Helbig y reconnaît Thanatos, Fiihrer. F. p. ioq, n0 iSq
trouvé faveur1. Toutefois T identification a été contestée, et elle devient enefïet suspecte si I on tient compte de certains indices significatifs tels que le rythme polyclétéen de la figure, et I absence de tout caractère praxitélien dans les traits du visage2 3. L’original était peut-être un bronze datant des premières années du ivc siècle, exécuté par un maître de la jeune école argienne. encore imbu des enseignements de Polvclète.
Au reste, le souvenir des œuvres praxitébennes n’est pas resté étranger aux sculpteurs de l’époque romaine en quête de modèles pour des statues tombales, Eros ou Thanatos. Nous en trouvons la preuve dans la statue dite du Sommeil, trouvée à Tivoli, et conservée dans la Galerie des Candélabres du Vatican 1 (fig. 21 4)- C’est un jeune homme qui s’appuie nonchalamment sur un tronc d’arbre et abaisse vers un petit autel placé à ses pieds la flamme d’une torche. Cet attribut est du à une restauration, mais il est justifié par la présence de I autel, en grande partie antique. Si l’on considère la jiose du corps, on v reconnaîtra, mais avec un mouvement inverse, le rythme et l’attitude du Satyre accoudé de Praxitèle. Quant au nom qui convient à cette statue, il n’y a guère lieu d hésiter; c’est une variante du type de Thanatos. La tête, dont les yeux sont clos, est une restauration moderne, certainement erronée. Le génie funèbre devait au contraire diriger son regard vers la flamme de sa torche.
On ue saurait séparer de cette série de statues tombales un groupe célèbre dont 1 interprétation, très controversée, reste encore obscure. Nous voulons parler du groupe, jadis conservé à Rome dans les jardins Ludovisi, qui a passé en Espagne, d’abord au château de San Ildefonso, jjuis au Musée du Prado, à Madrid 4 5 (fig. 21 5). Pour en prendre une idée exacte, il faut supprimer les restaurations conjecturales qui en faussent le sens : dans la figure de droite, la torche que le personnage abaisse derrière son épaule ; dans celle de gauche, la tête, antique assurément, mais étrangère à la statue et qui est une tête d’Antinoüs, et le bras gauche avec la main tenant une jictite pluale ". Il reste dès
1. Furtwaengler, Meisterwerke, p. 543. Gf. Perrot, Praxitèle, p. 56. J’ai aussi adopté cette opinion, Sculpl. i/recque, II, p. 267. Mais j’ai, depuis, formulé des réserves, Scopas et Praxitèle, p. 76.
2. Cf. S. Reinach, Tètes antiques, p. 167-168, pl. 20g. Klein, Praxiteles, p. 2.33. Amelung, ouvr. cité, p. 4 1 2 .
3. Hclbig, Fiihrer, I2, n° 402 . Visconti, Museo Pio. Clémentine, I, 28. Furtwaengler, Bullettino dell’ Inst., 1877, p. 1 5 6- 1 5 7 .
4. Hübner, Die ant. Bildwerke in Madrid, p. 7.3, n° 67 (avec la bibliographie ancienne). Friederichs-Wolters, Gipsabgiissc, nn i665. Brann-Bruckmann, Denkmaeler, nn 3o8. Cf. notre llist. de la sculpture grecque, II, p. 668, fig. 352. Klein, Gesch. der grieeh. Kunst, III, p. .343. Mahler, Polyklet and seine Schule, p. 1 3 4 -
5. Sur les parties restaurées, voir E. Betlie, Areh. Jahrb., VIII, i8q3, Arch. Anzeiger, p. 8.
Pliot. Alin;ii‘i.
l-'ic. a 1 4 • — Thanatos (Rome, \ atican, Galerie des Candélabres).
lors un groupe rie deux jeunes gens, dont 1 un dirige la flamme d’une torche vers un autel, tandis que I autre s appuie sur son compagnon avec un geste <1 intimité quasi-lraternelle. Près de la figure de droite, une statuette archaïsante de divinité féminine se dresse sur une base. D une élégance correcte et un peu froide, cette œuvre, exécutée vers le T' siècle île notre ère, est duc à un artiste éclectique, .à un praticien habile, moins capable d inventer que de combiner adroitement des mollis créés par les anciens maîtres grecs. Ici, nous reconnaissons facilement les modèles. La figure de droite est une adaptation du Doryphore de Polyelèle ; celle de gauche ollre un rythme praxitélien, bien connu par I Apollon Snuroctone.
