II. — LE TYPE D’ÉROS ENDORMI
La conception de la mort comme un sommeil éternel n’exclut pas celle de la destinée bienheureuse réservée «à l ame immortelle. La promesse d une vie future, avec la quiétude profonde que donne le repos de la tombe, telle est I espérance consolante dont se berce l ame antique au déclin de l’hellénisme, fille trouve une expression dans une jolie formule d art empruntée à la Grèce hellénistique par le symbolisme romain, et qm semble convenir surtout pour les tombeaux d enfants. Tous les Musées d Europe possèdent des répliques d un t x pe fréquemment reproduit, au point d’en devenir banal, celui d’un Eros enfant. couché sur un rocher, ayant auprès de lui des attributs variés, une torche, une tète de pavot, ou une massue1.
Si nous savons, par des témoignages précis, que des statues de ce genre ont servi à décorer des tombeaux \ le type n a point été créé pour une destination funéraire. L art hellénistique a enrichi la jilastique d une donnée nouvelle, dont il a souvent tiré un parti décoratif, celle des figures couchées dans 1 attitude du sommeil. 11 est à peine besoin de rappeler les nombeuses statues de Nymphes, de Satvres, d Hermaphrodites, relevant de cette inspiration. On reconnaît sans jieine un sujet de pure fantaisie dans le tvjie d Eros couché et endormi, ayant auprès de lui ses armes habituelles, lare et les flèches3, vrai motif de genre, d une grâce souriante, inventé sans doute pour la décoration d une rocaille ou d une source aménagée dans un parc. Une épigramme de ! jLniholotjie décrit en ellel un Eros dormant près d une fontaine qu alimente un filet d eau sortant de I outre d un Satvre4. Telle était la destination d une statue d Eros du British Muséum, provenant de Tarse " (lig. 217). Le petit dieu, sous les traits d un enfant, est couché sur un rocher; le bras qui soutient la tête est appuyé sur une amphore dont le goulot servait de conduit. C est bien
t. Pour l’étude générale de ce type, voir Stepliani, dompte rendu pour 1876, p. 10 et suiv. Furtvvaengler, Bulle tlino dell' Inst., 1877, p. (ai et suiv. Benndorl et Sclioene, Ant. Bildw. des Lnleran. Mus , n° 370. Furtwacngler, Lexikon de Roscher, |>. 1369-1 370. Cf. noire article Cupido, Dict. îles Antiquités grecques et romaines.
2. Jalirb. des Ve reins von Altertumsfreund . im Rheinlande , LII, 1872, p. 100 et suivantes.
3. Par exemple au Vatican, Musée Chiaramonti. Vmelung, Sculpt. îles l atican. Mus., f, n° 483, pl. 66.