‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 54 sur 212 · Cf. 14 eicker, ouvr. cite, p. 8g · texte numérisé non relu

Cf. 14 eicker, ouvr. cite, p. 8g

LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE

Nous voyons ici un type simple, sans caractéristique particulière. Mais, dès l’époque archaïque, la plastique funéraire s’attache à prêter une signification plus précise à la Sirène funéraire. Elle la représente tantôt comme un démon de la mort, tantôt comme une musicienne funèbre.

Fig. 4i- — Sirène sur une colonne funéraire. Fronton d’un tombeau lycien (British Muséum).

Line terre cuite chypriote de Dali, conservée au Louvre, nous offre un type où, malgré la grossièreté du travail, il est difficile de méconnaître I influence du style ionien archaïque. C’est une Sirène à tète humaine qui tien! dans ses bras une petite figure \ Uu monument funéraire bien connu, relevant du style ionien, nous apprend comment, vers la fin du vT siècle, ce motif a conquis sa place dans la décoration extérieure du tombeau. Nous voulons parler du tombeau lycien communément désigné sous le nom de Monument des II arpyies1 2. Sur les faces Nord et Sud, l’image du mort héroïsé est comme encadrée

1. Heuzey, Catalogue des figurines uni., p. 1 1 5 . Perrot, Hist. de l'Art. 111, p. 599. Weicker, ouvr. cité, p. 91, fig. 22. Cf. un fragment de vase d’albâtre de Naucratis, Arch. Jahrb., IX, 189/1, Arch. Anzeiger, p. 7/1, et une terre cuite de Berlin, Weicker, p. 7, fig. 5.

2. British Muséum, Catalogne of Sculpture, n° et la bibliographie citée.

LES FIGURES SYMBOLIQUES

entre deux oiseaux à buste de femme enlevant une petite figure féminine. On a soutenu, non sans raison, que ces êtres fabuleux sont des Sirènes et non des Harpyies1. S’il en est ainsi, le monument de Xanthos nous conserverait le souvenir d'une très ancienne croyance qui n’a jamais disparu complètement. La Sirène représente I âme du mort qui n’a pas rempli sa destinée. Devenue une sorte de vampire, elle attire à elle les autres âmes. C’est un vrai démon de la mort, avide de sang, qui liante les nécropoles, prêt à s’abattre, comme un funèbre oiseau de proie, sur les tombes des défunts. Aucun monument ne nous permet d affirmer que la statuaire funéraire s’est emparée de ce motif. Mais le hasard d’une fouille peut nous rendre quelque jour, sculptée en ronde bosse, l image de la Sirène ravisseuse d’âmes.

C’est aussi a Chypre que nous trouvons la plus ancienne représentation du type de la Sirène musicienne sous une forme statuaire. Elle nous est fournie par la statuette chypriote du Louvre reproduite plus haut2 : un oiseau à tête humaine, muni de bras, et dont le visage est barbu, porte à ses lèvres une flûte de roseaux. 11 est aisé de retrouver ici le souvenir de l’épervier à tête humaine, qui. dans les scènes du rituel funéraire égyptien, représente le souffle de la vie, et « dont le sexe est celui même du défunt 1 ». Le prototype de la ligure du Louvre étant sans doute ionien, nous reconnaissons ici le plus ancien exemple de la Sirène musicienne dans la statuaire funéraire relevant de l’art grec, et cette conception nous conserve le souvenir du temps où le type de la Sirène n est pas encore définitivement féminisé.

Tel qu’il apparaît dans la statuette de Chypre, le type de la Sirène musicienne est certainement étranger aux influences poétiques qui popularisent la légende d’Ulysse et des Sirènes. Bien que cette légende ait inspiré à l’imagerie grecque tout un cycle de représentations figurées \ elle n’est à proprement parler qu une forme localisée, avec un caractère épisodique, de la croyance très générale au rôle malfaisant et redoutable du démon funèbre qu’est la Sirène. L’idée d’en placer l’image sur un tombeau est absolument indépendante de la légende poétique conservée dans le récit de Y Odyssée. La Sirène de Chypre n’esl autre que 1 âme du défunt. Son rôle de musicienne s explique par une concep-

1. Furtwaengler, Arch. Zeitung , 1882, p. ao4- Bulle, Strcna Helbigiana, p. 35, note 1.

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