‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 7 sur 212 · V oir surtout E. Rohde, Psyché. I:i, p. 2 et suivantes · texte numérisé non relu

V oir surtout E. Rohde, Psyché. I:i, p. 2 et suivantes

LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE

chose d aérien, d’inconsistant, et qui a pourtant des contours nets, car ce fantôme reproduit 1 apparence exacte du corps. Au dire d’Apollodore, Homère suppose que les âmes sont semblables aux images reflétées par un miroir *. Quand 1 ’eidôlon de Patrocle apparaît à Achille, il est l’image fidèle du héros mort, « par sa taille, ses beaux yeux, sa voix et ses vêtements1 2 ». Dans la Nékyia, Ulysse reconnaît sans peine Yeidôlon de sa mère, celui d’Elpénor, ceux des héros tués sous les murs de Troie. Mais cette âme échappe à l’étreinte des vivants ; elle est insaisissable « comme une ombre » ou « comme une fumée3». Tant que le corps, déjà privé de vie, n’est, pas anéanti, tant qu’il conserve une forme tangible, les liens qui rattachent à lui son double, c’est-à-dire Yeidôlon, ne sont pas rompus ; ce dernier trouve toujours son soutien, son support pour ainsi dire, même dans le cadavre, même dans les ossements blanchis. Mais si le corpç est détruit, s il est dévoré par la flamme du bûcher, Yeidôlon ne peut pas habiter la tombe ; il a perdu son support matériel, et il doit aller retrouver la foule des autres âmes dans le royaume souterrain de I Invisible, c’est-à-dire dans l’Hadès. Cette idée est exprimée avec force dans l’épopée. « Allons, dit à Achille I ombre de Patrocle, donne-moi la main, car jamais plus je ne reviendrai de l Hadès, lorsque vous m’aurez accordé les honneurs du bûcher4 5 ».

Il nous suffira de rappeler très brièvement les idées homériques \ Aussi bien, pour l’objet propre de notre étude, elles n’oflrent qu’un intérêt secondaire. Pour rechercher les origines de la statuaire funéraire en Grèce, il importe surtout de définir la relation que les Grecs ont pu établir entre la tombe et l’âme du mort qui est censée l’habiter. Or, les rites funéraires dont 1 épopée nous a gardé le souvenir trahissent un changement assez notable par rapport aux usages plus anciens. Le rite de l’incinération est seul en vigueur, alors qu il n’est pas pratiqué à l’époque mycénienne, et c’est là un fait très digne d’ attention. D’autre part, rien dans les poèmes homériques ne permet de supposer l’existence d’un culte des morts, à proprement parler. Sans doute, le jour des funérailles, on rend au défunt les suprêmes honneurs ; on célèbre des jeux ; on offre des sacrifices sanglants; on dépose sur la tombe des objets de commémo-

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