‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 207 sur 212 · Perrot, ouvr. cité, p. 180, fig · texte numérisé non relu

Perrot, ouvr. cité, p. 180, fig

LES FIGURES COUCHÉES

un alabastron à parfums, les pieds appuyés contre une sorte d escabeau. Elle éveille tout à fait l’idée d’une statue couchée, traitée dans le pur style grec de la première moitié du ve siècle. C’est bien une « gisante ». Ee marbrier qui a exécuté pour une femme phénicienne de Solorite cette effigie de marbre, a obéi ;i l impérieux besoin d’achever l’ébauche informe de figure humaine que représentaient les anciens sarcophages anthropoïdes. Une poussée de sève a fait

Phol . Giraudon.

Fig. 2 3o . — Sarcophage anthropoïde phénicien (Musée du Louvre).

éclater la game rigide sous laquelle le corps était caché, et celui-ci apparaît enfin, libéré de sa lourde enveloppe.

Les patientes recherches poursuivies par le I*. Delattre dans les nécropoles de Carthage permettent aujourd lun d ajouter un nouveau chapitre à I histoire des sarcophages anthropoïdes phéniciens. La Grèce \ tient une large place. Dans le courant de I année 1902, I heureux explorateur de la Carthage |>uni- < I ue découvrit, dans la nécropole voisine de Sainte-Monique, une série de sarcophages de marbre décorés de jieml lires ' . Quatre de ces monuments, que se

1 . Del» lire, Comptes rendus de /’ 1 cad. des Inscr. , i go 2 . p. , 2811-290, 44*t-45o : igo.'I, p. 1 1-1 8 ; et Les grands

sarcophages anthropoïdes du Musée Laelgerie à Carthage. Héron de \ illefossc, Les sarcophages peints trouvés à Carthage, Monuments Piot. t. XII, 190.), p. 79-1 1 1. C'est à l’obligeance du I*. Delattre que je dois les photographies reproduites ici. et qui ont été exécutées au moment de la découverte.

partagent le Musée «lu Louvre et le Musée Lavigene, portent sur le couvercle 1 effigie «lu défunt sculptée eu fort relief. Ils n’ont pas. comme les exemplaires plus anciens, gardé la forme du sarcophage anthropoïde, rappelant celle des caisses à momies. Ce sont de grandes cuves rectangulaires, dont la structure architecturale accuse une mlluence grecque. Le couvercle est à double pente,

Ki g . j3i. — Sarcophage d’un prêtre, provenant delà nécropole de Sainte-Monique, à Carthage

(Musée du Louvre).

comme un toit en bàtière ; les deux frontons qui le terminent sur les petites faces complètent la ressemblance avec les sarcophages du type hellénique.

Pour 1 objet de notre étude, nous devons considérer surtout les figures qui décorent les couvercles. Lin des sarcophages du Louvre nous conserve l’effigie funéraire d’un personnage d âge mûr qui était sans doute un prêtre1 (fig. adi). Inhumé dans la même nécropole que les Rabs ou membres du grand Conseil de Carthage, peut-être avait-il également porté ce titre. Couchée de tout son long sur l’arête faîtière du couvercle, les pieds appuyés sur un escabeau dont les contours épousent ceux du I roi i ton. l’effigie sculptée se détache en puissante

. Delattre, Les g ronds sarcophages, p. 2, 5. Héron de Villefosse, Mon. Plot. art. cité, p. <jo, <ji, fig. 4 et 5.

LES EIG1 RES COUCHEES

saillie. Qu’on miapiie le couvercle dressé tout droit, tel nue le montre la figure ci-jointe (fig. 23 :i) : on croit voir une de ces stèles attiques du iv' siècle dont les personnages en haut relief se détachent du tond connue des statues. Le Rab porte un costume <jin convient à sa dignité sacerdotale : une longue rohe à manches courtes, munie d une sorte d’épiloge à bordure frangée qui retombe sur I épaule gauche. Ses pieds sont chaussés de sandales qui portaient encore des traces de coloration rouge et noire. De la mam gauche d tient une cassolette : la droite est relevée, grande ouverte, la paume en dehors, avec un geste de prière. Si c est bien là le costume d apparat d un prêtre carthaginois, tout n en est pas moins grec dans l exécution de cette figure d un modelé si large et si libre. Le type du visage lui-même, avec sa barbe touffue comme celle d un Zeus ou d un Asclépios, ses cheveux massés en boucles drues et courtes, ses traits réguliers empreints de gravité, ne nous semble pas, quoi qn on en ait pu penser, accuser la recherche de la physionomie individuelle. Seules, les rides qui traversent le front et rappellent I Age du défunt sont un trait de réalisme. On trouverait aisément dans les stèles at tiques des tètes analogues, dont le sculpteur, se bornant à caractériser un l\pe général, n a point prétendu faire des portraits. Aussi bien, une autre statue de sarcophage du Musée Lavigene. représentant également un Rab ou un

