Catulle, XX \ I K
LES FIGURES COUCHÉES
jours le meme sujet : le mari et la lemme à demi couchés sur une kliné 1 . Ces statues sont également des portraits, souvent très vivants. Les elïigies étaient préparées d avance, suivant une lormule générale ; mais le sculpteur exécutait les têtes sur commande. Un sarcophage du Palais des Conservateurs, au Capitole, nous lourmt sur ce point un témoignage significatif. Sur le lit-couvercle,
Phot. Alinari.
Fig. — Personnage couché. Statue-couvercle d’un sarcophage étrusque en terre culte
(Florence. Musée archéologique).
aux extrémités duquel veillent des Eros lunèbres, le couple est étendu à demi couché, le mari ayant en main un volumen, la femme tenant un instrument de musique, une sorte de mandoline à long manche" (fig. aao). Les têtes sont simplement ébauchées, et pouvaient ainsi, au gré de I acheteur, être achevées dans l’atelier du marbrier, pour reproduire les traits des déliants. Aussi plusieurs de ces groupes nous conservent-ils des portraits oh le réalisme romain a mis sa note sérieuse et grave. Sans multiplier les exemples, nous citerons un
1. Cari Robert, Sarkoplwij-Rclicfs , II, pl. A II1-IX, pl. \I\-XX ; III-, pl. IX . Vloïs Riegl, Die spütrom. h'nnstinduslrie, p. 72, ÿ.3.
2. 1 lelbtg, Führer, I2, n° 5~8. Bulle tt. délia commissionc arch. munirip. di Borna, t. 18-2, p. i-5,pl. I J-J 1 1 . V011 Lichtenberg, Dos Portriit an Grabdenkmalen, pl. 1).
groupe du Louvre montrant les époux réunis dans une intimité afï’ectueuse 1 (Iig- 226). La femme, que sa coiflure aux frisures ondulées désigne comme une contemporaine de Jrdia Douma, tienl une guirlande de Ileurs, et tourne vers son mari son visage flétri par I âge, qu éclaire un rayon de tendresse.
Eliot. Moscioni.
l io. aa5. — Sarcophage et groupe funéraire (Rome, Musée du Capitole).
L’homme, un volamen à la main, accoudé sur un masque tragique, regarde dans le vague ; un air de dignité sévère rehausse I expression de son visage au Iront ridé, aux joues amaigries. Ici. comme dans beaucoup d’autres groupes analogues, les accessoires du banquet ont disparu; le lit funèbre lui-même est remplacé par une simple dalle. Ce que le sculpteur a mis aux mains des défunts, ce sont les objets familiers qui rappellent leurs goûts et leurs occupations.
C’est à l’exemple de Rome <jue la Grèce et I Orient hellénisé, à I époque
1. Campana. D’Escamps, 108. Froehner, Notice, n° 34 i • S. Reinach, Répert. stat., II2, p. 021, 4- Trouvé sur
ia voie Appienne.
LES FIGURES COUCHEES
impériale, adoptent le type du lit-couvercle et des statues demi-couclices. Celles-ci ne ddl'èrent guère des efligies romaines. I! semble cependant qu'en Egypte I idée grecque du banquet se soit conservée plus fidèlement. Le Musée
Phot. Giraudon.
Fig. 226. — Epoux romains. Groupe provenant d’un sarcophage (Musée du Louvre).
du Caire possède une statue de marbre, trouvée à Aboukir et qui provient , suivant toute vraisemblance, d un couvercle de sarcophage 1 (lig. Elle n’esl
pas antérieure au it siècle de notre ère. C est celle d un homme étendu dans 1 attitude traditionnelle, lenanl d une main une glane d'épis, de 1 autre un cantliare. œuvre d atelier de 1 époque impériale, mais où fi* tvpe individuel du
1. Photographie communiquée par M. Breccia, conservateur du Musée gréco-romain <1 \ lexandrie. Cf. \rch. Jahrb.. \"\ . iqoi. 1 rch. {nzrnjor. p. 202, fig. \ (von Bissing). Sieglin-Schrciber, Dir Xckrnpolr von l\àm-t'sch- Scltuhd fa, p. 250. M. Schrciber croit cependant cjuc la statue, tout en ayant une destination funéraire, ne provient pas d'un sarcophage. S'il en était ainsi, elle serait tout à fait isolée dans la série des statues demi-couchées. On n en pourrait rapprocher qu une statuette de calcaire, <!<■ la collection h riedheim-1 lérold à Alexandrie (\ Ibid ., p. 250, fig. kj4) Mais celle-ci, en raison de ses faibles dimensions, ne saurait être une statue tombale.
visage éveille encore le souvenir du réalisme hellénistique. Le sculpteur paraît d’ailleurs s’être inspiré beaucoup moins des modèles romains que des basreliefs, assez fréquents en Egypte, représentant la scène du banquet1.
En Grèce, la lormule romaine s’impose. Aucun des sarcophages grecs à statues n’est d’ailleurs antérieur au 11e siècle de notre ère. Celui des Amazones, provenant de Salonique et conservé au Musée du Louvre, nous en ollre un
Fig. 227. — Personnage couché. Statue funéraire provenant d’Aboukir (Alexandrie, Musée gréco-romain).
exemple bien connu 2 (fig. 228). On v retrouve le ht en forme de kliné, et le couple d’époux avec les attributs habituels, fruits, guirlande de fleurs et volumen. Exécuté au temps des Antonms, le groupe ne dépasse pas la valeur moyenne des statues tombales de cette époque. On peut en rapprocher un sarcophage de Salone, appartenant au Musée de Spalato3. Le Musée national d Athènes possède quelques exemplaires de statues analogues, notamment celle du sarcophage dit du Philosophe trouvé près de lllissos4. Elle représente un personnage barbu, tenant une couronne ; des rouleaux de papyrus, placés à côté de lui, tout allusion à sa profession ou à ses goûts littéraires, suivant un usage déjà familier, nous I avons vu, aux scuhiteurs hellénistiques. Au reste, ce tvl ie d effigies lu-
1. Noir pour ces bas reliefs, ( Allai, général du Muser du Cuire. Edgar, Greek Sculpture , pl. \IX, A\, \\l,