‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 198 sur 212 · Anl.hol. palat., I · texte numérisé non relu

Anl.hol. palat., I

5. Cal.nl. of Sculpt., III, n° 1678. Cf. au Musée du Louvre, un Eros endormi dans une vasque de fontaine, provenant de Crète. S Rcinnch, Répert. stut.. Il2, p. 492, 5.

LES FIGURES ALLÉGORIQUES

la un sujet de genre, crée pour égayer les yeux dans le décor pittoresque d un jardin. Vdleurs, le sculpteur trauslorme ce niotil en une allégorie, et en relève la saveur par une de ces piquantes antithèses chères à la poésie alexandrine. C est alors Eros-I I ypnos, muni d ailettes aux tempes, couché sur un lion, comme pour le dompter par la force invincible du sommeil 1 .

Eliot. Mansell

Fig. 217. — Amour endormi. Décor de fontaine (British .Muséum).

Mais, dans d autres séries du même l\pe. les attributs changent, et l’on voit se mamtester I évolution qui trauslorme le simple motif de genre en une allégorie funéraire. Une nombreuse catégorie de monuments montre Eros endormi, le plus souvent couché sur une peau de lion et tenant d une main les têtes de pavots, I attribut habituel d H\ pnos. Près de lui est la torche, emblème de I Eros Itinéraire et de I hanatos. I rès fréquemment, un lézard courant sur le rocher s approche sans déliance du dormeur, rassuré par son immobilité2. La

1. Musée du Latran, Bcundorf et Sclioeue, BiUltr. des Lateran. Mus. . n° 176. Dresde, Ilctlnor, n"3-5. Clarac pl. 761, n° 1861 .

2. Exemplaires à Berlin, Beschreib. der uni. Skulpt. . n0' i/|3, i/p). S, Reinacli, Réperl. sial... Il-, p. !\(yx, 1, •>,. Eros-llypnos avec les pavots, Furtwaengler, Collection Sorrtzce. p. ,18, fig. 5a, et BulleUino ilell' [nsi., 1877, p. 1 2 1 et suivantes.

présence de la torche ne laisse pas de doute sur la destination funéraire de ces statues. Aussi bien, les sculpteurs gréco-romains n’ont fait que s’inspirer d’un thème dont I invention appartient à l’art hellénistique. Il en est des Amours endormis comme des Amours appuyés sur leur torche : les prototypes sont dus aux coroplastes d’Asie Mineure. Une terre cuite de Myrina montre un Eros couc lié sur un rocher que recouvre une draperie, el tenant une torche abaissée

Phot. Mansell

Fig. 3i8. — Amour endormi (British Muséum).

vers le sol '. Or, on peut sans hésiter attribuer à cette figurine un sens funéraire. el il faut y voir comme la première esquisse d’un type adopté avec tant de faveur par l’art de l’époque impériale.

Dans un grand nombre de ces statues, c’est une peau de lion qui amortit le contact entre les aspérités du rocher et les chairs délicates du dormeur. Tel est le cas dans un joli exemplaire du Musée archéologique de Turin, où le jeune dieu sommeille, avec une pose pleine d abandon \ Nous voyons donc apparaître un des attributs d Héraclès, a savoir la peau du lion néméen. L assimilation de 1 enfant adé avec le héros devient encore plus précise, lorsque le sculpteur figure une massue posée sur le sol à son côté. Les exemplaires de ce type abondent '.

i. Bottier et S. Keinach, La nécropole île Myrina, |). 38G, fig. 48.

a. Dütschke, Ant. Bildw. in Oberitalien, IV, ri° 78. Cf. n° 84. Réplique à Vienne, Clarac-Reinach, pl. 644) n° 1 '175.

Clarac-Reinach, pl. 644. nos (474, 1 474 A. S. Reinach, Répert. stat., IL2, p. 490, 5, pl. 8. Exemplaires à Berlin, Beschr. ilrr ont. Skiilpl. . nos i45, i46, (47- Le Louvre en possède un exemplaire provenant de Traites (Salle de Magnésie du Méandre), et un autre provenant de Syrie, Gatal. sommaire , n° a84i (Salle de Milet).

LES FIGURES ALLÉGORIQUES

Nous en empruntons un bon spécimen au British Muséum1 ( 218). Eros, un putto joufflu, aux formes potelées, dort d’un sommeil paisible, à côté de sa massue, tandis qu à ses pieds frétille un lézard. On ne saurait songer ici à I allégorie bien connue d’E ros désarmant Héraclès, ni voir dans la massue un trophée de victoire auprès duquel il se repose. Celle qui gît sur le sol n est point I arme énorme et pesante du héros que le petit dieu lui aurait dérobée ; c’esl une massue d éniant, proportionnée à sa taille. Dès lors, le sens de la représentation devient évident. Nous avons sous les veux un Éros-Héraclès, assimilé au héros grec tueur de monstres.

Quelle signification prend une telle ligure, lorsque, revêtant un caractère funéraire, elle est placée sur un tombeau d’enfant ? En réalité, elle répond à des idées dont nous avons dépi trouvé I expression dans les effigies des défunts représentés avec les attributs d’une divinité. L’enfant mort est identifié avec Eros- Héraclès, et. comme le héros dont le jeune dieu a [iris 1 arme et I équipement, il est promis à 1 immortalité. Nous retrouvons donc là une conception bien connue, celle de I héroïsation. Elle s’affirme à nouveau dans ces effimes enfantines, nées d’une simple allégorie, et transformées en Amours funéraires pour devenir ensuite, grâce à la fusion de deux idées pourtant assez distinctes, à la lois 1 image du sommeil éternel, et la garantie de la vie bienheureuse qui attend le jeune mort au delà du tombeau.

1. Catal. of Sculpt., III, 1677. Ancien!. Marbles, \I, pl. 37.

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