Léchât, Sculpture attique. p
2. Bull, de corresp. hellén.. XVI, 1892, pl. XVI, p. 56o (Holleaux). Deonna, n° ii4,
LA FIGURE HUMAINE
parvenues jusqu'à nous; mais aucun indice certain ne nous autorise à les désigner. Suivant des indications peu sûres, une tête de la Glyptothèque Ny Garlsberg, à Copenhague, aurait été découverte à Athènes, au Céramique extérieur, c’est-à-dire dans la vieille nécropole*. S’il en était ainsi, c est à une statue de tombeau qu’aurait appartenu cette tête souvent décrite, où la fermeté de I atticisme commence à réagir contre le maniérisme ionien ; toutefois, les renseignements fournis sur la provenance échappent à tout contrôle. On en peut dire autant de la tète Sabouroff, conservée au Musée de Berlin ". Est-ce un portrait que cette tête aux cheveux et à la barbe courts, simplement dégrossis à la pointe, et dont les traits ont un accent de vie si franchement accusé? Appartenait-elle à une statue votive? Ou bien était-ce I image du mort placée sur un tombeau ? Si cette dernière h)l lothèse était justifiée, il v aurait un grand intérêt à
1. Le premier possesseur, O. Rayet, qui l’a publiée dans les Monuments grecs, 1877, pl. * (Cf- Eludes d'archéologie et d’art, p. 1), écrivait alors : « Elle provient donc d’un de ces monuments funéraires qui faisaient à la voie sacrée une bordure ininterrompue, depuis le Dipylon jusqu’au pont du Céphise. » Mais les conditions de la trouvaille restent inconnues. Cf. sur cette tête, S. Reinach, Têtes antiques, p. 1, pl. I. Arndt, Glyptotheque Ny Garlsberg, pl. I— II. Léchât, Monuments Pi.ot. VII, iqoo, p. 1 43 et suiv., pl. XIV, et Sculpture attique. p. 2.58-25q. IVrrot, H ht. de l’Art, V III, p. 6i3, fig. 329.
2. Deschreibung der uni. Skulptur, n° 3o8. Furtwaengler, Collection Sabouroff, l, pl. III— IV . Arndt-Rruckmann, Griech. und roern. Portraets, pl. 24-25. Perrot, Ilisi. de l'Art, VIII, p. 04 5 , fig. 33o. S. Reinach, Têtes antiques, p. 5, pl. 7-8. Léchât, Sculpt. attique, p. 470
3. « Cette tète faisait partie autrefois d’une statue placée soit comme offrande d’un particulier dans un sanctuaire, soit peutêtre sur un tombeau. » Furtwaengler, Coll. Sabouroff, notice des
pl. 1II-IV.
Phol. llhomaidès.
Fig. 32. — - Monument funéraire de Dcrmys et de kitylos. II. 2 mètres (Musée national d’Athènes).
LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE
voir la sculpture funéraire évoluer, aux environs de I année /|8o, vers une observation aussi précise du type individuel. Par malheur, il n est pas prouvé que cette tête provienne d’une nécropole, et d’autre part il est douteux que ce soit un portrait 1 .
Nous revenons au l\pe îles kouroi avec un groupe du Musée national d’Athènes découvert à Tanagra, dans la nécropole de Kokali (fig. 3a). C’est le monument funéraire de deux frères ou de deux amis, Demi y s et Kitylos, élevé par un personnage nommé Amphalkès2. Les caractères des inscriptions gravées sur la base permettent de le dater delà première moitié du vie siècle3. Le sculpteur qui a taillé dans la pierre calcaire cette double effigie a représenté les deux défunts debout côte à côte, chacun d’eux tenant, par un geste affectueux, un bras passé autour du cou de son ami, tandis que, du côté extérieur, les bras pendent immobiles. Par une curieuse recherche de symétrie, il a éludé la loi qui veut que la jambe gauche soit immuablement portée en avant, ou plutôt d ne l’a respectée que pour l’une des figures ; l’autre avance la jambe droite. Dans les stèles archaïques attiques, les sculpteurs ont eu quelquefois à représenter, comme c’est le cas ici, deux personnages ensemble ; ils ont résolu la difficulté en doublant la première figure par une autre qui se projette derrière elle4 5. Le sculpteur béotien n’ avait pas cette ressource. Reculant devant la tâche de faire deux véritables statues accouplées, il a réalisé une œuvre qui n est ni un groupe en ronde bosse ni un haut relief, mais qui tient à la fois de 1 un et de I autre. Les effigies des deux amis sont adossées à un pilier funéraire que supporte un entablement d’où sort, pour chaque personnage, le bras posé sur l’épaule du voisin. L idée de cette combinaison a-t-elle été suggérée à l’artiste par un modèle égyptien, par une de ces figurines dont le revers est appliqué contre un support Ou bien la stèle de Tanagra doit-elle être rapprochée du pilier Itinéraire de Sardes, et montre-t-elle
i. Lange, Darstclluny des Menschen, p. 33.
