‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 38 sur 212 · I. — LES HERMÈS · texte numérisé non relu

I. — LES HERMÈS

Il semble que, de bonne heure, le type de l’hermès en forme de pilier terminé par une tête d Hermès ait été adopté pour la décoration des tombeaux. Le lait qsI prouvé pour I Attique, au moins indirectement . Une loi un peu postérieure à Solon, et édictée sans doute dans la seconde moitié «lu vC siècle, détendait de placer des hermès sur les sépultures1 2. Il est permis d’en conclure qu avant cette prescription somptuaire, c’était un usage courant. La loi avait pour objet d’empêcher qu un genre de monument, qui jouait un rôle considérable dans la vie religieuse des Athéniens, se multipliât dans les nécropoles. On considérait sans doute la consécration d’un hermès sur un tombeau comme un hommage excessif rendu au mort". Pour une période plus récente, dont nous n avons pas à nous occuper ici, les hermès funéraires nous sont connus à la lois parles textes et les monuments. Les stèles tliessahennes, en particulier, nous apprennent qu à I époque hellénistique et romaine, c’est là un emblème très usité.

Comment I hermès devient-il un svmbole funéraire:' La démonstration a

1. Cicéron, De Leyibas. II, ali, 65. « Ncc lier mas hos, quos votant, lieebal imponi. > Cf. Wolters, ’Esr,p.. ac.-/.. 1888, p. iyi,note 1. Ludwig Curtius, Die anlike Ilcrme. p. 20.

2. 11 est à remarquer que la législation grecque tend à restreindre le luxe dos sépultures. On pcul rapprocher du décret de Solon une loi de Xisvros, interdisant d’ériger sur les tombes un in: 77; tnt quelconque. Ilerl. philol. Wochenschrift , 1896, p. 190. Arch. Jnhrb.. XI, 1896, p. 2 4.

LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE

été fort bien laite

par

Ludwig Curtius '

L hermès est le dieu de l’ipua, c est-à-dire de tout ce qui sert à déterminer un emplacement, le dieu du pilier ou de la borne qui marque la limite du marché, la place de la maison, celle du chemin ou celle du tombeau. Dans les usages funéraires les plus anciens, l’Iputa est le tas de pierres 1 2 que les survivants amoncellent sur les sépultures, soit par piété, soit pour y enfermer dûment le mort, et s affranchir ainsi de la terreur des apparitions. L hermès primitif est la pierre grossièrement façonnée, parfois avec une vague apparence de forme humaine3 * 5, qu’on plante sur le tertre funéraire. Il est très vraisemblable que dans certains cas le tombeau est consacré à Hermès. On peut interpréter comme une dédicace de cette nature l’inscription Epuavoç qui figure sur une pierre trouvée eu Laconie, près de Khrysapha, non loin d’un bas-relief funéraire L Ce qui est sûr, c’est qu’à l époque hellénistique et romaine la dédicace à Hermès chthomen est fréquemment gravée sur les stèles funéraires, et que l’hermès avec la tète du dieu y est souvent représenté à côté du mort . Il est difficile de ne pas reconnaître là une survivance d’idées très anciennes. lie rmès est en effet un dieu chthonien ; il est en quelque sorte le maître tombeau. C’est lui qui \ fait accueil au mort pour le conduire dans les ions infernales.

Fig. 20. — Pilier avec figure en relief trouvé à Sardes. II. im,a3 (Musée de Berlin).

1. L. Curtius. Die antike Hernie, p. g et suivantes. Cf. Pfulil, Arch. Jahrb., XX, igo5, p. 79-80.

2. 'l'iouaîo; \6aoi, Hesychius, s. v. Fpp.aîov, Suidas, Etym. Magnum, s. v.

3. Cf. les stèles de Néandria. Koldewey, Neaiulria, 5i" Berl. Winch. Programm, p. 16 et suivantes.

4- Foucart, Bull, de corrcsp. hellén., II, 1878, p. 5 1 5 . Il reste possible que la pierre soit une borne de sanctuaire, un êpoç, suivant l’interprétation de M. Foucart.

5. 'Epuâou yOoviou. ’FçpupjL. ocoy., 1900, p. 70. Athen. Mittheil., XI, 1886, p. 55-5g. Pfulil, art. cité, p. 80.

LA FIGURE HUMAINE

Il est probable qu’en Attique les hennés funéraires du vie siècle rie différaient guère des rares Hermès archaïques qui nous sont connus, et qui portent des dédicaces métriques, comme celui qui a été trouvé à ïrachonès, et celui qui provient de Markopoulo, dans laMésogée1. Malheureusement, les monuments antérieurs au v* siècle font presque totalement défaut . C’est par hypothèse qu’on peut reconnaître un hennés funéraire dans une grossière statue d'homme du Musée de Sparte2 3. Le visage est barbu ; les mains tombent le long du corps 1 1 ui se termine par une masse équarne en forme de pilier quadrangulaire. Le Musée de Berlin possède un curieux monument trouvé à Sardes, et qui peut être interprété dans le même sens. Un personnage nu, debout, les bras collés au corps, les jambes jointes, est adossé à un pilier dont le revers porte l’attribut habituel des bcrmès 1 (fig. 20). C’est une œuvre ionienne, exécutée vers le milieu du vf siècle. A11 premier abord, on pourrait songer à une statue inspirée par un modèle égyptien, et où se retrouverait la convention bien connue de la figure adossée à un pilier. Mais ici la statue fait corps avec 1 lier— inès, et 11e joue qu un rôle accessoire, comme si l’artiste, au lieu de se borner à couronner le pilier par une tête humaine, avait indiqué sur la face antérieure le corps auquel appartient cette tête. C’est donc bien un bcrmès. Mais est-il funéraire? S il en était ainsi, connue il est permis de le croire, il offrirait une combinaison liés digne <1 attention qui unit à la forme du pilier un type de statue funéraire dont nous allons trouver des exemplaires nettement caractérisés 4.

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