‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 82 sur 212 · Pline, N ni. llisL. XWV, 1 3 2 ; Pausanias · texte numérisé non relu

Pline, N ni. llisL. XWV, 1 3 2 ; Pausanias

2. (.lonzo, Silzungsb. der berlin. Ikad. . i884, |>- C» 2 4 - Cf. Besehr. der ant. Skulpt. zn Berlin, n° 5o2.

LES TYPES DU Ve SIÈCLE

En regard du nombre assez considérable des statues funéraires que nous a laissées l’art archaïque, le V' siècle ne nous offre qu’une moisson peu abondante. Faut-il croire qu après les guerres médiques. de 48o à 45 o environ, la sculpture funéraire attique subit un temps d’arrêt, par suite de I amoindrissement des fortunes particulières et du ralentissement de la production dans les ateliers? Gela est possible. Mais à supposer qu il en soit ainsi, la raison ne vaut ni pour le reste de la Grèce, ni même pour la seconde moitié du vc siècle, alors que l’activité de la sculpture privée en Attique est attestée par tant de belles stèles qui sont parvenues jusqu à nous. O ailleurs, le témoignage des vases attiques nous apprend que, pour cette même période, les statues tombales reprennent faveur, et celui des vases apuhens indique que les sculpteurs de la Grande Grèce empruntent souvent leurs modèles à l’ Attique. Si nous possédons peu de documents, peut-être est-ce simplement au hasard des découvertes qu’il faut attribuer cette pénurie. Peut-être aussi convient-il de faire ici une part légitime à I hypothèse, et de se demander si, parmi les statues conservées dans nos musées, il n en est point qui puissent être rangées dans la série des statues funéraires.

[. LE S TYPES CRÉÉS DE 4 8 o \ 45o

Nous devons d’abord considérer la période qui s’étend entre les guerres médiques et le moment où, vers 45o, se manifeste le plein épanouissement de

1 1 4 LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE

l’art libéré de toutes les conventions de l’archaïsme. Les textes nous renseignent sur une statue célèbre, qu’il est permis de considérer comme un monument de commémoration funéraire : c’est la statue de Thémis tocle, érigée sur l’agora de Magnésie du Méandre, c’est-à-dire dans la ville qui lui avait été concédée par Artaxerxès, et où il mourut1. Thucydide parle expressément d’un

monument funéraire (p.vyjuieî'ov), et Plutarque d’un tombeau (t7.©oç). Il s’agissait donc d’un hérôon édifié, au centre même de la ville, en l’honneur du vainqueur de Salamine, et que décorait sa statue. Cette statue, on a souvent proposé d’en reconnaître 1 image réduite sur une monnaie de bronze de Magnésie, à l’effigie d’Antonin le Pieux 2 3 (fig. 58). La figure du revers montre en effet Thémistocle debout, tenant de la main gauche son épée, et de la droite une ptnale ; devant lui se dresse un autel où brûle la flamme ; à ses pieds est étendu un taureau mort. Il \ a là une allusion évidente à la légende d’après laquelle Thémistocle se serait donné la mort en buvant le sang d’un taureau ofl’ert par lui en sacrifice dans l’Artémision de Magnésie. A coup sûr, ces détails sont une addition du graveur monétaire, el il n’v a pas à en tenir compte Mais le style de la figure, la pose des jambes, et l’aspect d ensemble permettent de croire que le graveur a pris pour modèle la statue où Thémistocle était représenté comme le héros de la ville, tenant une plnale à la main. M. Percy Gardner a été plus loin, en émettant l’hypothèse qu’une copie de cette œuvre nous avait été conservée grâce à un marbre célèbre de la Glyptothèque de Munich, auquel a été jadis attribué le nom de Thémistocle '. Ce personnage debout, barbu, est certainement un portrait conventionnel, exécuté vers 40o.

1. Thucydide, I, i38, 5. Plutarque, Thenisl.. 3a. Cf. Wachsmuth, Rhein. Muséum, LII, 1897, p. i4o. Rayet ut Thomas, Milel et le golfe Latmiqw, p. ilii. On sait d'ailleurs que la sépulture de Thémistocle était au Pirée. Corn. Nepos, Themist ., 10

2. Publiée par Rhousopoulos, Alhen. MiUhcil., XXI, 1896, p. ',19-26. Cf. Corolla numismatiea. Numismaties Essays in honour of Barclay 1 . I lead, p. 109 (Percy Gardner), et p. 3o8-3og (Rudolf Weil). Bernoulli ( Griech . lkonocjraphie , I, p. 97) conteste l’identification.

3. M Babelon veut bien me communiquer son opinion sur ce point, il estime que si le type monétaire peut rappeler la statue du v* siècle, il a été arrangé avec fantaisie par le graveur qui s’est inspiré des légendes relatives à la mort de Thémistocle.

/|. Ivekulé, 1 rch. Jalirb., III, 188C), p. 3 7 , pl. I. Furtwaengler, Meislerwerke, p. 4o3, pl. XX1V-XXV. Brunn- Bruckmann, Denkmaeler, n° 122.

Fig. 58. — Statue de Thémistocle sur une monnaie de bronze de Magnésie.

LES IAPES DU V" SIÈCLE n5

Pourtant, s il est vrai que les caractères du style font pensera une œuvre contemporaine de la statue de Magnésie du Méandre, le rapprochement avec le type monétaire ne conduit pas à des conclusions assez précises pour emporter la certitude.

La statue de Thénnstocle était en réalité une statue officielle. Pour continuer notre enquête sur celles qui décoraient les sépultures privées, il nous faut considérer quels sont les sujets traités par les sculpteurs de stèles, car la statuaire s inspire des mêmes conceptions. Or, à certains égards, nous voyons se poursuivre les traditions de 1 archaïsme. C’est toujours l’image du défunt, avec ses attributs caractéristiques, qui occupe le champ réservé au bas-relief. Une stèle de Nisyros montre un homme nu, debout, appuyé sur sa lance, suivant un ancien type ionien qui a été également connu des Attaques L Une stèle trouvée à Rome sur I Esquibn nous offre l’image d une jeune tille debout tenant une colombe2. Sur une stèle du Pirée, une femme assise tient une coupe, comme s’il survivait encore quelque souvenir de I ancienne idée de I héroïsation du mort L 11 est donc permis de croire que la statuaire s’applique, elle aussi, à représenter l effigie conventionnelle du défunt, avec les attributs de son sexe et de son âge. Par suite, le répertoire des sculpteurs doit être assez restreint, et d v a peu de différence entre les statues funéraires et les statues votives ou honorifiques. Certains types très généralisés ont pu se prêter à I une ou à I autre de ces attributions.

Tel nous semble être le cas pour un type statuaire qui nous a été révélé jiar une habile restitution de M. Amelung4. Ou connaissait, par des réjihques dont les meilleures sont au Louvre et à Berlin, une tête de lenmie voilée dite d Aspasie". Elle est remarquable par la beauté sévère du visage aux lèvres nettement découpées, aux yeux cernés par des paupières saillantes, à I expression un peu morose : le front s encadre entre les bandeaux d une chevelure aux ondes régulières. Le s t \ le fait songer au travail du bronze. M. Amelung a démontré que I original de cette tête appartenait à une statue dont le corps nous a été

r. S. Reinach, Ree. areh. . 1900, ff, p. i58 ni. suiv. CF. la stèle archaïque de Symi, Joitbin, Bull. de eorresp. Indien XVIII, 189/,, pl. VI IJ.

2. Bulle U. délia Commise, municipale di Roma, i883, pl. XTII-XIV

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