‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 206 sur 212 · II. — LES « GISANTS » ET LES « DORMANTS · texte numérisé non relu

II. — LES « GISANTS » ET LES « DORMANTS

On a souvent opposé, dans la sculpture funéraire française et italienne, le type du « gisant » à celui de la statue demi-couchée. « A mesure qu’on avance dans la Renaissance, le gisant se relève de sa couche, s’accoude sur un bras, et commence à regarder autour de lui 1 ». Cette conception, à laquelle l’art moderne est arrivé tardivement, est celle qui prévaut dans les statues de sarcophages dont nous avons cité des exemples, et il esl permis de croire que les modèles antiques n ont pas été ignorés des artistes du xvC siècle2 3. Comment, à côté de ces figures demi-couchées dont la Grèce, on l’a vu, a créé le type, l'art romain en est - 1 1 venu à taire une place aux gisants étendus, dans 1 attitude du sommeil, sur le couvercle du sarcophage? 11 nous reste à l’examiner.

C est en Phénicie qu’il faut chercher la première forme du type du gisant . En étudiant les sarcophages anthropoïdes trouvés dans la nécropole de Sidon, M. Th. Reinach en a très complètement retracé 1 histoire Il nous suffira de rappeler ici ses conclusions. On sait que I Egypte a fourni à la Phénicie les

i. H. do la Sizeranne, L’Esthétique des tombeaux. Revue des Deux Mondes, i 0,1 novembre 1904, p. i4o.

a. Emile Mâle, L'art religieux en France, p. /17V

3. Jlamdy Bev et Théodore Reinach, Une nécropole royale à Sidon. p. 126-178.

LES FIGURES COUCHEES

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modèles de ces cuves de pierre ou de marbre <1 oui le couvercle reproduit I apparence d’une caisse à momie. « Le couvercle, aux lianes arrondis, mais dont la surface supérieure est presque horizontale, simule nue momie de largeur démesurée, emmadlottée dans un suaire collant, qui ne laisse à découvert «pie le haut du cou et la tète. Les sinuosités du contour marquent la place des épaules et des jambes ; deux bosses irrégulières indiquent les genoux . Les pieds, non séparés, se dressent en une forte saillie, coiqiéc à angles vils, qui s’appuie à son tour sur un simulacre d’escabeau 1 ». Tel est le Ivjic de sarcophage que sculptent, dans le granit, la jiierre noire ou le calcaire, les Egvpliens de I époque saïle. Tels sont les monuments, introduits en Phénicie par le pillage ou par le commerce, qui servent de sépulcre à plusieurs rois de Sidon. Les sarcophages égyptiens de Tabnit et «I Eslimounazar sont trop connus pour que nous ayons à les décrire.

Ce qui est aujourd hui démontré, c’est la libation directe qui rattache a l’Egypte les sarcophages anthropoïdes phéniciens. Celle forme est adoptée non seulement dans les pays phéniciens, mais dans les régions soumises à leur influence : on la trouve à Chypre, à Malte, à Gadès. Mais dès le début du ve siècle on voit se manifester 1 action de l’art grec archaïque. Si le couvercle garde son aspect «. momilorme », le tvpe des têtes s hellénise, et jirésente tous les caractères du st \ le qui règne dans les ateliers grecs. La chevelure des femmes s’arrondit en boucles étagées, et s épand sur les épaules eu mèches boitantes : les traits oui la régularité sévère qu on observe dans les statues grecques exécutées par les contemporains d < hiatas et de Calanus. Les exemplaires («lus récents reflètent tous les progrès delà statuaire hellénupie. Un sarcojdiage, qu on |>eut dater du milieu du v' siècle, montre, émergeant de la gaine rigide, une belle tête virile qui fait songer aux hennés attiques (fi g. 22g). Dès lors, une question se jiose. Est-ce en Phénicie, et à I mutation de modèles grecs, que ces sarcophages ont été fabriqués .' Ou bien les riches Phéniciens, qui faisaient, préparer pour eu\ el pour leurs proches ces monuments de luxe, ne s adressaient-ils pas à des ateliers grecs, comme ceux «le Paros, de Cliios, de Pdiodes ou de Samos ? Telle est la solution jiroposéè par M. Th. Reinach, et le style des sarcophages, aussi bien que la matière mise en œuvre, semble la confirmer. Des artistes grecs ont bien |>u se conformer aux exigences «le leurs clients «'Iran-

[. Hamdv B c.'v et Théodore Reinach, ouvr. cité, p. T>i.

36a L’ÉPOQUE HELLÉNISTIQUE ET GRÉCO ROMAINE

gers et reproduire sur commande un type de sarcophage devenu en quelque sorte national en Phénicie, quitte à prendre plus de liberté pour l’exécution des têtes, et aies traiter suivant leurs propres habitudes de style.

Toutefois, les sculpteurs grecs ne se résignent pas volontiers à répéter indéfiniment, par une routine imposée, ces effigies « momiformes », inertes

Phot. Giraudon.

Fie. 22g. — Sarcophage anthropoïde phénicien (Musée du Louvre).

et sans vie sous leur game unie. Il 11e leur suffit pas de s’affranchir des formules égyptiennes pour l’exécution des têtes; ils cèdent bientôt à la tentation de modeler tout le corps, de le iaire sortir < le la masse pesante où d est emprisonné. Un sarcophage de Sidon, appartenant au Louvre, témoigne déjà d’un premier progrès1 (fig. a3o). La tête brisée a disparu; mais les bras sont dégagés de la game, et s allongent le long des lianes. Un sarcophage de Païenne, provenant d’une ville phénicienne de Sicile, Solonte, accuse une modification plus importante 2. Ici, I étape décisive est franchie. L image sculptée sur le couvercle est celle d’une femme vêtue du clnton dorien, tenant de la main droite

1. Longpérier, Musée Napoléon III, pi. XVII, i. Perrot, Hisl. île l'Art, III, p. 187, fig. i3a. Phot. Giraudon, n° 200.

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