans toutes les maisons de Florence, sur les cheminées, sur les portes, les fenêtres et les corniches, une infinité de portraits naturels et bien faits et qui semblent vivants 2 ». Couraiod a commenté ce texte en citant de nombreux bustes florentins en marbre, en terre cuite et en bronze « dont le premier modèle a été lourm par un mou-
1. Benndorf, onvr. cité, pl. I, 2 a, 2 b. masque en bronze d'un vieillard, conservé au Musée d’Arolsen et, datant du début de l’Empire. On a trouvé à Lyon, dans une tombe romaine, un moule en plâtre pris sur le visage d’une fillette, Claudia Victoria. 11. Thédenat, Sur deux masques d’enfanl. 'te l'époque romaine trouvés à Lyon el à Paris, Bulletin Monumental , i8Xli, n° 2.
2. Emile Mâle, L’art relitjieii.r de la fin du Moyen- \tje en France , p. 4»7-4»8.
3. Vasari, Le vite. 111. p. oy.’i. Cf. Marcel Hevmond, I erroechin (Collection des Mm'tres de l'art), p. -2.
lage de la tête1 ». Ces mots s appliquent exactement au buste de Smyrne. Les procédés familiers aux sculpteurs de Florence étaient donc connus de longue date des artistes grecs, et sans doute l’innovation attribuée à Lysistratos a dû
Phot. Inst. arch. Athènes.
Fig. 197. — Buste d’homme en marbre Fig. 198. — Buste de femme en marbre
(Musée national d’Athènes). (Musée national d’Athènes).
avoir, pour la sculpture funéraire antique, des conséquences analogues à celles qu entraîna plus tard, pour l’art italien du xve siècle, la technique imaginée par Verrocchio.
Ainsi apparaît dans le portrait funéraire un caractère nouveau. On ne se
1. Courajod, Mémoires dè la Soc. des Antiquaires de France, 1882, p. i64. Cf. E. Müntz, Hist. de l'Art pendant la Renaissance, I, p. 292.
LES STATUES ET LES BUSTES FUNÉRAIRES 3i3
contente plus d’effigies conventionnelles ; on cherche à conserver la physionomie individuelle des défunts. Les deux bustes de marine du Musée d’Athènes que nous avons déjà mentionnés témoignent clairement de cette évolution 1 2 (fig. H)" et 198). Avec ses bandeaux réguliers, son visage au regard rêveur,
Phot. Alinari
Fig. 199. — Époux romains. Bustes en marbre (Rome, Vatican)
sans accent personnel, la tête de la morte rappelle encore a certains égards la tradition classique: celle de I homme éveille au contraire I idée d un portrait réaliste : visage rasé, joues creuses, front sillonné de rides, chevelure aux mèches rudes et rebelles. Même réalisme dans deux letes trouvées a \thenes, et provenant de médaillons en haut relie! Les époux ont atteint I âge de la
1. Cavvadias, Calai., nos 302-31').'*). Arndl-Bruckmann, Gricrli. and rnrm. Porlrorts. [d. .1.19