prêtre dans le même costume, avec la même attitude, ne diffère de la précédente <| ne par des détails d exécution', \uisi. tout trahit, la main d'un arlisti

Fig. 232. — Effigie funéraire d’un prêtre. Couvercle d’un sarcopliagc de Carthage (Musée du Louvre).

i. Delattre, Les yraruls sarcophayes, p. 1*3-1 5 et fig. 35, 3t>. Mon. Piot.ibid., p. ij/j. fig.fi. Le même type reparaît sur des couvercles d’ossuaires. Comptes rendus de l’Acad. des Iriser.. i8ç)8, p. fiao, avec deux fig. Cf. II. Gagnai, Cnrthaye. Timaad. Tebessa ( Les Villes d’art célébrés ), p. -.

grec, et la comparaison qui s’impose avec les œuvres de la sculpture funéraire attique permet d’attribuer sûrement au sarcophage du Louvre la date du ive siècle.

Si l’on y prend garde, il y a quelque chose d’un peu déconcertant pour l’œil cl pour la raison dans cette effigie funéraire étendue sur 1 arête faîtière d’un couvercle à double pente, évoquant trop visiblement le souvenir d’un toit

l* ig. 233. — Sarcophage d’une femme, provenant de la nécropole de Sainte-Monique, à Carthage

(Musée du Louvre).

de temple avec ses I routons. On sent que I association de celle forme architecturale et d une statue tombale est artificielle et illogique. Les artistes grecs qui avaient lait celle concession au goût de leurs clients ont-ils, de propos délibéré, cherché une autre combinaison plus satisfaisante pour eux-mêmes? On est tenté de le croire, car le second sarcophage du Louvre ne prête pas à la même critique' (fig. 233 et 234). Ici, le couvercle est une dalle plate, sur laquelle est couchée l’elfigie d une jeune femme. Les pieds posent sur une véritable base, décorée d oves à la partie supérieure, de rais de cœur sur la moulure infé-

Delattre, ouvr. cité, p. 28, fig. 59. Mon. Piot, ibid., p. 83-86, fig.

LES FIGURES COUCHÉES

rieure. Un fronton avec des acrotères s'inscrit sur le revers du socle. L’artiste a donc conçu la figure comme une statue laite pour être vue debout, ou mieux comme une stèle en liant rcliel qui. au lieu d’être dressée, serait posée horizontalement sur la cuve pour former le couvercle .

La morte n’a en ellet rien de l’attitude rigide d une « gisante ». Elle apparaît pleine de vie et de grâce, vêtue, comme une Grecque, d une tunique de fine étoile plissée et d un manteau formant voile qu elle retient de la main gauche, tandis que de la droite elle en écarte le bord avec nn geste de réserve pudique. Cette attitude, ce geste, nous les connaissons déjà pour les avoir observés dans les stèles et les statues funéraires atliques. Qu on se reporte à la statue du Louvre et à celle du Musée d Vthènes étudiées dans un chapitre précédent, ([ne I on considère telle figure du sarcophage des Pleureuses, on saisira facilement le lien de parenté qui rattache étroitement à ses sœurs athéniennes et ioniennes la dame de Carthage. « En transformant la figure debout des stèles attiques eu une statue couchée, afin de se conformer aux exigences de son client et à I usage f,g. 234. — Effigie funéraire d’une jeune femme, du pays, le sculpteur ne prit meme pas la ,i„ 1 ,,nVrc ) 16 ■ v

peine de modifier un seul des mouvements

de son modèle; d le reproduisit, dans toute son intégrité 1 ». Tout au |>lu^. un luxe inusité de polychromie devait-il rehausser la statue : les cheveux étaient dorés, comme le collier qui brillait au cou de la jeune femme.

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