Héron de V dlofosse, \lnn. Piot. art. cité. n. 8(i
Ainsi, avec les sarcophages de Carthage, nous voyons se poursuivre et s achever, au ivc siècle, l’évolution commencée un siècle plus tôt. Les artistes grecs ont reconquis leur liberté, et 11e s'astreignent plus «à reproduire des formes empruntées à I Egypte. Ils puisent dans leur propre répertoire. Ils s’inspirent de ces créations, nées dans les ateliers des marbriers d Athènes, qui ont conquis la vogue dans tout le bassin de la Méditerranée, en Asie Mineure, à Ch)I ire, à Sillon. Alors même qu ds semblent le plus respecter les goûts de leur clientèle, en faisant la part très grande à une sorte d exotisme, l’empreinte hellénique reparaît toujours. Nous n’en voulons pour preuve qu’un beau sarcophage de Carthage, richement enluminé, dont le couvercle offre I image d une prêtresse vêtue à l’égyptienne, la tête coiffée d’un klaft surmonté d un épervier doré, le bas du corps disparaissant sous deux grandes ailes de vautour'. C est bien une mam grecque qui a modelé les plis de la tunique et les tins contours du visage.
Ces sarcophages à statues ont-ils été exécutés à Carthage, ou dans des villes helléniques? La seconde hypothèse a pour elle toute les vraisemblances, si l’on songe qu au v' siècle des sarcophages anthropoïdes, commandés et fabriqués en Grèce, étaient déjà importés en Phénicie. Nous n avons aucune raison de croire que les usages aient changé au siècle suivant. Dès lors, où chercher le centre de fabrication? L étroite parenté qui rattache le sarcophage de Solonte à ceux de Carthage, nous met sur la voie1 2. Quelle région désigner, smon la Sicile,
I île <pie sa situation géographique met à proximité de Carthage, qui en subit les invasions, et où. pendant tout le ive siècle, les villes soumises à la dure domination punique, Sélinonte, Lilvbée, Minoa, forment sur la côte sud une véritable province carthaginoise 3 ? A n’en pas douter, c est dans les ateliers des villes siciliennes, où les Grecs étaient en contact avec les Phéniciens, que des artistes ont travaillé pour leurs clients africains, et produit ces œuvres où ils ont lim par imposer leur marque.
Il nous laut revenir à I Etrune pour suivre l’évolution du type des gisants. Si. le plus souvent, le sarcophage est assimilé au ht de banquet, ce qui explique la fréquence des figures demi-couchées , il arrive aussi qu il est transformé
1. Delattre, Les tjrands sarcophages, ]>. 17. Mon. Piot, art. cité, p. 96-97, pl. V III.
a . Ces analogies ont été très justement relevées par M. Héron de V illefosse, Mon. Piot. article cité, p. io4->o5.
■ !. V oir Fougères et Mulot, Sélinonte. p. 12a et suivantes.
LES FIGURES COUCHÉES
on lil de sommeil. « Le rapprochement de la mort et du sommeil est tellement naturel, qu il a dû se présenter de bonne heure à I imagination des Etrusques1 ». Cette conception apparaît dès le ye siècle. Nous en avons la preuve, grâce à des urnes en terre cuite du Louvre, qui ont encore un caractère archaïque 2 3 4. Le mort est étendu sous une couverture, la tête appuyée sur une sorte d escabeau figurant le chevet. C est un vrai gisant , dans l’attitude du sommeil.
Pendant une assez courte période, qui se place au ivu siècle et dans la première moitié du mc, les Etrusques adoptent un type de sarcophage oîi il est difficile de ne pas reconnaître une forme hellénisée ’. Taillés dans la pierre grossière appelée nenfro, ces sarcophages se composent d une cuve rectangulaire. ornée de bas-reliefs sur les faces, et d un couvercle affectant la forme d’un toit à double pente avec deux frontons et îles acrotères. Relativement peu nombreux, ils se trouvent principalement dans le Sud de lEtrurie, et surtout dans la région voisine de la cote, à Corneto, à Vulci, et à Cervetri. Depuis que les sarcophages de Carthage nous sont connus, on ne saurait manquer de constater les analogies évidentes qui en rapprochent ceux de I Etrurie. Nous retrouvons dans ces derniers les gisants étendus sur le couvercle, parfois avec la même disposition illogique qui place I effigie tombale sur l’arête faîtière. Un monument très digne d attention est un sarcophage de Corneto, acquis en 1892 par le Musée archéologique de Florence, et resté, croyons-nous, médit jusqu à présent ' (fig. 280). La statue tombale est ce Ile d une femme, couchée sur le couvercle à double pente, les pieds appuyés contre deux gros oiseaux au col replié, sans doute des canards, qui lorment les acrotères du fronton. Dune main elle retient les plis du manteau; 1 autre, recouverte jiar le vêtement. est appuvée contre la hanche. En dépit de 1 exécution très grossière, où se trahit la facture lâchée d'un artisan étrusque, on reconnaît ici I influence d’un modèle grec. Due I on imagine le couvercle redressé, ainsi que nous avons montré jilus haut ceux des sarcophages carthaginois, la figure évoquera le souvenir lointain d un de ces l\j»es Immuns que nous ollrent les stèles