Mais quelle est la signification du groupe? La tête d Antinous étant rapportée, il faut renoncer à \ chercher une allusion à la mort du favori d Hadrien. Nous ne crovons pas non plus qu on puisse songer à Hyménée, consacrant un jeune homme à la mort avec la torche funéraire ( fax fendis ), ni à Hermès Psychopompe accompagnant un délunt et posant la main sur son épaule1. Dans ces deux génies qui semblent être des frères jumeaux, nous reconnaissons, pour notre part, les fils de la Nuit, Hypnos el Ibanatos, et les gestes, les nuances d attitude que le sculpteur leur a prêtés nous paraissent tout à lait d’accord avec cette interprétation 2 . f aut-il rappeler que I ancienne tradition poétique fait du Sommeil le frère de la Mort et attribue à I banatos « une àme de fer, un cœur <1 airain, inaccessible à la jnlié », tandis qu llypnos « est plein de douceur pour les mortels »? Est-il besoin d ajouter que les peintres des lécythes blancs al tiques à sujets funéraires les associent fréquemment dans la scène de la déposition au tombeau, et soulignent, par les traits de la physionomie, ces dilFérenees de caractère? Ibanatos a I aspect sombre, la chevelure hirsute; Hypnos est un génie bienveillant, au visage gracieux et doux. N est-ce pas en s inspirant de cette tradition que I artiste a représenté Thanatos abaissant sa torche d un geste inflexible, tandis qu llyjinos, avec une attitude [dus abandonnée, semble ému de compassion pour la destinée du mort4? Si cette interprétation
1 . I/interprétation de la figure de droite comme celle d llyménée avait été proposée par Furtwaengler, Huile ttino de II' Inst.. 1X77, p. 1 54 et suiv. Le même savant a émis depuis 1 hypothèse qu’elle pourrait représenter Hermès Psychopompe, Abhandl. der bayer. Alcade mie, XXII, 1902, p. io4.
2. C’est celle qu’avait déjà suggérée Welcker, Aile I lenkmaeler, I, p. 876. Cf. K uhnert, Jahrbiiclier Jiir class. Philologie, X I V' Suppl., i885, p. 812.
3. Hésiode, Théogonie, vers 76.8 et suiv. Cf. liobert, Thanatos, ,lgc Prograrnrn zum 11 inckelrnannsfcste , 187g, p. 6. Pottier, Lécythes blancs atliqu.es, p. 3o et suivantes.
4. Il est. très légitime de replacer dans sa main droite des tètes de pavots.
1*1.01 . \ ndcrson .
Fig. 2 15. —
Le groupe de San Ildefonso (Madrid, Musée du Prado)
34o L’ÉPOQUE HELLÉNISTIQUE ET GRÉCO-ROMAINE
est juste, le groupe de San 11delonso n est point isolé parmi les monuments «pie nous avons passés en revue, et, comme eux, il traduit une idée symbolique dont il faut chercher I origine dans la poésie et dans les croyances funéraires de la ( i rèce .
S’il est une pensée familière;! 1 antiquité, jusqu à devenir un heu commun, c est que la mort est un sommeil sans lin. Dans I Apologie de Platon, Socrate considère comme une hypothèse possible que « la mort soit une extinction du sentiment, et qu elle ressemble au sommeil de celui qui dort sans lien voir, même en songe » Cette pensée, on la trouve bien souvent exprimée dans les épigrammes lunéraires. La nuit du tombeau « délivre le corps de ses maux »; elle c lui apporte, par I ordre des Moires, grâce à un doux -sommeil, les présents de 1 oublii. 2 3 ». Celui qui gît sous la Fig. aili. - Hypnos (Madrid, Musée du Prado). pierre « jouit dll sommeil SailS
réveil des délunts ' ». Les sculpteurs romains traduisent cette conception de
i. Platon, Apologie de Socrate, XXII.
a. Kaibel, Epigr. graeca, n° 3i2. Corpus inscr. grâce, n° 33g8.