•>,. Cavvatlias, Calai., n° 5G. Gazelle arch., 1878, p. 1G0, pi. 2g (A. Dumont), Athen. Mittheil., III, 1878, p. 3oo, pl. XIV. Cf. notre Hist. île la sculpt. grecque, I, p. ig4, fig- 91. Perrot, Hist. île l’Art, VIII, p. 520-522.
3. ’A uvxly.riç [ï]iji<xrs' inl KtijÀcn rjo' £7ci Assaut. Les noms des défunts sont également reproduits sur le fond. Cf. Roehl, Iriser, qraee. antiquiss., n° 2f)5, p. Go. Sur la date du monument, voir C. Robert, Arch. Zeitung, 1 <S 7 5 , p. i5i. Koerte, Alhen. Mittheil, , IV, 187g, p. 270. Ilolleaux, Bull.de corrcsp. helléii-, X, 1886, p. 78.
4. Léchât, Sculpture attique, p. 3q5. Voir par exemple, Conze, Alt. Grabreliefs, pl. VIII, n° 2.
5. M. J. Lange a rapproché à ce point de vue la stèle de Tanagra des statues égyptiennes. Darstellung des Menschen, p. 21. D’autre part, les terres cuites béotiennes primitives nous offrent des exemples de types empruntés à l’Egypte, ainsi la pétrisseuso de pain. Pottier, Bull, de corresp. hellén., XXIV, iijoo, p. 521.
LA FIGURE HUMAINE
une étape du progrès qui consiste à dégager la statue du pilier1 2 3 4 ? Je croirais volontiers que I humble tailleur de pierre béotien s’est tout simplement inspiré de la sculpture monumentale. Impuissant à résoudre, dans un groupe libre, la difficulté de la pose du bras que chacun des personnages passe autour du cou de son camarade, il a traité les ligures en haut relief, et conçu son groupe comme une tranche de métope, pour ainsi parler. La base et l'entablement il où semblent si gauchement sortir les bras évoquent le souvenir du cadre de la métope. Quoi qu il en soit, le monument de Dermys et de Kitylos reste tout à fait isolé et sans analogue; il n 4 a pas d autre exemple de ce procédé naïvement employé par un « imagier » provincial pour accoupler deux effigies funéraires.
Nous aurons terminé notre enquête sur les kouroi Itinéraires en signalant un torse viril en marbre de Parus, provenant de la nécropole de Mégara llyblæa en Sicile et conservé au Musée de Syracuse J. Il a été certainement trouvé non loin du tombeau sur laquel s’élevait la statue. Les caractères du st vie accusent une date assez avancée, qu’on peut placer vers la lin du vf siècle.
Si nous considérons la variété des provenances, nous constatons que 1 usage de dresser sur les sépultures des kouroi de marbre a été pratiqué dans tout le monde grec, depuis I île de Chypre jusqu à la Sicile. Nous devons donc nous demander pourquoi ce type statuaire a reçu une attribution Itinéraire. Pourquoi, en effet, placer sur un tombeau cette figure à laquelle son absolue nudité prête un caractère impersonnel, alors que 1 art archaïque connaît lort bien le type de I homme vêtu, et le traite dans des statues votives L' Pour ne citer qu un exemple, une statue trouvée à Samos, montrant un personnage debout, en costume ionien, éveille à vrai dire I idée d un kouros qui serait vêtu : c’est la même altitude, la même pose des bras et des jambes \ ( )n comprendrait fort bien que la statuaire des tombeaux ait adopté une hu mide analogue. Sur les stèles archaïques, le mort n est-il pas représenté le plus souvent avec son eos-